« Après que » : indicatif ou subjonctif ? Règle

« Après que » est normalement suivi de l’indicatif.

On écrit donc « après que j’ai ».

Cependant, dans l’usage, le subjonctif concurrence fortement l’indicatif.

 

« Après que » suivi de l’indicatif : pourquoi ?


Cette règle peut sembler, de prime abord, contre-intuitive. En effet, « avant que » est suivi du subjonctif.

Dans une phrase, l’action 2, qui situe après « après que », est antérieure à l’action qui se situe avant « après que », l’action 1 :

action 1 (postérieure) + après que + action 2 (antérieure)

Par exemple, dans la phrase « tu sers les plats après que tu les as cuisinés », le fait de cuisiner les plats est effectué avant de servir les plats. On sait, quand on énonce la phrase, que l’action va être effectuée, c’est un fait accompli. Or, le subjonctif sert à parler d’une action incertaine.

« Avant que », en revanche, sert en général à introduire un fait qui n’est pas réalisé. Il est donc hypothétique, ce qui explique l’utilisation du subjonctif.

Attentionil faut respecter la correspondance des temps. 

  • Présent + après que + passé composé
  • Passé composé + après que + passé surcomposé (l’auxiliaire est lui-même un temps composé)
  • Imparfait + après que + plus-que-parfait ou passé antérieur
  • Passé simple + après que + passé antérieur
  • Futur simple + après que + futur antérieur

Exemples :

Présent + passé composé : Chaque soir, elle joue après qu‘elle a révisé.

Passé composé + passé surcomposé : Nous avons fui après que le monstre a été tué.

Imparfait + plus-que-parfait : Ils se promenaient après que l’orage avait tonné.

Passé simple + passé antérieur : Je vins après que tu fus parti.

Futur simple + futur antérieur : Je rentrerai après que la nuit sera tombée.

Après + infinitif : Tu as regardé la télévision après avoir téléphoné à ta grand-mère. 

Une forme concurrente, plus simple, fait suivre « après » d’un infinitif

On peut faire débuter une phrase par « après que » :

Après que je suis arrivée, tu es parti. 

Après que vous eûtes décidé de vous engager, la guerre commença. 

 

On ne devrait donc pas écrire :

  • « après que je sois », mais « après que je suis »,
  • ni « après que j’aie », mais « après que j’ai ». 

 

Avec le subjonctif : la force de l’usage


L’usage tend aujourd’hui à utiliser le subjonctif après « après que ».

Témoignage de l’évolution de l’usage, de grands auteurs du XXe siècle l’on fait suivre du subjonctif. Les exemples suivants sont cités par le TLFi :

Telle avait été en tout ceci l’innocence du professeur que beaucoup de Coustous, dont aucun n’avait voulu assister au mariage, affectèrent de répondre à son salut après qu’il eût trahi.

Mauriac, Génitrix

 

Après que tu m’aies abandonnée, j’ai d’abord fui le couvent pour la montagne.

Camus, La Dévotion à la croix

 

Si elle n’osait pas dire quelle place il occupait dans son cœur, ses lettres me le laissèrent apprendre après qu’il l’eût quittée à jamais, et aussi certain éclat de larmes, au lendemain de l’enterrement de mon père. 

ColetteLa Naissance du jour

À l’envi ou à l’envie ?

Adrian

https://www.laculturegenerale.com

1 réponse

  1. Francis Miville dit :

    En fait le grammairien Beauzée (fin 18ème siècle) considérait que la locution « après que » appelait le plus volontiers le subjonctif dans la mesure où l’événement de la subordonnée était plus ou moins hypothétique ou conditionnel par rapport à celui de la principale : «je ne partirai qu’après que tu aies fini tes tâches.» (mais j’ai un petit doute que tu ne les finisses). «Je suis arrivé après que la cérémonie eût été terminée.» (j’ai attendu qu’elle fût terminée). L’indicatif est selon lui permis s’il s’agit d’un simple rapport de temps sans qu’il soit obligatoire, mais selon cet auteur grammatical, dans ce cas, l’usage français le plus facile, le mieux consacré par l’usage populaire et le plus recommandable est d’employer le participe absolu : « Je suis venu (une fois) la cérémonie terminée ». C’est encore le cas aujourd’hui et de fait l’usage fréquent de la locution « après que » n’est pas vraiment populaire mais plutôt caractéristique de l’usage artificiel demi-cultivé du journalisme et des bureaux.

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