Charlemagne, du latin Carolus Magnusalias Charles Ier dit le Grand. 

Par convention, cet article parlera le plus souvent de Charlemagne.

Dès Pépin de Herstal, maire du palais de 

 

La jeunesse de Charlemagne

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Le couronnement de Pépin le Bref, François Dubois | Wikimédia Commons

Charlemagne est né Charles en 742 (voire 747 ou 748), dans l’Oise ou dans l’Aisne, fils aîné de Pépin III, dit Pépin le Bref, et de Berthe, fille de Charibert, comte de Laon. L’historien Robert Folz suppose que son instruction, à l’image de celle de tous les laïcs, fut négligée. Mais on ne peut exclure que son père l’ait formé au gouvernement des hommes.

 

 

 

 

La donation de Pépin

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Donation de Pépin le Bref à l’abbaye de Saint-Denis en 768 | Wikimédia Commons

Le 28 juillet 754, le pape Étienne II vint sacrer Pépin à Saint-Denis. Charles, ainsi que Carloman, reçurent aussi l’onction du souverain pontife. Par ce sacre, Étienne II reconnut l’avènement des Carolingiens et la relégation de Childéric III, dernier des Mérovingiens, dans un couvent. Cet échange de bons procédés permet au pape de se placer sous la protection des Carolingiens. La papauté produisit alors un document apocryphe, la donation de Pépin, selon lequel ce dernier se serait engagé à créer les États pontificaux. Ce n’est pas la seule tentative de la papauté d’affirmer son autonomie par rapport au pouvoir temporel, comme en témoigne la fameuse donation de Constantin.

 

 

 

Le partage du royaume entre Charlemagne et Carloman

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Le royaume de Charlemagne en rouge ; le royaume de Carloman en bleu : le duché de Bavière en bleu cyan ; le territoire des Saxons en vert ; le royaume des Lombards en marron ; les royaumes Avars en jaune | Source

Les Mérovingiens, suivant la coutume des Francs, partageaient leurs royaumes entre leurs fils. À sa mort en septembre 768, Pépin ne dérogea pas à la règle. Le 9 octobre, les deux frères furent couronnés à Noyon.

  • Charles reçut l’Austrasie avec ses dépendances germaniques (Frise occidentale, Hesse, Franconie, Thuringe), la majeure partie de la Neustrie et l’Aquitaine ;
  • Carloman reçut, quant à lui, la Provence, la Bourgogne, la partie sud de la Neustrie, la Septimanie et la Souabe.

Leurs résidences étaient proches l’une de l’autre : Charles résidait à Noyon, Carloman à Soissons.

 

La mésentente de Charlemagne et Carloman

Les deux frères étaient placés dans une situation qui favorisa leur rivalité. Les efforts de Berthe, leur mère, échouèrent à les réconcilier. Après le mariage de Charles avec une fille de Didier, le roi des Lombards, Carloman se trouva isolé. En 769, Charlemagne acheva la conquête de l’Aquitaine, sans l’aide de son frère pourtant sollicité. 

 

La mort de Carloman

Coup du sort : Carloman mourut jeune, en 771. Il n’y eut pas de guerre fratricide. Charles répudia sa femme et s’imposa sur les terres de son frère défunt, se plaçant à la tête de la Francie. 

 

Charlemagne : grand conquérant

Le grand conflit entre les Saxons et les Francs commença en 772. Ces derniers, païens, posaient un problème de sécurité pour les marches du royaume des Francs par leurs attaques et leurs pillages. Charlemagne entama une campagne de représailles.

 

Charlemagne, roi des Lombards

Mais, en 773, une nouvelle menace, Charlemagne dut parer une menace. Le pape Hadrien (r. 772-795) l’appela à l’aide face à la menace représentée par le roi des Lombards, Didier. Pour le roi des Francs, cette intervention fut l’occasion d’imposer son règne en Italie du Nord, mais aussi d’écarter définitivement la menace représentée par la présence des fils de Carloman à la cour lombarde. Après avoir franchi les Alpes, Charlemagne s’empara de Pavie après un long siège, soumit son adversaire et se proclama, en 774, roi des Lombards. Les Francs intervinrent à trois autres reprises, en 776, en 780 et en 786, pour y consolider leur domination.  

 

La guerre de Charlemagne contre les Saxons

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Widukind, Lucas Cranach l’Ancien | Wikimédia Commons

La guerre fut longue, en raison de la résistance de certains chefs saxons, comme Widukind. Néanmoins, la Diète de Paderborn, en 777, posa les premiers fondements de l’Église de Saxe. Ce conflit est émaillé de massacres, comme celui de Verden en 782, qui coûte la vie à plusieurs milliers de Saxons. Widukind dépose les armes qu’en 785, avant de se convertir au christianisme à Attigny.

