Bulle et encyclique : quelle différence ?

Bulle et encyclique sont deux types de texte produits par le pape, le chef de l’Église catholique.

 

Bulle : qu’est-ce que c’est ?


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Benoît XIV, Pierre Subleyras, 1746 | Wikimedia Commons

La bulle est un format de document produit par le pape. Les bulles tiennent leur nom du sceau qui y sont apposés, la « bulle » (du latin médiéval, bulla, sceau), sceau de plomb, qui porte les effigies de Saint Pierre et de Saint Paul.

La bulle est un document qui, par son format, soigné (encore manuscrit aujourd’hui) et scellé, est revêtu d’une grande solennité, et signale une décision importante d’intérêt public. Les bulles prennent le titre de leur incipit, c’est-à-dire les premiers mots du texte. Le pape y prend le titre, en introduction, d' »évêque, serviteur des serviteurs de Dieu (episcopus, servus servorum Dei).

La vocation précise des bulles a varié tout au long de l’histoire de la papauté, mais certains textes sont restés célèbres par leur importance et leur influence. C’est le cas notamment de la bulle Unam sanctam, fulminée (selon le verbe consacré) en 1302 par le pape Boniface VIII (1295 – 1303) qui réaffirme, alors que la papauté est en conflit avec le roi de France Philippe le Bel (1285 – 1314), la supériorité de l’Église sur les pouvoirs temporels, et conclut sur la soumission nécessaire au pontife de Rome pour obtenir le salut. La bulle Exsurge Domine fulminée par Léon X (1513 – 1521) en 1520 condamne les « erreurs » de Luther (1483 – 1546), le père de la Réforme protestante, avant qu’il ne soit excommunié par la bulle Decet Romanum Pontificem de 1521. Dernier exemple, la bulle Unigenitus fulminée en 1713 par Clément XI (1700 – 1721) à la demande de Louis XIV (1643 – 1715), qui condamne un courant religieux, le jansénisme, et suscite en retour une forte résistance, et au pontife, et au pouvoir royal.

Les bulles ne portent pas toutes sur des questions fondamentales pour l’Église. Elles sont produites, par exemple, pour la nomination d’un clerc, évêque, cardinal, etc. Le pape François (depuis 2013) a ainsi fulminé une bulle le 14 décembre 2018 pour la nomination de l’évêque auxiliaire du diocèse (circonscription sous l’autorité d’un évêque ou d’un archevêque) de Versailles.

Pour les questions de moindre importance, le pape peut utiliser un autre format de texte, moins formel et plus simple à produire, les brefs (les brefs apostoliques), lettres privées, scellées à la cire rouge avec l’anneau du pêcheur.

Voir ici : église, cathédrale, chapelle, basilique, quelle différence ?

 

Encyclique : qu’est-ce que c’est ?


L’encyclique (ou lettre encyclique) est une lettre du pape adressée au clergé (au premier titre les évêques) et, par extension, à tous les catholiques, d’un pays ou du monde entier. Elle peut même être adressée au monde entier, catholiques et non-catholiques, comme le fait Pacem in terris (1963), dans laquelle Jean XXIII (1958 – 1963) sollicite, entre autres, « tous les hommes de bonne volonté ».

Employés pour la première fois par Benoît XIV (1740-1758), ce sont des textes souvent longs et aujourd’hui courants par lesquels le pape exerce son magistère, c’est-à-dire sa charge d’enseigner. C’est un mode privilégié par lequel le pape revient en profondeur sur la doctrine de l’Église, dénonce des erreurs, condamne certains courants, encourage les fidèles à faire vivre certains enseignements, etc. Il peut réagir à l’actualité (Fratelli tutti de François, publiée en octobre 2020, aborde par exemple la question des migrants), aborder des problèmes de foi, de morale, de discipline, etc.

Comme pour les bulles, elles sont nommées selon les premiers mots du texte.

Ainsi, la célèbre encyclique Quanta Cura (1864) de Pie IX (1846 – 1878) condamne la liberté religieuse, la liberté de conscience et les idées modernes. Rerum Novarum (1891) de Léon XIII (1878 – 1903) fonde ce qui est nommé usuellement la « doctrine sociale de l’Église », c’est-à-dire la position de l’Église sur la question sociale, sur le conflit entre les classes, dénonce l’exploitation des ouvriers, les méfaits du capitalisme etc. Mit Brennender Sorge (1937) de Pie XI (1922 – 1939), rédigée en allemand à destination de l’Église catholique allemande, critique le national-socialisme et, cinq jours plus tard, Divini redemptoris (1937) condamne, elle, le « communisme athée ». Plus récemment : Humanae Vitae (1968) (sous forme de bref apostolique) condamne l’usage de la contraception artificielle, l’avortement et la stérilisation, suscitant une contestation au sein même de l’Église ; Caritas in veritate (2009) de Benoit XVI (2005 – 2013) est revenu sur la doctrine sociale de l’Église ; Laudato si’ (2015) de François évoque notamment le consumérisme et l’écologie.

 

Voir ici : monastère, abbaye, prieuré ou couvent, quelle différence ?

 

Autres textes

La bulle et l’encyclique ne sont pas les seuls formats employés par les papes. On peut citer par exemple les constitution apostoliques, par lesquelles le pape légifère sur la structure de l’Église (organisation de la Curie, érection d’un diocèse) ou sur un dogme (l’Assomption de Marie par exemple par Munificentissimus Deus en 1950). 

 

À lire 

Benedicte Sère, Les 100 dates de l’histoire de l’Église

Michel Feuillet, Vocabulaire du christianisme

Thomas Tanase, Histoire de la papauté en Occident

The Catholic Encyclopedia (ancienne, mais précieuse en l’absence d’une autre encyclopédie)

Adrian

https://www.laculturegenerale.com

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