Sans crier gare : définition & origine [expression]

Sans crier gare : sans avertir, sans prévenir.

 

Sans crier gare : origine de l’expression


L’interjection « gare », en ancien français guar, « prends garde ! », « attention ! », est la forme abrégée de garde ! (de « garder », au sens de veiller à sa sécurité).

Saint Hierosme racompte en la vie de Saint Hilarion, qu’un bon Pere du desert se sentant inquiété de tentations sensueles, disait à son corps gare, gare, gare, que si admonesté trois fois elles ne s’estaignaient il le mal menait si furieusement qu’une autrefois au premier gare, toute la chair fremissait d’apprehension.

J.-P. Camus, Homélies, 1625. / Ici, le saint dit gare à son corps de ne pas céder à des tentations sensuelles, il prévient d’un danger

On l’emploie encore aujourd’hui (gare à…) :

Et je te défends de dire « oui maman », de faire l’original ; et gare à toi, si je t’entends chantonner, siffler entre tes dents, imiter le charretier sans souci. Ça ne prend jamais avec moi.

Renard, Poil de Carotte

Le TLFi relève « sans dire gaire » dans un recueil de chanson du XVe siècle. On trouve « sans dire gare » au XVIe siècle au moins :

Et comment me veux-tu frapper encore ? voulant dire qu’il devait dire gare avant que le frapper.

L’Académie des philosophes, 1587

« Crier gare » peut être repéré au XVIIe siècle :

Ces Cochers ont beau se haster,
Ils ont beau crier gare, gare,
Ils sont contraints de s’arrester

Claude-Louis Berthaud, La Ville de Paris en vers burlesques, 1665

L’expression moderne est présente dans un posthume de Gilles Ménage (1613 – 1692), mais est surtout employée à partir du XIXe siècle (4 résultats pour le XVIIIe siècle pour Gallica, 2227 pour le XIXe siècle). C’est aujourd’hui une expression très employée.

 

À lire ici : pourquoi dit-on « à bon escient » ?

 

Exemples


— Il n’est pas gentil, alors ? —

Ne m’en parlez pas ! répondit Gervaise, il était très bien pour moi, là-bas ; mais, depuis que nous sommes à Paris, je ne peux plus en venir à bout… Il faut vous dire que sa mère est morte l’année dernière, en lui laissant quelque chose, dix-sept cents francs à peu près. Il voulait partir pour Paris. Alors, comme le père Macquart m’envoyait toujours des gifles sans crier gare, j’ai consenti à m’en aller avec lui ; nous avons fait le voyage avec les deux enfants.

Zola, L’Assommoir

 

Une mère vit seule avec son fils de neuf ans dans un pavillon de banlieue. Un jour, sans crier gare, le compagnon et père disparu depuis des années refait surface. Pour renouer les fils, se donner une « seconde chance », il les invite à le suivre dans la montagne, où il a hérité d’une vieille barraque décatie, le domaine des Roches.

Lesechos.fr

Adrian

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