En 793, les Saxons se révoltèrent, entraînant une longue instabilité dans certaines régions. Pour supprimer tout risque de soulèvement, les Francs entamèrent une politique de déportation dans leur Empire.

 

 

 

 

 

Le conflit contre les Maures

Au VIIIe siècle, la péninsule ibérique était presque entièrement sous domination musulmane. La différence religieuse n’empêcha pas les échanges diplomatiques : en 778, certains chefs arabes firent appel à Charlemagne contre l’émir de Cordoue. Charlemagne entreprit, dans les années 770, la conquête de la péninsule, animé peut-être par la volonté d’y réinstaller le christianisme. Ses armées prirent Pampelune et Saragosse, mais ne poursuivit pas plus loin la conquête. Les attaques des montagnards vascons au moment de la traversée des Pyrénées fournirent la trame de la Chanson de Roland. Cette chanson de geste de XIIe siècle raconte la mort de Roland, comte de la marche de Bretagne, en défendant l’arrière-garde de l’armée de Charlemagne.

Charlemagne tira peut-être les leçons de son échec espagnol. La péninsule ibérique était trop éloignée des bases de son pouvoir militaire, d’autant qu’il y manquait d’alliés. L’Est, la Saxe, parut peut-être être un terrain plus favorable à la « dilatation » du royaume.

 

Frise, Bavière et Bénévent

La Frise orientale est annexée à l’État franc. La Bavière de Tassilon après la prise d ‘Augsbourg en 787, et la répression des soulèvements. 

Cette période est marquée par des efforts de réorganisation du royaume. En 781, l’Italie lombarde et l’Aquitaine, deux provinces aux particularismes marqués, devinrent des royaumes subordonnés. Ses deux fils, Pépin et Louis, furent placés à leurs têtes.

La suprémetatie francque faut aussi imposée au duc de Bénévent, Arigis.

 

Succès de Charlemagne contre les Avars

Entre 791 et 796, trois campagnes victorieuses contre les Avars, établis en Hongrie actuelle, permirent à Charlemagne d’annexer de nouveaux territoires, entre l’Enns et le Wienerwald. Le chef des Avars, Toudam, reçut le baptême à Aix-la-Chapelle. Les principautés avars, au-delà de cette région, devinrent vassales des Francs.

Dernières entreprises notables, une escadre fut envoyée aux Baléares en 798 et Barcelone fut occupée en 801.

 

L’empire de Charlemagne

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Wikimédia Commons

Aux environs de 800, la période de conquête de Charlemagne est terminée. L’Empire carolingien est fait. Il recouvrait la majeure partie de l’Europe chrétienne, de la mer du Nord à l’Adriatique, de l’Elbre à l’Èbre.

 

Le sacre impérial de Charlemagne

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Chroniques de France ou de Saint-Denis, vol. 1, second quart du XIVème siècle

Les conquêtes permirent à Charlemagne de prétendre à une dignité supérieure à celle de roi des Francs. Renonçant à l’itinérance de ses prédécesseurs, il se choisit une capitale où il fit bâtir sa résidence, le palais et la chapelle d’Aix-la-Chapelle, qui devaient être des répliques de ceux de Constantinople, où règne l’Empereur romain d’Orient. Son trône reproduit celui de Salomon, le plan octogonal de la chapelle palatine préfigure celui de la Jérusalem nouvelle.

 

 

25 décembre 800 : couronnement impérial de Charlemagne

Charlemagne profita des conflits qui opposaient le pape Léon (r. 795 – 816), placé sous sa protection, et l’aristocratie romaine, pour intervenir directement sur les territoires du pape. L’Empire byzantin, englué dans des conflits internes, ne pouvait intervenir. La querelle des iconoclastes et le scandale lié à l’avènement d’une femme à la tête de l’État (Irène) détournaient son attention de Rome.

Tel Pépin le Bref son père, Charlemagne se pose en protecteur de l’Église. Le 23 décembre 800, à Rome, une assemblée émit le vœu que Charlemagne prît le titre d’empereur. Le 25, jour de Noël, Léon III lui apposa la couronne. Après la cérémonie, le pape effectua le rituel de la proskynèse devant le nouvel empereur, ce qui signifie qu’il se prosterna devant lui. Cependant, le pape, qui entendait placer le pouvoir spirituel en amont du pouvoir temporel, couronna Charlemagne avant que l’assemblée ne l’acclame. La présence de deux ambassadeurs du patriarche de Jérusalem, l’un du mont des Oliviers, de rite latin, l’autre du monastère de Mar Saba, de rite grec, donna une portée universelle à l’événement. Toute la Chrétienté était virtuellement présente lorsque Charlemagne devint empereur.  

