Odeur de sainteté : définition & origine [expression]

Être en odeur de sainteté signifie : avoir bonne réputation.

L’expression est souvent employée à la négative, « ne pas être en odeur de sainteté », au sens de : être mal vu, avoir mauvaise réputation.

Exemple :

Le vieux quartier s’étonna, un mois durant, de lui voir épouser Pierre Rougon, ce paysan à peine dégrossi, cet homme du faubourg, dont la famille n’était guère en odeur de sainteté.

Zola, La Fortune des Rougon

 

 

Être en odeur de sainteté : origine de l’expression


Les catholiques ont considéré que le cadavre des saints, c’est-à-dire ceux reconnus par l’Église comme ayant témoigné d’une haute élévation spirituelle, dégageaient une odeur agréable, contrairement à ceux des croyants ordinaires. Cette odeur est comme un parfum pulvérisé par Dieu sur certains chrétiens, qui les distinguent après la mort, quand nul autre artifice pouvant masquer les impuretés spirituelles n’est possible. Elle révèle l’absence de corruption physique de ces corps après la mort.

On trouve témoignage de cette croyance dans La Légende Dorée (1261 – 1266) de Jacques de Voragine (1228 – 1298). Il raconte à propos de Dominique :

Quelque temps après sa mort, et en présence du grand nombre de miracles qu’opéraient ses reliques, les fidèles crurent devoir transporter celles-ci dans un lieu plus en vue. On ouvrit donc le caveau où le corps du saint avait été déposé ; et une odeur délicieuse s’en exhala, qui effaçait tous les parfums du monde, et qui imprégnait non seulement les restes mêmes du saint corps, mais aussi le cercueil et la terre entassée alentour.

Autre exemple, le parfum dégagé par le tombeau d’Ercongote dans l’Histoire ecclésiastique du peuple anglais (VIIe siècle) de Bède le Vénérable (mort en 735):

Le corps vénérable de la vierge épouse du Christ fut enseveli dans l’église du bienheureux premier martyr Étienne. On décida trois jours après d’enlever la dalle qui couvrait le tombeau et de la reposer plus haut au même endroit : pendant cette opération, un parfum d’une telle suavité se dégagea des profondeurs, que tous les frères et sœurs debout à côté eurent l’impression que l’on ouvrait des resserres de baume

Cité par Olivier Szerwiniack

De multiples autres exemples sont donnés dans un article de 2012 de Jean-Louis Benoit, Autour de l’odeur de sainteté, les parfums dans le monde chrétien.

Cette croyance donne, au XVIIe siècle, l’expression « mourir en odeur de sainteté », c’est-à-dire mourir dans un état de perfection spirituelle. 

[…] Sœur Marguerite du S Sacrement qui a vescu & qui est morte en grande odeur de sainteté

Jean-Baptiste Saint-Jure, La Vie de monsieur de Renty, 1658

Celui qui meurt dans cet état avait vocation à devenir vénérable, bienheureux ou saint. Cette expression est par ailleurs toujours employée par le Vatican :

C’est avant tout dans la prière qu’il trouva la sagesse et la lumière de l’Esprit Saint. Dans les années 1928-1934, il remplit la fonction de Recteur du séminaire. Il mourut à Przemysl, le 15 mars 1948, en odeur de sainteté.

Vatican.va, Jan Balicki

Dès le XVIIe, on passe de l’odeur réelle à l’odeur « symbolique » : « l’odeur de sainteté » devient aussi la bonne réputation d’une personne particulièrement pieuse. La citation ci-dessous contient peut-être une syllepse, où l’odeur réelle dégagée par les religieuses devient une odeur symbolique : 

En effet la Sainteté des Religieuses de Forest repandit en si peu de temps une si grande odeur, qu’elle y attira un grand nombre de Filles même de la première qualité […] Ce fut cette même odeur de sainteté qui leur gagna tellement l’estime & l’affection des ducs de Brabant qu’ils comblerent ces saintes Filles de bien …

On disait par ailleurs, dans le même sens, « (se) mettre en bonne odeur » :

L’utilité de la vertu de gratitude nous doit exciter à sa pratique ; car elle nous attire le cœur de celui qui nous oblige, & elle le porte à nous faire de nouveaux dons : De plus, elle nous met en bonne odeur & estime parmi les honnêtes gens qui nous regardent …

L’Analyse des vertus en abrégé par un solitaire, 1698

 

Depuis le XIXe siècle, l’expression est souvent employée à la négative : 

Mon pauvre Michu ! dit-elle en rentrant au salon, j’avais oublié ta frasque, mais nous ne sommes pas en odeur de sainteté dans le pays, ainsi ne nous compromets pas. As-tu quelque autre peccadille à te reprocher ?

Balzac, Une Ténébreuse Affaire

Adrian

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