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📋 Sommaire
Lundi, 9 h 30. Réunion d’équipe. Votre collègue prend la parole et commence par « du coup ». Deuxième phrase : « du coup ». À la troisième, vous ne l’écoutez plus. Vous comptez. Cette scène vous rappelle quelque chose ? Rassurez-vous, vous n’êtes pas seul. Notre sondage a demandé à des internautes de citer le tic de langage qui les exaspère le plus. 171 personnes ont répondu, souvent avec une colère à peine contenue. Voici le classement des pires tics de langage tiré de leurs témoignages, avec le contexte précis où chacun sévit.
Ce qu’il faut retenir
- « Du coup » domine largement le sondage avec 26 mentions sur 171.
- « Au jour d’aujourd’hui » répète le mot « jour » trois fois.
- L’Académie rapproche « du coup » d’« aussitôt », pas de « donc ».
- Un tic irrite surtout par sa répétition et celui qui le porte.
- Une pause silencieuse remplace avantageusement n’importe quel mot béquille.
171 témoignages, un verdict sans appel
Le principe tenait en une ligne. Quel tic de langage vous fait grincer des dents ? Les réponses ont afflué. Certaines en un seul mot. D’autres en un paragraphe rageur, ponctué d’émojis furieux. Beaucoup visaient un collègue de bureau, quelques-unes un ex, un proche ou un responsable d’établissement scolaire.
Nous avons lu ces 171 réponses une par une. Les plaisanteries hors sujet ont été écartées. Les variantes d’un même tic ont été regroupées : « voilà », « oui voilà » et « enfin voilà » forment ainsi une seule famille. Le résultat dessine une carte étonnamment nette de ce qui agace l’oreille francophone.
Le grand gagnant ? Aucune surprise. « Du coup » totalise 26 mentions, soit à peu près un participant sur sept. Loin derrière, « au jour d’aujourd’hui » en récolte 14. « Voilà » complète le podium avec 9 citations.
⚠️ Remarque
Sur les 26 personnes qui ont cité « du coup », 14 n’ont rien écrit d’autre. Pas d’exemple, pas d’explication. Le mot seul suffisait. À l’inverse, les participants qui dénonçaient une faute de grammaire ajoutaient presque toujours la correction (« au lieu de chez le coiffeur », « un espèce au lieu d’une »). Un tic vraiment usé se reconnaît donc à ceci : il n’a plus besoin d’être décrit pour être détesté.
Le classement complet des tics de langage les plus agaçants
Voici les 40 tics retenus. Le chiffre indique combien de participants les ont cités. La dernière colonne précise où on les entend le plus, d’après les témoignages eux-mêmes.
| Rang | Tic de langage | Mentions | Contexte d’usage |
|---|---|---|---|
| 1 | Du coup | 26 | Partout : réunions, caisse, discussions entre amis, souvent sans aucun lien logique |
| 2 | Au jour d’aujourd’hui (et « à l’heure d’aujourd’hui ») | 14 | Discours qui se veut solennel, parfois deux fois dans la même phrase |
| 3 | Voilà, oui voilà, enfin voilà | 9 | Ponctue un récit toutes les trente secondes ou le conclut faute de chute |
| 4 | En fait | 7 | Ouvre une réponse ; culmine dans le combo « en fait, du coup » |
| 5 | De base | 6 | Langage des jeunes, pour « au départ » ou « normalement » |
| 6 | Tu vois, tu comprends, tu vois ce que je veux dire | 5 | Répété à chaque fin de phrase pour obtenir l’approbation |
| 7 | Concrètement, typiquement, effectivement, exactement, absolument | 5 | Réponse emphatique là où un simple « oui » suffisait |
| 8 | Genre | 4 | Introduit une approximation ou une parole rapportée |
| 9 | Incroyable, une dinguerie, stratosphérique, c’est magique | 4 | Hyperboles plaquées sur un événement banal |
| 10 | Pas de souci, pas de problème | 3 | Accueil, téléphone, service client… y compris le jour des vrais problèmes |
