Donner sa langue au chat : définition & origine [expression]

Donner sa langue au chat : renoncer à chercher la solution à une devinette ou avouer son impuissance à répondre à une question.

Exemple : « je donne ma langue au chat ».

 

Donner sa langue au chat : origine de l’expression


Cette expression est probablement une atténuation de « jeter sa langue aux chiens », variante bien plus violente, selon laquelle la personne qui n’arrive pas à répondre à une question ou une devinette donne l’organe qui lui est inutile à manger aux chiens. Elle apparaît dans la 6e édition du Dictionnaire de l’Académie :

Prov. et fig., Jeter sa langue aux chiens, Renoncer à deviner quelque chose. Il m’est impossible de trouver le mot de cette énigme, je jette ma langue aux chiens.

Elle se trouve chez Mme. de Sévigné (1626 – 1696) :

Devinez ce que c’est, mon enfant, que la chose du monde, qui vient le plus vite, & qui s’en va le plus lentement ; qui vous fait approcher le plus près de la convalescence, & et qui vous en retire le plus loin ; qui vous fait toucher l’état du monde le plus agréable, & qui vous empêche le plus d’en jouïr ; qui vous donne les plus belles espérances, & qui en éloigne le plus l’effet ; ne sauriez-vous le deviner ? jettez-vous votre langue aux chiens ? c’est un rhumatisme. Il y a vingt-trois jours que j’en suis malade […]

1676

Selon le Dictionnaire d’expressions et locutions (Alain Rey, Sophie Chantreau), le transfert du chien au chat a peut-être été fait par l’expression « donner sa part au chat ». Ces auteurs évoquent aussi la réputation du chat, qui ne saurait pas tenir sa langue, qui sait des choses, et pour qui la langue de l’ignorant a plus d’utilité. Parallèlement, George Sand écrit, au sens d’ « oublier » dans La Petite Fadette (1849) :

Ce que je vous dis là, j’ai grand’peur que vous ne le mettiez dans l’oreille du chat ; mais si vous ne le faites pas, vous vous en repentirez grandement un jour.

Ce qui revient au chat est donc ce qui est perdu.

Le transfert est fait, dans les sources écrites, au début du XIXe siècle :

Nous donnerons le mot de celle qui va suivre, dès que, pour nous servir de l’expression de madame de Sévigne, on aura jeté sa langue au chat

Le Drapeau blanc, 1819

 

Et cependant, il y est question de jockeis, de d’hyppodrome…mais cela est comme perdu au milieu de trois ou quatre intrigues amoureuses, que je défie le plus habile de deviner…Aussi, le public, le premier jour, a-t-il donné sa langue au chat. Il croyait assister sans doute à la représentation d’une charade.

Gazette des théâtres, 19 juillet 1835

 

Elle nous fait connaître que l’étymologie du mot crinoline vient du grec crino, je crains, et lino, la ligne droite. L’Académie, qui avait donné sa langue aux chats, va pouvoir terminer son fameux dictionnaire que ce mot seul arrêtait.

Le Tintamarre, 1er juin 1856

Donner sa langue au chat n’apparaît que dans la 9e édition du Dictionnaire de l’Académiie (en cours de rédaction).

 

Voir ici : pourquoi dit-on « dès potron-minet » ?

 

Exemples


Je croyais avoir un certain flair, et quand je m’étais dit : “sûrement non”, n’avoir pas pu me tromper. Hé bien, j’en donne ma langue aux chats.

Proust, À la recherche du temps perdu

 

L’emploi de de l’expression dans l’extrait ci-dessous est une syllepse :

En danseuse à tutu, haltérophile,charmeur d’eau ou discobole, 20 statues de bronze du célèbre « Chat » s’exposent sur les Champs Elysées. A cette occasion, retour sur le parcours de son créateur, Philippe Geluck, qui a donné sa langue au chat depuis 1983 !

RCF.fr

 

Grand de taille, clair de teint, crinière afro, costume noir sur chemise blanche, gestes amples et verbe flamboyant. Qui se cache derrière ce portrait en forme d’esquisse ? En France, on donne sa langue au chat, mais, outre-Atlantique, c’est une autre affaire, car la devinette porte sur une grande figure intellectuelle et publique.

Lemonde.fr

Adrian

https://www.laculturegenerale.com

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