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Sainte nitouche : définition & origine (expression) 📚Sainte nitouche : définition & origine (expression) 📚

Publié le 02/07/2021 (m.à.j* le 31/05/2024)
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Définition

Une sainte nitouche signifie : une personne qui affecter une pudeur excessive, jouer hypocritement l’innocence et la décence, contrefaire la dévotion. Cette expression dénonce notamment l’hypocrisie, et devient un équivalent féminin à Tartuffe.

Sainte nitouche : origine de l’expression

Cette expression se comprend d’elle-même : dans le catholicisme, la sainte est d’une parfaite pureté et pudeur religieuse. Par antiphrase, on désigne par « sainte » celle qui affecte la pudeur et l’innocence mais qui a en réalité des mœurs très libres. « Nitouche » est la contraction de « n’y touche pas » (mais quoi ? …). L’expression décrit en fait le refus public par l’hypocrite des commerces charnels.

MADAME PERNELLE :
Mon Dieu, sa sœur, vous faites la discrète,
Et vous n’y touchez pas, tant vous semblez doucette :
Mais il n’est, comme on dit, pire eau, que l’eau qui dort,
Et vous menez sous chape, un train que je hais fort.

Molière, Tartuffe, I, 1

L’expression a peut-être été inventée par Rabelais  :

Croiez que c’estoit le plus horrible spectacle qu’on veit ocnques, les uns cryoient saincte Barbe, les aultres sainct georges, les aultres saincte Nytouche, les aultres nostre Dame de Cunault, de Laurette, de bonnes nouvelles,de la lenou, de rivière.

Gargantua

Elle est la transformation d’une expression plus ancienne, relevée par le Dictionnaire du moyen français : faire le non-y-touche, « affecter un air d’innocence et de naïveté ». Elle a existé sous la forme « sainte n’y touche » :

[…] moi je parais triste le matin, pendant l’office, parce que ce n’est pas gai, la messe, oh ! non, et que, pour faire pièce à Mlle Héléna, je prends des airs de sainte n’y touche ;

Sue, Les Sept péchés capitaux

[…] elle veut par ces semblants de sagesse se faire épouser de ce maraud, lequel doit être abondamment pourvu de biens. Le caprice prend quelque fois à ces créatures de faire souche d’honnête gens et de s’asseoir aux assemblées parmi les prudes femmes, l’œil baissé sur la modestie, avec un air de Sainte N’y touche.

Gautier, Le Capitaine Fracasse

La forme « sainte-nitouche » apparaît au XVIIe siècle, ici peut-être une plaisanterie de soldats :

Ils apprirent aussi qu’il y avait dans la Place qu’une fausse Porte appellée Sainte-nitouche […]

Mercure Galant, 1678

Ici au XVIIIe siècle dans un contexte qui éclaire son sens 

Quelle est donc cette humeur farouche,
Quand je vous demander un baiser ? 
Vous faites la sainte Nitouche,
Et vous osez me refuser. 

1760

Il existait la variante rare « sainte mitouche », présente notamment chez Voltaire. « Mie » signifiait « pas ».

Autre exemples

Un soldat me disait : « Les filles ici sont des Sainte-Nitouche. Le jour, dans les rues, pas une ne parlerait à un militaire ; le soir elles font le diable à quatre. »

Taine, Carnets de voyage

L’accusé, très humble, avec un air de sainte Nitouche, l’œil baissé, la face narquoise, les mains croisées, commença :

— Monsieur le président, messieurs les membres de la commission, nous tous, vous les premiers, nous nous sommes trompés jusqu’ici sur le rôle que doit jouer le Théâtre-Français ! C’est le Louvre

Maupassant dans Le Gaulois, 4 avril 1881