| 11 | Wesh, frérot, gros | 3 | Argot des cités repris par des locuteurs qui n’en viennent pas |
| 12 | Moi je, moi perso | 3 | Double marquage du sujet avant de donner son avis |
| 13 | N’est-ce pas ? Hein ? D’accord ? | 3 | Fin de phrase qui réclame un acquiescement |
| 14 | Sympatoche, fais-toi plaiz, un déj, une réu | 3 | Suffixes familiers et abréviations de bureau |
| 15 | C’est clair, grave | 2 | Approbation enthousiaste, surtout chez les plus jeunes |
| 16 | En mode | 2 | Décrit un état : « en mode vacances », « en mode pas content » |
| 17 | Euh | 2 | Hésitation placée en tête de chaque phrase |
| 18 | Comme même | 2 | Déformation orale de « quand même » |
| 19 | Un espèce de | 2 | Accord fautif devant un nom masculin |
| 20 | Pratico-pratique | 2 | Réunions de travail, pour « revenir au concret » |
| 21 | Problématique (pour « problème ») | 2 | Langue de bois, rapports, plateaux télé |
| 22 | Anglicismes de management | 2 | Open space : feedback, roadmap, kick-off, asap |
| 23 | On est sur, partir sur | 2 | Restauration (« on est sur un beaujolais ») et trajets (« partir sur Lyon ») |
| 24 | Venir + infinitif (« on vient napper ») | 1 | Jargon des cuisiniers et des émissions culinaires |
| 25 | Aller au coiffeur, aller en vélo | 2 | Prépositions malmenées dans la vie quotidienne |
| 26 | Et tout, tout ça et tout | 2 | Fin de phrase, pour éviter de détailler |
| 27 | Possiblement, pouvoir potentiellement | 2 | Prudence excessive, souvent redondante |
| 28 | Bref, in fine | 2 | Pour clore, ou prétendre clore, un développement |
| 29 | La sœur à, le frère à | 1 | Possessif populaire à la place de « de » |
| 30 | C’est moi qui a | 1 | Accord du verbe oublié après « qui » |
| 31 | Descendre en bas, c’est avéré vrai | 1 | Pléonasmes du quotidien |
| 32 | Au final | 1 | Supplante « finalement » ou « en définitive » |
| 33 | Il faut mieux | 1 | Confusion avec « il vaut mieux » |
| 34 | Une horaire, un peu près, je m’en rappelle | 3 | Erreurs de genre, de locution et de construction |
| 35 | Je ne suis pas en capacité de | 1 | Administration et établissements scolaires |
| 36 | Suite à | 1 | Courriers et courriels professionnels |
| 37 | Je m’explique | 1 | Annonce un monologue interminable |
| 38 | En même temps… j’dis ça, j’dis rien | 1 | Critique déguisée en remarque innocente |
| 39 | « Entre guillemets » mimé avec les doigts | 1 | Prise de distance gestuelle en pleine conversation |
| 40 | C’est compliqué, disruptif, clivant | 2 | Mots à la mode pour esquiver ou impressionner |
Ce tableau cache une surprise. Les trois tics du podium ne sont pas des fautes au sens strict. Leur crime ? La répétition. Mais ce n’est pas tout : le sens même de ces mots a glissé.
Du coup, champion toutes catégories ?
Une locution détournée de son sens
À l’origine, « du coup » désignait un vrai coup. Un poing s’abat, l’homme tombe assommé du coup. Plus tard, la locution a servi à exprimer une conséquence brutale. Selon l’Académie française, elle porte alors l’idée d’une cause qui agit brusquement, presque en même temps que son effet. Son plus proche parent est « aussitôt », et non « donc ».
Le verdict des Immortels ? Nuancé. Ils ne condamnent pas la locution. Ils refusent qu’on la substitue mécaniquement à « donc » ou à « par conséquent », et plus encore qu’on en fasse un simple bruit de discours.
Depuis quand cette déferlante ? Le linguiste Lotfi Abouda, de l’université d’Orléans, a comparé deux corpus oraux recueillis à quarante ans d’écart. Entre 1968 et 1971, il n’a relevé que cinq occurrences du connecteur. Dans les enregistrements réalisés depuis 2010, il en compte 141. Une explosion.
