Tous les chemins mènent a Rome : définition & origine [expression]

Tous les chemins mènent à Rome signifie :

  1. Plusieurs peuvent mener à la même destination.
  2. Plusieurs méthodes peuvent mener au même résultat.

 

Tous les chemins mènent à Rome : origine de l’expression


Selon Alain Rey et Sophie Chantreau (Dictionnaire d’expressions et locutions), ce proverbe ne serait pas une allusion au fait que Rome était la capitale de l’Empire romain, mais plutôt aux routes de pèlerinage qui mènent à Rome, siège de la papauté, de l’Église catholique.

On repère « tous chemins vont à rome » par la 1re édition du Dictionnaire de l’Académie :

On dit, Tous chemins vont à Rome, pour dire, Que divers chemins menent à un mesme endroit ; & fig. que divers moyens conduisent à une mesme fin.

… et dans la 2de édition du Dictionnaire universel (1701) de Furetière :

On dit aussi, Tous chemins vont à Rome, ou tous chemins vont à la ville ; pour dire, qu’on peut parvenir à une même fin par divers moyen, arriver en un même lieu par divers endroits.

On relève cette forme dans un texte de 1641 :

Il est bien vray, comme l’on dit, que tous chemins vont à Rome ; mais il n’y a aussi point de doute, qu’il ne s’en trouve toujours quelcun, plus court & meilleur que les autres.

Nathanael Dhuëz, Le Guidon de la langue italienne, 1641

Mais aussi chez La Fontaine : 

Trois Saints également jaloux de leur salut, 
Portez d’un mesme esprit, tendoient a mesme but,
Ils suivirent pourtant des routes bien diverses. 
Tous chemins vont a Rome, ainsi nos concurrens
Crurent pouvoir choisir des sentiers differens. 

Le Juge Arbitre, l’Hospitalier et le Solitaire (recueil de 1693)

 

On trouve la forme avec « mener » dans la correspondance de Voltaire (1694 – 1778) :

Tous chemins mènent à Rome, et puisque Mahomet m’a si bien mis avec le pape, je ne désespère pas qu’un huguenot ne fasse du bien au prédicateur des carmélites.

Quand je vous dis, mon aimable nièce, que tous chemins mènent à Rome, ce n’est pas qu’ils m’y mènent. J’avais la rage de voir cette Rome et ce bon pape [2] que nous avons ; mais vous et votre sœur vous me rappelez en France ; je vous sacrifie le saint-père.

À Madame de Fontaine, 23 septembre 1750

 

La forme « toutes les routes mènent à Rome » apparaît ponctuellement au XIXe, mais elle ne devient courante qu’au XXe (cf. Google Ngram) :

[…] je suis entré à l’Assemblée; je suis monté à la tribune, puis, j’ai suivi une route qui conduit à l’Hôtel-de-Ville, comme toutes les routes mènent à Rome.

Le Droit, journal des tribunaux, 30 mars 1849

 

On peut voir des linéaments de ce proverbe chez des auteurs anciens, comme chez le théologien Alain de Lille (XII siècle), qui aurait écrit « mille viae ducunt homines per saecula Romam » (Liber Parabolarum, source directe inaccessible sur internet) , qui veut dire « mille routes mènent les hommes pour les siècles vers Rome »). L’idée derrière le proverbe est peut-être la même, mais il est alors inexplicable qu’il soit absent des écrits en français jusqu’au XVIIe siècle. 

En anglais, « all road lead to Rome » n’apparaît pas avant la fin du XIXe siècle. Georffrey Chaucer (vers 1340 – 1400) a écrit dans son Treatise on the Astrolabe (Traité sur l’astrolable, 1391) : « right as diverse pathes leden diverse folk the righte way to Rome » qui signifie « comme divers chemins mènent des chemins divers sur le bon chemin de Rome ». Cependant, en anglais aussi, l’expression « all roads lead to Rome » n’apparaît pas avant le milieu du XIXe siècle (google Ngram). L’allemand « alle Wege führen nach Rom » apparait au début du XIXe siècle, l’italien « tutte le strade portano a Roma » à la fin du XIXe.

L’expression a été détournée en « tous les chemins mènent au rhum »

En avant, frères, dit le Duc, tous les chemins mènent au rhum. — Ah ! non mon vieux, protesta Emmanuel on est déjà assez embêtés. Rhum, murmura-t-il à l’oreille de Marianne qui penchait légèrement de son côté.

Michel Sernoz, Il n’y a pas de mal

 

À lire ici : 300 expressions françaises expliquées

 

Exemples


Tous les chemins mènent à Rome : Argument invincible en faveur de la rotondité de notre planète. S’il y avait un chemin qui ne menât pas à Rome je crois bien qu’il aurait la préférence, car enfin, Rome, c’est le Pape, n’est-ce pas ? Seulement il n’y en a point. Tous les chemins imaginables sont aiguillés sur Rome. Impossible d’échapper à ce terminus.

Bloy, Exégèse des lieux communs

 

[…] il n’hésita pas à écrire : « Qu’on le sache bien au quai d’Orsay, qu’on l’enseigne désormais dans tous les manuels de géographie qui se montrent incomplets à cet égard, qu’on refuse impitoyablement au baccalauréat tout candidat qui ne saura pas le dire : « Si tous les chemins mènent à Rome, en revanche la route qui va de Paris à Londres passe nécessairement par Pétersbourg. » 

Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleur

 

Tous les chemins mènent à Rome mais bien peu permettent d’en sortir. Le professeur qui a enseigné le latin et le grec toute sa vie au Liceo Classico, Giorgetto qui n’a pas fait grand-chose et Attilio, brocanteur qui porte des chemises à fleurs et roule en Triumph Bonneville 1965, ont, à 70 ans, des envies d’ailleurs.

Lemonde.fr

Adrian

https://www.laculturegenerale.com

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