Pasqua : « il faut terroriser les terroristes »

« Il faut terroriser les terroristes » : cette célèbre déclaration est attribuée à Charles Pasqua (1927 – 2015) alors qu’il occupait le poste de ministre de l’Intérieur du gouvernement de cohabitation du Premier ministre Jacques Chirac (de 1986 à 1988) après la victoire de la droite aux législatives du 16 mars 1986, sous la présidence de François Mitterrand (de 1981 à 1995). Paris faisait alors face à une vague d’attentats terroristes liée à son implication dans la guerre au Liban.En effet, le 7 décembre 1985, une bombe explose aux Galeries Lafayette à Paris ; le 3 février 1986, une bombe explose à la galerie marchande de l’hôtel Claridge et une bombe est désamorcée sur la tour Eiffel ; le 4 février, une bombe explose à la librairie Gibert Jeune ; le 5, à la Fnac-sport du forum des Halles ; le 17 mars, jour de la nomination de Chirac, dans le TGV Paris-Lyon ; le 20 mars, dans la galerie Point-Show sur le Champs-Élysées, qui fait deux morts. 

 

« Terroriser les terroristes » : une déclaration en off ?


Pasqua aurait réagi en déclarant vouloir « terroriser les terroristes ». Cependant, cette déclaration n’est pas publique. C’est peut-être un emportement en « off » devant des journalistes. On retrouve notamment cette phrase dans un article d’Edwy Plenel dans Le Monde du 23 avril 1986, soit un mois environ après sa nomination :  

Heureux rappel, quelque peu éclipsé aujourd’hui par de fortes paroles du même sur la nécessité de  » terroriser les terroristes « .

Mais, interrogé à propos du terrorisme lors d’une interview organisée par le journal télévisé d’Antenne 2 le 12 avril 1986, Pasqua se montre modéré. Il parle de son ministère comme d’un « ministère de la Paix », ne reprend pas l’idée avancée par les journalistes d’une « guerre contre le terrorisme » (qu’il qualifie de « fléau »), déclare vouloir plus de coordination entre les pays touchés et « utiliser tous les moyens que donne la loi pour poursuivre ceux qui se sont mis hors-la-loi ». Loin de ce que vous pouvait augurer le mot d’ordre putatif. 

Cependant la réaction législative est vive. La loi du 9 septembre 1986 relative aux conditions d’entrée et de séjour des étrangers en France, dite « loi Pasqua« , durcit les conditions d’immigration en France, et le même jours est promulguée la loi relative à la lutte contre le terrorisme et aux atteintes à la sûreté de l’État, qui définit le terrorisme et organise la procédure judiciaire, alors que Paris est touchée par une nouvelle vagues d’attentats (4, 8, 12, 14, 15, 16 et 17 septembre). 

Si l’idée de « terroriser les terroristes » est associée Pasqua, cette formule allitérée (et par là, efficace) ne naît pas avec lui, comme en témoigne les occurrences présentées par Gallica.

Voir ici : Jospin : l’État ne peut pas tout.

Adrian

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