L’adjectif qualificatif épithète est un mot qui qualifie un nom sans qu’il ait besoin d’un verbe, contrairement à l’adjectif qualificatif attribut.

  • exemple : on voyait ses yeux bleus dans l’obscurité ;
    • bleus qualifie « yeux » sans qu’un verbe ne soit nécessaire ;

Il peut être supprimé de la phrase sans que celle-ci devienne incorrecte.

  • exemple : la chaise marron est dans le salon ;
    • « La chaise est dans le salon » est correct. « Marron » est bien un adjectif qualificatif épithète.

Il peut aussi être remplacé par un autre adjectif. La phrase change de sens, mais ne devient pas incorrecte.

  • exemple : la chaise verte est dans le salon ;

Bien sûr, il s’accorde en genre et en nombre avec le nom qu’il qualifie.

On dit techniquement de l’adjectif que c’est une expansion du nom : il s’ajoute au nom et forme avec lui un groupe nominal (un groupe de mots comprenant un nom).

 

L’adjectif épithète lié

L’adjectif épithète peut être « lié », ce qui signifie qu’il est accolé au nom qu’il qualifie (il est à côté).

  • exemple : Sa bague dorée était à son doigt ;
    • « dorée » est à côté du nom qu’il qualifie, « bague ». 

Lorsqu’il est avant le nom qu’il qualifie, on peut dire qu’il est « antéposé ».

  • exemple : ces grands garçons pleuraient ;
    • « grands » est placé avant « garçons » qu’il qualifie ; « grands » est antéposé.

Lorsqu’il est après le nom qu’il qualifie, on peut dire qu’il est « postposé ».

  • exemple : cette plante a des feuilles rondes ;
    • « rondes » est placé après « feuilles » qu’il qualifie ; « rondes » est postposé.

Souvent, l’adjectif épithète lié permet de singulariser ou de distinguer l’élément auquel il fait référence. En effet, il distingue un élément parmi d’autres. Par exemple, dans la phrase « le manteau gris dans la penderie », l’adjectif « gris » permet de singulariser le manteau ou de le distinguer d’autres éléments : on fait référence au manteau qui est gris, pas à celui qui est marron ou bleu par exemple.

Autre exemple, si une personne demande à une autre « va me chercher la petite assiette qui est sur la table », on peut supposer qu’il y a d’autres assiettes sur la table, et qu’elles ne sont pas petites.

Cet effet produit par l’adjectif lié n’est pas toujours évident. Lorsque l’on dit « on voyait ses yeux bleus dans l’obscurité », on apporte une précision sur la couleur des yeux de la personne plutôt qu’on les distingue parmi d’autres yeux. 

 

L’adjectif épithète détaché

L’adjectif épithète peut être « détaché », ce qui signifie qu’il n’est pas accolé au nom qu’il qualifie (il n’est pas à côté). 

ex :  Pierre et Jeanne regardaient les tours du magicien, incrédules ;

=> « incrédules » n’est pas placé à côté des noms qu’il qualifie, c’est-à-dire « Pierre & Jeanne ».

Il est souvent séparé du nom qu’il qualifie par une virgule. 

Contrairement à l’adjectif épithète lié, l’épithète détaché ne donne pas une information qui singularise un élément ou ne distingue pas un élément d’autres éléments. Il donne souvent une information facultative. Il apporte une information supplémentaire, une précision, un commentaire, etc. 

 

Exemple final

Cette phrase tirée de l’introduction de l’incipit de Germinal (1885) rassemble plusieurs types d’adjectifs épithète :

Devant lui, il ne voyait même pas le sol noir, et il n’avait la sensation de l’immense horizon plat que par les souffles du vent de mars, des rafales larges comme sur une mer, glacées d’avoir balayé des lieues de marais et de terres nues.

Zola, Germinal

  • « noir » est lié et placé après sol ;
  • horizon est entouré de deux adjectifs épithètes ;
  • « larges » est lié et placé après rafales
  • « glacées » est un adj. épithète détaché qui qualifie rafales
  • « nues » est lié et placé après terres.