Partouze : d’où vient cette expression ?

La partouze ou partouse désigne une relation sexuelle de groupe, une orgie. Ce terme est construit à partir de « partie», mais à comprendre dans un sens ancien : une partie pouvait désigner en effet une sortie organisée, une promenade, un projet de divertissement. Le Littré cite comme exemple une phrase des Mémoires du cardinal de Retz (1613 – 1679) : 

La partie se fit, l’on convint qu’il n’y aurait que Mme et Mlle de Vendôme, Mme de Choisi, M. de Turenne, M. de Brion, Voiture et moi

La notion de partie a donné les expressions partie fine et partie carrée, aujourd’hui deux synonymes plus raffinés de partouze. La partie carrée, avant que son sens glisse vers le salace, était une sortie avec deux femmes et deux hommes (Fragonard en a par exemple fait le sujet d’un tableau).

Voir ici : d’où vient l’expression « tailler une pipe » ?

 

De la partie à la partouze : origine du terme


Le cheminement de « partie » vers « partouze » reste toutefois quelque peu obscur. Selon le Dictionnaire historique de la langue française et l’étymologie présentée par le TLFi, le terme désignait d’abord une partie de carte, puis une partie galante à deux, avant de prendre son sens moderne de relation sexuelle de groupe. Ce sens apparaît probablement dans les années 1920, comme en témoignent ces deux emplois :

L’on peut ainsi se ruiner l’estomac, le cœur et les poumons et devenir quasiment fou en absorbant d’une manière ou d’une autre des drogues stupéfiantes. Voilà pour l’hôpital. On peut aussi pratiquer ce que l’on appelle la Partouze : deux messieurs et deux dames, au moins, boivent ensemble du vin pur et se mettent tout nus pour faire milles folies. 

La Vie Parisienne, 7 juillet 1923

 

Toute Paris était au courant. On en parlait beaucoup plus que des Jeux olympiques. Les touristes anglais et américains arrivaient chez nous avec un « petit guide de la grande noce » dans lequel on leur apprenait à dire aux chauffeurs de taxi : « Conduisez-moâ à la tour Eiffel, au Panthéon et à la partouze du bois de Boulogne ! »

En quelques jours, c’était devenu légendaire. Des amis bien intentionnés vous glissaient à l’oreille : « Mon cher, il paraît que c’est épatant ! Un mien cousin, qui assista l’autre soir à l’une de ces gracieuses cérémonies, a reconnu parmi les invités l’ancien ministre Machin, le haut magistrat Chose, la fameuse divette Nini Ménilmuche et quelques mondaines qu’il a eu la discrétion de ne pas me nommer. Il faut vous dire que ce cousin n’est venu tout droit de Pézenas la semaine dernière et qu’on peut lui faire gober tout ce qu’on veut…»

Bref, dans la soirée de dimanche, la police s’est décidée à intervenir. Une nuée d’inspecteurs et d’agents cyclistes s’est abattue sur le Bois. Un communiqué de la préfecture annonce que quatre-vingt-quinze personnes ont été interpellées – ce qui prouve que leur attitude n’était pas celle d’honnêtes et vertueux promeneurs – et que huit arrestations ont été opérées.

La Liberté, 18 juin 1924

Le suffixe -ouze serait un ajout argotique.

 

Voir ici : qu’est-ce que le dogging ?

 

À lire

Claude Duneton, La Puce à l’oreille

Adrian

https://www.laculturegenerale.com

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