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Vous hésitez entre « étant donné » et « étant donnée » ? Vous n’êtes pas seul. Cette expression perturbe même les rédacteurs les plus expérimentés. Pourtant, la logique est là. Il suffit de comprendre le rôle grammatical qu’elle joue dans la phrase pour ne plus jamais se tromper.
Ce qu’il faut retenir
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Placé avant le nom, « étant donné » est toujours invariable.
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Placé après le nom, il s’accorde en genre et en nombre.
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Suivi de « que », il forme une locution conjonctive, toujours invariable.
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Plusieurs synonymes existent : vu, compte tenu de, en raison de.
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L’expression est figée depuis le XVIIe siècle, héritée du latin donare.
Définition et nature grammaticale
L’expression « étant donné » appartient à deux catégories grammaticales distinctes selon son emploi dans la phrase. C’est précisément cette double nature qui génère des incertitudes sur son accord. Un même groupe de mots. Deux fonctions opposées. Deux comportements syntaxiques radicalement différents.
Une expression à double identité
Dans sa première fonction, « étant donné » opère comme une locution prépositive. Elle introduit un complément circonstanciel de cause ou de condition, sans s’accorder avec quoi que ce soit. Dans sa seconde fonction, elle s’analyse comme un participe passé composé, construit avec l’auxiliaire « être » conjugué au participe présent. Elle s’accorde alors avec le nom qu’elle accompagne.
Cette dualité n’est pas un défaut de la langue. C’est une richesse stylistique. Elle permet d’exprimer la même idée selon deux constructions syntaxiques différentes, avec des nuances de registre et de ton perceptibles à l’oreille d’un lecteur attentif.
Étymologie : aux sources latines de l’expression
Le verbe « donner » descend du latin donare, lui-même issu de donum, qui signifie « cadeau, présent ». Par glissement sémantique progressif, le français a étendu ce sens vers l’idée de « poser un fait comme acquis, établi ». Quant au participe présent « étant », il provient du latin stare (se tenir debout), dont la forme stans, stantis a évolué en ancien français en estant, puis en « étant ».
La construction « étant donné » s’est progressivement figée en locution prépositionnelle à partir du XVIIe siècle, suivant le même mouvement que « vu », « excepté » ou « ci-joint ». Ce figement est une tendance naturelle du français : les participes placés avant leur nom finissent par perdre leur capacité d’accord.
La règle d’accord : simple mais piégeuse
Voici le cœur du sujet. La règle d’accord repose sur un seul critère décisif : la position de l’expression par rapport au nom qu’elle accompagne. Avant le nom ou après le nom. Tout se joue là.
Quand « étant donné » est invariable
Lorsqu’« étant donné » précède directement le groupe nominal, il est invariable. Il joue le rôle d’une préposition. Il n’a pas de sujet grammatical propre. Il ne peut donc pas s’accorder. Peu importe que le nom soit masculin, féminin, singulier ou pluriel.
Étant donné la situation économique, des mesures urgentes s’imposent.
Étant donné les résultats obtenus, le projet est validé.
Étant donné l’ampleur des dégâts, les secours ont été mobilisés immédiatement.
Quand « étant donné » s’accorde
Lorsque l’expression suit le nom qu’elle qualifie, elle redevient un participe passé à part entière. Elle s’accorde en genre et en nombre avec ce nom. C’est la construction la moins fréquente, mais la plus rigoureuse sur le plan grammatical. Elle confère au texte un style classique et recherché.
Les circonstances étant données, la décision s’explique d’elle-même.
Le signal étant donné, la course a immédiatement démarré.
Les preuves étant données, le jury s’est retiré pour délibérer.
Le cas particulier d’« étant donné que »
Suivi de la conjonction « que », l’expression introduit une proposition subordonnée causale. Dans ce cas, elle est toujours invariable. La présence de « que » lui confère automatiquement le statut de locution conjonctive. C’est la forme la plus utilisée à l’écrit professionnel.
Étant donné que les délais sont serrés, nous devons agir immédiatement.
Étant donné qu’il a accepté les conditions, le contrat peut être signé.
La bonne nouvelle ? Cette forme est la plus intuitive. On ne se trompe pratiquement jamais avec elle. Il suffit de retenir qu’« étant donné que » ne varie jamais, dans aucun contexte.
Tableau récapitulatif des règles d’accord
| Construction | Nature grammaticale | Accord | Exemple |
|---|---|---|---|
| Étant donné + nom (avant) | Locution prépositive | Invariable | Étant donné les résultats… |
| Nom + étant donné(e)(s) (après) | Participe passé composé | Accord avec le nom | Les résultats étant donnés… |
| Étant donné que + proposition | Locution conjonctive | Invariable | Étant donné qu’il pleut… |
Orthographe : les pièges les plus fréquents
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L’erreur la plus répandue consiste à accorder « étant donné » avec plusieurs noms coordonnés placés après lui. C’est une logique apparente… mais une faute réelle.
Placé avant un groupe nominal, « étant donné » reste invariable quoi qu’il arrive. Deux noms coordonnés, un nom féminin pluriel, un groupe complexe… peu importe. L’invariabilité est absolue en position antéposée.
