Battre la campagne : définition & origine [expression]

Battre la campagne signifie : parcourir une région dans un but. Anciennement : errer sans but, divaguer, déraisonner. 

 

Voir ici : pourquoi dit-on « tirer les marrons du feu » ?

 

Battre la campagne : origine de l’expression


Battre est ici à comprendre comme « parcourir », « explorer ». Selon le Dictionnaire historique de la langue française, ce sens viendrait de l’emploi de ce verbe dans des locutions qui figurent l’idée de frapper régulièrement quelque chose (battre monnaie, battre le fer, battre le blé, etc.), et de là la métaphore de travailler ou façonner quelque chose. Battre la campagne, la contrée, le pays, les buissons, etc., c’est donc travailler le terrain, pour le reconnaître systématiquement (on connaît l’extension « faire une battue »), l’explorer, s’y promener, y chercher quelque chose, comme les chasseurs qui cherchent du gibier qui se cache.

On ne voyait qu’elle par les chemins, ses oies lui étaient un continuel prétexte à battre le pays, guettant une occasion du bord d’un fossé, pendant des heures, de l’air endormi d’une gardeuse qui fait manger son troupeau

Zola, La Terre

 

N’est-ce pas plutôt qu’on voudrait se servir de nous seulement pour battre les buissons pendant qu’ils prennent les Oiseaux.

Guillaume de Lamberty, Memoires pour servir a l’histoire du XVIII siecle, 1740

On peut aussi voir, dans le fait de battre, les pieds qui frappent régulièrement le sol de la campagne. 

L’expression semble d’abord avoir été employée dans le contexte militaire, au sens de « parcourir la région à la recherche de renseignements sur l’ennemi » (il a aussi existé l’expression militaire « battre la route » au sens de prendre la route de).

Depuis l’Amiral fit jetter des gardes plus grosses de nuict aux passages, & battre la campagne plus souvent […]

Jean de Serres, Histoire des choses mémorables avenues en France, depuis l’an 1547 jusques au commencement de l’an 1597…, 1599

 

De faict, à peine les enseignes sont elles dedans le pays Chrestien (sans jamais toutesfois prendre le largue : ny le descouvert ) que tout aussi tost il depesche trois cens cavalliers pour battre la campagne & recognoistre au long & au large tous les endroits, & sonder couvert des forts […]

Jacques de Lavardin, Histoire de Georges Castriot, surnommé Scanderbeg, roy d’Albanie, 1621

À partir ce premier emploi, l’expression s’est enrichi d’un nouveau sens, « divaguer », « laisser son esprit vagabonder » :

Le lait tombe ; adieu veau, vache, cochon, couvée ;
La dame de ces biens, quittant d’un œil marri
Sa fortune ainsi répandue,
Va s’excuser à son mari
En grand danger d’être battue.
Le récit en farce en fut fait ;
On l’appela le Pot au lait.
Quel esprit ne bat la campagne ?

La Fontaine, La Laitière et le Pot de lait

 

En ce moment, son esprit bat la campagne. Elle est extraordinairement distraite. Durant huit heures consécutives, durant une journée entière, elle reste assise à la même place. Vous voyez ce pain sur la table : elle n’en a peut-être mangé qu’une bouchée, depuis ce matin, et elle l’achèvera demain. Tenez, à présent elle se tire les cartes…

Dostoïevski, Traduction des Possédés

Cependant, l’expression ne semble être employée dans ce sens aujourd’hui. Elle signifie désormais « explorer systématiquement un terrain, une région » ou « voyager à la campagne, pour son activité ou pour y mener une entreprise ». 

On s’était armé comme on avait pu et on s’était mis en bandes pour battre la campagne et arrêter les mauvaises gens.

Sand, Nanon

 

Elle monte ensuite, selon l’expression consacrée, « sur le chariot de Thespis », battre la campagne française, de village en village, pour perpétuer la flamme du théâtre itinérant.

Lemonde.fr

Son équivalent urbain est donc « battre le pavé ». 

L’expression est aussi employée par des journalistes au sens de « participer à une campagne électorale » :

Aujourd’hui, il bat la campagne pour la liste de Matthieu Orphelin en Pays de la Loire. « Je suis encore sous le coup du mandat qu’on m’a donné : réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de 40 % en dix ans », dit-il.

Letelegramme.fr

Adrian

https://www.laculturegenerale.com

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