Fait curieux, ce tic voyage mal. Au Québec, entendre « du coup » suffit à repérer un Français de l’Hexagone. Le mot fonctionne comme un accent.
Au jour d’aujourd’hui : trois fois le même jour
Ici, la colère des participants prenait des formes sonores : « Brrrrr », points d’exclamation en rafale, yeux levés au ciel. L’un d’eux qualifie l’expression de pléonasme le plus grossier de la langue. Il n’a pas tort, et le cas se révèle encore plus savoureux qu’il ne le pense.
Décortiquons. « Aujourd’hui » soude déjà « au jour de hui ». Or « hui » descend du latin hodie, lui-même contraction de hoc die, « en ce jour ». Le mot « aujourd’hui » répète donc déjà le jour deux fois. « Au jour d’aujourd’hui » le dit trois fois. Un empilement digne d’une poupée russe.
Vous cherchez une alternative ? Vous avez l’embarras du choix : « aujourd’hui », « actuellement », « à l’heure actuelle », « de nos jours ». Chacune dit la même chose, une seule fois.
Mots béquilles : ces cales qui bouchent les silences
Pourtant, ces petits mots ne tombent pas du ciel. Les spécialistes se méfient d’ailleurs de l’étiquette tic de langage, jugée péjorative. Ils parlent plutôt de marqueurs de discours. Julie Neveux, maîtresse de conférences à la Sorbonne, les décrit comme des mots béquilles : on s’y appuie le temps de trouver la suite.
Leur utilité réelle ? Garder la parole. Un silence de deux secondes, et l’interlocuteur risque de vous la couper. Le tic sert de cale dans la porte. Il maintient le passage ouvert pendant que la pensée se construit.
Les démarreurs : en fait, de base, euh
Ces mots se placent en tête de phrase, comme un moteur qu’on fait tousser avant de partir. « En fait » annonce une rectification qui ne vient jamais. « De base » promet un retour aux fondamentaux. « Euh » se contente d’occuper l’espace sonore. Résultat : une phrase qui démarre deux fois.
Les points de suspension parlés : tu vois, hein, et tout
À l’autre bout de la phrase, d’autres tics attendent. « Tu vois ? » ressemble à une question, sans en être une. Il sollicite une complicité. « Et tout » referme l’énumération sans l’avoir commencée. Plusieurs participants ont insisté sur la position du tic : « à chaque fin de phrase », « dans toutes les phrases ». C’est la régularité qui exaspère, bien plus que le mot lui-même. Comme un robinet qui goutte la nuit.
💡 Astuce
Pour savoir si un mot relève du tic, appliquez le test de la gomme. Effacez-le mentalement de la phrase et relisez. Si le sens reste intact, vous tenez un tic. « Il a plu, du coup le match a été reporté » survit sans « du coup » ? Remplacez-le par « donc », ou supprimez-le. Ce test fonctionne aussi pour « en fait », « genre » et « voilà ».
Quand le tic bascule dans la faute
Certaines réponses du sondage ne visaient pas une manie, mais une véritable erreur de grammaire. Ces fautes se répètent si souvent qu’elles finissent par sonner juste. Les voici, corrigées.
La règle du coiffeur ? Simple. On va « chez » une personne, mais « au » salon de coiffure. Même logique pour le boulanger, le médecin ou le dentiste. Quant à « il faut mieux », il naît d’un croisement entre « il faut » et « il vaut mieux ». Deux expressions courantes, fusionnées par l’oreille.
Dernier trio repéré dans les commentaires : « une horaire » (le mot est masculin, on dit « un horaire »), « un peu près » (la locution correcte est « à peu près ») et « je m’en rappelle ». Le verbe « se rappeler » se construit sans préposition : on se rappelle quelque chose. Dites donc « je me le rappelle », ou « je m’en souviens ».
🚫 Piège
L’erreur la plus répandue avec « espèce » consiste à l’accorder avec le nom qui suit. On entend « un espèce de menteur », parce que « menteur » est masculin et que l’oreille se cale sur lui. Or le noyau du groupe reste « espèce », nom féminin. Il faut donc dire « une espèce de menteur », quel que soit le genre du nom qui suit.