Synonymes et alternatives stylistiques
Utiliser sans cesse « étant donné » peut alourdir un texte. La langue française offre une palette riche d’expressions équivalentes. Certaines sont plus formelles, d’autres plus directes. Le choix dépend du registre visé.
- Vu — le synonyme le plus courant et le plus concis : « Vu la situation, nous partons. »
- Compte tenu de — légèrement plus formel, courant en administration : « Compte tenu des résultats, le projet est suspendu. »
- En raison de — insiste sur la causalité directe : « En raison des intempéries, la route est fermée. »
- Au vu de — variante formelle de « vu » : « Au vu des éléments présentés, la décision est prise. »
- Considérant que — registre juridique ou académique : « Considérant que les faits sont établis, le tribunal… »
Une nuance mérite d’être soulignée ici. « Étant donné » et « vu » sont tous deux invariables en position prépositionnelle. Pourtant, « vu » est perçu comme plus oral, plus spontané. « Étant donné » appartient davantage au registre écrit et soutenu. Ce détail fait toute la différence dans un document professionnel ou académique.
Tableau comparatif des alternatives
| Expression | Registre | Accord | Exemple d’usage |
|---|---|---|---|
| Étant donné | Écrit / soutenu | Invariable (préposition) | Étant donné le retard observé… |
| Vu | Courant / oral | Invariable | Vu le retard observé… |
| Compte tenu de | Formel / administratif | Invariable | Compte tenu du retard observé… |
| En raison de | Neutre | Invariable | En raison du retard observé… |
| Considérant que | Juridique / académique | Invariable | Considérant que le retard… |
| Eu égard à | Très soutenu | Invariable | Eu égard au retard observé… |
Traductions d’« étant donné »
Cette expression française possède des équivalents naturels dans les principales langues européennes. Voici ses traductions les plus précises et les plus usitées.
| Langue | Traduction d’« étant donné » | Traduction d’« étant donné que » |
|---|---|---|
| Anglais | given, in view of, considering | given that, seeing that, since |
| Espagnol | dado, en vista de, teniendo en cuenta | dado que, en vista de que |
| Italien | dato, visto, considerato | dato che, visto che, considerato che |
| Allemand | angesichts, in Anbetracht | da, angesichts der Tatsache, dass |
| Portugais | dado, tendo em conta | dado que, tendo em conta que |
| Néerlandais | gezien, gelet op | gezien het feit dat, aangezien |
Une observation perspicace : l’anglais « given that » est lui aussi invariable, ce qui reflète un fonctionnement identique à la construction française en locution conjonctive. Ce parallèle n’est pas un hasard. Il révèle l’influence commune du latin sur les deux langues, et notamment le figement des formes participiales en prépositions invariables, phénomène attesté dans toutes les langues romanes.
FAQ — Les questions les plus posées
Faut-il une virgule après « étant donné » ?
Non, en règle générale. Lorsqu’« étant donné » est suivi directement d’un nom, aucune virgule n’est requise. En revanche, lorsqu’il introduit une proposition subordonnée longue en début de phrase complexe, une virgule peut améliorer la lisibilité, sans être grammaticalement obligatoire.
« Étant donné » peut-il commencer une phrase ?
Oui, absolument. C’est même l’une de ses positions les plus fréquentes en français écrit. Placé en tête de phrase, il introduit une circonstance ou une condition. C’est un usage stylistiquement soigné, très courant dans les textes formels, juridiques et administratifs. Rien ne s’y oppose grammaticalement.
Quelle différence entre « étant donné » et « vu » ?
Les deux sont invariables en position prépositionnelle. La différence est de registre. « Vu » est plus direct, plus oral. « Étant donné » est plus formel, mieux adapté à l’écrit soigné. Sur le fond, ils expriment la même idée : une cause ou une condition posée comme acquise, sans la démontrer.
Peut-on écrire « étant donné ce qui précède » ?
Oui, et c’est une formulation très courante dans les documents juridiques, les contrats et les délibérations officielles. Elle introduit une conclusion tirée d’éléments préalablement établis. « Étant donné ce qui précède » est toujours invariable, quelle que soit la nature des éléments évoqués.
L’accord en position antéposée est-il toléré par certains grammairiens ?
Certains auteurs classiques ont accordé « étant donné » avant le nom, en le traitant comme un vrai participe. Cette pratique existait dans la langue du XVIIe et du XVIIIe siècle. Toutefois, l’usage moderne normalisé recommande l’invariabilité en position antéposée. Les ouvrages de référence contemporains vont dans ce sens, et cette pratique est considérée comme incorrecte dans les écrits professionnels actuels.
Comment mémoriser la règle une bonne fois pour toutes ?
Une astuce imparable : remplacez mentalement « étant donné » par « vu ». Si la phrase reste naturelle avec « vu », c’est qu’« étant donné » est en position prépositionnelle. Il est donc invariable. Si « vu » ne fonctionne pas et que le nom vient avant l’expression, alors il s’agit d’un vrai participe. Il s’accorde. Simple, efficace, sans faille.

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