Pierre qui roule n’amasse pas mousse : définition & origine

Pierre qui roule n’amasse pas mousse signifie : l’inconstance ne permet pas de s’enrichir, changer souvent de métier ou de lieu de résidence ne permet pas d’accumuler des biens. 

Il est possible que le sens de ce proverbe ait été réinterprété avec le sens : lorsque l’on est actif ou que l’on voyage, on ne pourrit pas ou on ne se ramollit pas (like a rolling stone). Exemple :

D’esprit aventureux, il avait, comme beaucoup de ses compatriotes, passé plusieurs années au loin, en Orient, en Amérique du Sud ; il avait même fait des explorations hardies au centre de l’Asie, où le poussaient à la fois les intérêts commerciaux de sa maison, l’amour de la science, et son propre plaisir. À rouler à travers le monde, non seulement il n’avait pas amassé mousse, mais il s’était défait de celle qui le couvrait, de tous ses vieux préjugés.

Romain Rolland, Buisson Ardent

 

À lire ici : 300 expressions françaises expliquées 

 

Pierre qui roule n’amasse pas mousse : origine de l’expression


La mousse a eu autrefois la valeur de « richesse », tirée peut-être de sa définition comme « tapis moelleux » (cf. Dictionnaire historique de la langue française). Cette origine n’est plus sentie, ce qui explique l’éventuelle réinterprétation moderne du proverbe.

Il fait partie des sentences attribuées au poète latin Publius Syrus (84 – 43 av. J.-C.), « musco lapis volutus haud obductitur ». Il est présent en latin dans Les Adages (1500) d’Érasme (1466 – 1536) :

Saxum volutum, non obducit musco / Musco lapis volutus haud obducitur. 

Le proverbe a eu de multiples formes :

Pierre qui roule n’amasse point de mousse .i. une personne qui ne s’établit en aucun lieu ne devient jamais riche. 

Oudin, Curiositez françoises, 1640

 

Et un arbre souvent remué & transplanté, n’accueille point de mousse, & ne faict jamais vieille souche.

Louis Dorléans, La plante humaine sur le trespas du roy Henry le grand, 1612

 

F. Fais-toy cousteau de vendeur de melons, qui est d’en taster plusieurs iusques à tant qu’on en trouve un bon. 

I. Un homme acquiert incontinent un mauvais bruit, & luy dit-on que, La pierre qui se remuë n’accueille point de mousse, & si tout le monde la dechasse. 

Juan de La Luna, Dialogues familiers, traduction, 1619

 

Un homme qui ne fait que courir sans profit est taxé par ce proverbe, Arbre trop souvent transplanté, Ne porte pas fruits à plante, Sæpius plantata arbor fructum profert exiguum, A ce proverbe est conforme l’autre qui dit, que pierre roulante n’amasse jamais mousse. 

Ne te charge d’interests, sous espoir de gaing, s’il ne t’est force. Ne voyage par trop, mais t’arreste sur ton traffic, notant le proverbe commun, qui dit que 
Pierre qui roule,
N’amasse mousse.

Benedetto Cotrugli Ragugeo, Traicté de la marchandise, et du parfaict marchant, 1582

 

La forme moderne du proverbe, « pierre qui roule n’amasse pas mousse », date peut-être du XVIIIe siècle. On la trouve par exemple dans un dictionnaire portatif français et italien de 1757. Son emploi est rare, mais elle est facile à mémoriser grâce à ses jeux vocaux (la double allitération parallèle d’amasse et mousse, et l’allitération en « r »), et sa tournure folklorique lui donne un caractère amusant. 

L’expression a été détournée, par Hugo par exemple :

— Ne parlons point au hasard ni trop vite, s’écria-t-il. Méditons si nous voulons être éblouissants. Trop d’improvisation vide bêtement l’esprit. Bière qui coule n’amasse point de mousse.

Les Misérables

Adrian

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