Le plus-que-parfait de l’indicatif est un temps composé formé à l’aide de l’auxiliaire « être » ou « avoir » conjugué à l’imparfait de l’indicatif suivi d’un participe passé. Exemples :

  • J’étais venue en avance pour que tu me vis à ton arrivée.
    • Auxiliaire « être » à la première personne du singulier de l’imparfait (« étais ») + participe passé du verbe « venir » (« venue »).
  • Si vous aviez été à Lyon ce jour-là, vous auriez pu m’aider à déménager.
    • Auxiliaire « avoir » à l’imparfait (« aviez ») + participe passé du verbe « être » (« été »)

Les règles d’accord du participe passé du plus-que-parfait sont les mêmes que celles du passé composé.

  • Les sandales qu’ils avaient achetées à la boutique étaient belles.
    • « Achetées » est accordé parce que le complément d’objet direct « qu’ », qui reprend « les sandales », est placé avant l’auxiliaire « avoir ».

Valeurs du plus-que-parfait (utilisation)

Le plus-que-parfait exprime une action achevée au moment de l’énonciation (comme tous les temps composés), antérieure à une autre action passée, exprimée à l’imparfait, au passé simple ou au passé composé. Le terme de grammaire « parfait », du latin perfectum, désigne le passé accompli, c’est-à-dire achevé. Cette valeur est perceptible lorsque la principale exprime l’action passée la plus récente et la subordonnée l’action passée antérieure.

  • Ils t’avaient regardé pendant des heures, puis ils vinrent finalement te parler.
    • La postériorité de « il vinrent » est renforcée par les adverbes « puis » et « finalement ».
  • J’ai mangé le gâteau que tu avais cuisiné.
  • Il était dans café dans lequel nous nous étions rencontrés.

Bien qu’il présente une action accomplie, on qualifie le plus-que-parfait, comme l’imparfait, de sécant, ce qui signifie que les bornes initiales et finales de ce qu’exprime le verbe (le procès) sont floues. On ne sait pas précisément quand cela commence, ni quand cela se termine. On voit l’action « en coupe », quand elle est en cours.

  • J’ai commencé hier soir à écrire l’article auquel j’avais réfléchi.
    • L’action « j’avais réfléchi » a commencé, elle est terminée (avant hier soir), mais on ne sait pas quand.
  • Elle lui répéta ce qu’elle avait entendu.

Le plus-que-parfait peut saisir une action dans sa durée (aspect duratif) :

  • Je l’avais écouté pendant des jours.

Le plus-que-parfait permet d’exprimer la répétition d’une action (aspect itératif, d’habitude ou non) :

  • Lundi et mardi, nous avions pris notre café à l’hôtel, puis nous décidâmes de tenter notre chance dans un troquet.
  • Chaque jour, une fois qu’il avait pris sa douche, Paul commençait à travailler.

Les valeurs temporelles du plus-que-parfait

Il permet de construire l’arrière-plan d’un récit, de décrire le contexte, en insistant dans l’exemple ci-dessous sur la durée du processus :

Les arbres s’étaient baissés vers les ronces, les ronces étaient montées vers les arbres, la plante avait grimpé, la branche avait fléchi, ce qui rampe sur la terre avait été trouver ce qui s’épanouit dans l’air, ce qui flotte au vent s’était penché vers ce qui se traîne dans la mousse ; troncs, rameaux, feuilles, fibres, touffes, vrilles, sarments, épines, s’étaient mêlés, traversés, mariés, confondus ; la végétation, dans un embrassement étroit et profond, avait célébré et accompli là, sous l’œil satisfait du créateur, en cet enclos de trois cents pieds carrés, le saint mystère de sa fraternité, symbole de la fraternité humaine.

Hugo, Les Misérables

Dans le discours indirect ou le discours indirect libre, il permet de transposer le passé composé.

  • « Ils ont regardé en silence la pluie à travers la fenêtre ». Elle dit qu’ils avaient regardé en silence la pluie à travers la fenêtre.

Les valeurs modales du plus-que-parfait (pour exprimer l’attitude du locuteur)

Le plus-que-parfait entre dans la composition de l’irréel du passé. Dans les subordonnées hypothétiques introduites par « si », le plus-que-parfait exprime la condition non réalisée dans le passé, le conditionnel passé la conséquence impossible.

  • Si vous aviez été à Lyon ce jour-là, nous aurions pu prendre un café à la Croix-Rousse.

Il existe un plus-que-parfait de politesse ou d’atténuation, qui consiste à feindre de rejeter dans le passé une demande :

  • J’étais venu vous demander si je pouvais emprunter la voiture.
  • J’avais voulu savoir si vous souhaitiez venir avec nous vous promener.

Il peut traduire une intention tendre ou affectueuse (aspect hypocoristique) :

  • Il s’était énervé tout rouge quand il est tombé dans la boue, mon petit chéri !

À lire

  • Cécile Narjoux, Le Grévisse de l’étudiant