193 Vues
Enregistrer

Fier comme Artaban : définition & origine [expression]

Publié le 13/09/2021 (m.à.j* le 21/08/2022)
1 commentaire

Fier comme Artaban signifie : exagérément fier, être ridicule à force d’être vaniteux. Exemples :

  • Juché sur son pur sang, un sourire en coin, le prince restait fier comme Artaban malgré les rumeurs sur sa lâcheté au combat.
  • — Allons, dit-il, je ne veux pas coucher ici, moi, je m’en vais. Je vois bien que vous ne voulez pas de cette jolie brouette si reluisante et si bon marché. J’y vas atteler Sophie, et je m’en retournerai à Blanchemont fier comme Artaban. (Sand, Le Meunier d’Angibault)

 

Fier comme Artaban : origine de l’expression

Selon Quittard, l’Artaban en question est un personnage orgueilleux d’un roman de la Gautier de Costes de La Calprenède (1609 – 1663), Cléopâtre (1647 – 1658). Il reprend le nom de plusieurs personnages de l’histoire antique de l’Iran. Pour le Littré, Artaban semble correspondre à l’Artamène du Cyrus (1649) de Mlle de Scudéry (1607 – 1701). On trouve aussi un « fier Artaban » dans L’Amphithéâtre sanglant (1640) de Jean-Pierre Camus (1584 – 1652). « Fier » est à comprendre dans un sens ancien comme un synonyme de « hautain » ou « méprisant ».

On ne peut repérer qu’une seule occurrence de « fier comme Artaban » au XVIIe siècle : 

[…] mais c’est tout le contraire, c’est un fils désobeïssant qui se soucie fort peu des remontrances du St. Pere, & qui lui ravit son bien dans ses Etats, & entre dans Rome par ses Ambassadeurs, fier comme Artaban. (L’Esprit de la France…, 1688)

On la trouve de rares fois au XVIIIe siècle : 

Je vous avoüe que je fus indigné de l’arrogance de ce faquin de Diable Secrétaire. Il passe au milieu de cette troupe fier comme Artaban, sans faire le moindre salut. (Pierre Lambert de Saumery, Le Diable hermite…, 1741)

On trouve aussi la variante « fier comme un Artaban ». Cette expression devient plus courante au XIXe siècle. Il est étonnant qu’elle se soit maintenue si son origine est le roman de La Calprenède, aujourd’hui oublié. Elle se prête bien aux calembours : fier comme un bar-tabac, fier comme un tas de bancs, etc.