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« Cher maître » et « chère maître » ? (à une femme)

Publié le 21/10/2022
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Les deux formules sont possibles : « Cher maître » et « Chère maître », adressées à une femme qui exerce un profession juridique où cet appellatif est en usage. « Maître » est en principe un nom masculin (« un maître »). L’adjectif « cher » devrait donc s’accorder au masculin. Cependant, en français du Québec notamment, « maître » est féminisé par les articles et les adjectifs qui lui sont liés (« une maître »). On pourrait donc écrire « Chère maître ». La forme féminine semble devoir s’imposer lorsque la personne revendique clairement la féminisation de son titre (« avocate », « huissière de justice », « administratrice judiciaire », « une notaire », féminisations relativement usuelles). Sinon, il convient probablement de lui demander sa préférence. On trouve « chère maître » chez Flaubert qui s’adresse à George Sand (cet emploi est cependant isolé) :

Les heures que je pourrai vous donner, chère maître ? Mais toutes mes heures, maintenant, tantôt et toujours.

On peut autrement contourner la difficulté en éliminant « cher/chère », qui est réservé aux interlocuteurs avec lesquels on a déjà eu affaire, et avec lesquels les rapports professionnels sont cordiaux. « Cher » est à bannir des lettres de motivation, ou des courriers envoyés à des personnes que l’on ne connaît pas. Il suffit alors d’écrire tout simplement « Maître » dans l’appel des courriers.

Bref, il n’y a pas de consensus sur cette question, ces professions juridiques n’ayant été ouvertes que relativement récemment aux femmes. En France, les femmes ne peuvent prêter serment d’avocat et exercer cette profession que depuis 1900. La première à prêter serment fut Olga Petit, la seconde Jeanne Chauvin.

La féminisation de l’appellatif en « maîtresse » n’est pas du tout en usage dans ce domaine. « Maîtresse », sans complément, renvoie spontanément à une institutrice ou, anciennement, à la « maîtresse de maison ». L’usage de la forme féminine se diffuse quand « maître » fait partie du nom de la profession, et qu’il est suivi d’un complément qui permet de lever toute ambiguïté (« maîtresse de conférence, maîtresse d’hôtel » par exemple). « Maîtresse » sera peut-être revendiqué à l’avenir.

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