Open space, cuisine, cour de récré : à chaque tribu son jargon
Là où le sondage devient fascinant, c’est qu’il révèle des tics de métier. Chaque milieu fabrique les siens.
Dans les bureaux, l’anglicisme règne en maître. Une participante raconte avoir « mal à son français » en entendant parler d’open space, de coworking et de backlog. Un autre a reconstitué une phrase entière de cadre, truffée de roadmap, de deliverables et de quick wins. Le comble ? Ces mots ont presque tous un équivalent français, souvent plus clair.
| Anglicisme entendu | Équivalent français |
|---|---|
| Brainstorming | Remue-méninges |
| Feedback | Retour, avis |
| Deadline | Échéance, date limite |
| Asap | Dès que possible |
| Kick-off | Réunion de lancement |
| Roadmap | Feuille de route |
| One-to-one | Entretien individuel |
En cuisine, le décor change, pas la manie. Un participant décrit le jargon des chefs : « on vient napper », « je viens ciseler la menthe », « ça part au four ». Sans oublier le fameux « on est sur une note de fraise ». La préposition « sur » s’invite aussi dans les déplacements : « je pars sur Lyon ». L’Académie française rejette cet emploi et recommande « à » devant un nom de ville.
Même sévérité pour « pas de souci ». Les Immortels conseillent de lui préférer un simple « oui » ou « cela ne pose pas de difficulté ». Ironie du sort, un témoignage signale une collègue qui le répétait justement les jours de crise.
Côté cour de récré, place à « de base », « genre », « en mode » et « c’est une dinguerie ». Ces tics ne choquent pas tant par leur forme que par leur porteur. Plusieurs participants pestent contre des adultes qui les empruntent pour paraître jeunes. Un cas d’école : la collègue aisée qui parsème ses phrases de « wesh » et de « frérot ».
Pourquoi ces petits mots nous hérissent-ils autant ?
Relisez les témoignages, et un détail saute aux yeux. Presque personne ne s’en prend à un mot abstrait. On vise « ma collègue », « mon ex », « un CPE de mon lycée ». Le tic agace parce qu’il s’attache à quelqu’un. À force d’exposition quotidienne, il devient la signature sonore d’une personne, et chaque occurrence ravive l’agacement accumulé.
Le mécanisme ressemble à celui d’une chanson trop diffusée. La première écoute passe inaperçue. La centième devient insupportable. L’auditeur cesse alors d’entendre le message pour ne plus percevoir que le tic. Pour celui qui parle, c’est une double peine : son propos s’efface derrière sa manie.
« Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément. » — Nicolas Boileau, L’Art poétique (1674)
Boileau avait vu juste, trois siècles avant « du coup ». Le tic surgit précisément quand les mots tardent à venir. Il trahit une pensée encore en chantier.
Trois étapes pour vous débarrasser d’un tic
Bonne nouvelle : un tic se soigne. Inutile de viser la perfection, l’objectif consiste à réduire la fréquence. Voici une méthode simple.
- Repérez-le. Enregistrez-vous lors d’un appel ou demandez à un proche de lever la main à chaque occurrence. La plupart des gens sous-estiment largement leur propre tic.
- Ciblez-en un seul. Attaquer « du coup », « en fait » et « voilà » en même temps mène à l’échec. Concentrez-vous sur le plus fréquent pendant deux ou trois semaines.
- Remplacez-le par un silence. Une pause d’une seconde paraît interminable à celui qui parle, mais presque naturelle à celui qui écoute. Elle donne même du poids à la phrase suivante.
Au fond, la vieille consigne de tourner sa langue sept fois dans sa bouche garde toute sa pertinence. Elle ne sert pas seulement à éviter les paroles blessantes. Elle laisse aussi au mot juste le temps d’arriver. Et la prochaine fois qu’un « du coup » vous échappe en réunion ? Souriez. Quelqu’un, quelque part, est peut-être en train de compter.











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