 

La donation de Constantin

La papauté, si elle consentit à l’élévation de Charlemagne à la dignité d’empereur, n’entendait pas pour autant se subordonner à lui. Pour assurer son indépendance, elle élabora ce qui devint l’un des plus fameux faux de l’histoire : la donation de Constantin, Costitutum Constantini.  Ce faux raconte le retrait de l’empereur Constantin de Rome par respect pour le pape. Constantin aurait donné au pape les provinces occidentales et aurait fait de lui un individu semblable à l’empereur en lui attribuant certains insignes, des vêtements d’apparat, un diadème, le phrygium, haut bonnet blanc pointu devenant la tiare, le manteau de pourpre, le globe et l’aigle.

Par ce faux, la papauté voulut inciter les dirigeants à imiter la conduite sur celle de Constantin. Au Latran, palais des papes d’alors, une mosaïque représentait Constantin investi par le Christ et le roi des Francs investi par Saint Pierre, le premier pape. La domination politique trouvait donc sa source dans l’Église selon la papauté. 

 

Charlemagne insatisfait de son sacre

Selon Éginhard, biographe de l’empereur, le rôle joué par Léon III dans le sacre, ainsi que l’évocation des Romains à la place des Francs auraient mécontenté Charlemagne. Mis devant le fait accompli par le pape, Charlemagne ajusta sa position. Il changea notamment la titulature impériale. Il était « Auguste, empereur grand et pacifique » tout en précisant avoir été couronné « par Dieu » et gouvernait car « roi des Francs et des Lombards ». Aucune mention de l’intercession du pape n’était faite. 

En outre, Charlemagne abandonna même les références à Rome, peut-être pour apaiser les relations avec Byzance lors de la paix qu’il conclut avec elle. L’Empire byzantin était en réalité l’Empire romain d’Orient. Les Byzantins se nomment eux-mêmes Romains. 

En 813, Charlemagne apposa lui-même le diadème sur la tête de son fils Louis, sans le concours d’un ecclésiastique.



Le gouvernement de Charlemagne sur son Empire


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Vitrail conservé au Musée de l’Œuvre Notre-Dame à Strasbourg | Wikimédia Commons

 

Légitimer la dynastie carolingienne : vassalité et christianisme

Le premier souci de Charlemagne fut de renforcer sa légitimité à gouverner les Francs. En effet, son père, Pépin le Bref, avait franchi le Rubicon en écartant nommément la famille Mérovingienne du pouvoir. Les ducs et potentats locaux avaient cherché à profiter de la mort de Pépin pour récupérer leur autonomie. À l’avènement de Charlemagne, la position de la famille carolingienne à la tête des Francs n’était pas totalement légitimée. Associer les élites locales au pouvoir était donc inévitable. Deux outils furent employés à cette fin : la vassalité, qui bénéficiait des conquêtes, et l’association avec l’Église.

La guerre permit en effet de nouvelles conquêtes. Ceux qui y participent pouvaient espérer récupérer leur part du butin. Les meilleurs guerriers se firent un nom, acquirent des terres ou purent obtenir une charge intéressante. Guerres et redistributions permirent d’assurer la fidélité des troupes. Charlemagne mobilisait l’ost à presque chaque printemps de son règne. 

 

L’Empereur à Aix-la-Chapelle

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Reconstitution possible du palais de Charlemagne | Wikimédia Commons

Résidant dans le palais d’Aix-la-Chapelle, Charlemagne renonça à l’itinérance de ses prédécesseurs. Sa présence concrète ne manifestait plus le pouvoir sur les terres placées sous son autorité. Tels empereurs romains, il se fait représenter par des comtes qui formaient un réseau administratif de près de 700 circonscriptions.

Les plus puissants des laïcs formaient autour de Charlemagne les « champs de mai », des assemblées qui devaient préparer les opérations militaires, mais aussi délibérer des affaires les plus importantes pour l’Empire.

 

 

 

 

 

L’Empire de Charlemagne, un Empire chrétien

Si la puissance militaire restait le principal outil de légitimation du pouvoir carolingien, elle se mettait en branle pour remplir un objectif supérieur : l’établissement du royaume du Christ sur Terre. L’Empire de Charlemagne s’inscrivait dans la continuité de celui de Constantin, le premier empereur chrétien, et de celui de Théodose. La mission religieuse de l’empereur était semblable à celle du Christ. Ses conquêtes, et l’évangélisation qui suivit, ouvrirent la perspective du salut à de nouveaux peuples. L’unification religieuse devint d’ailleurs pour les clercs la seule unité qui vaille : Charlemagne soumet et christianise, pour étendre le règne d’une Église unie. L’Empire était conçu par l’Église comme son bras armé.

 

La réforme de la justice

Charlemagne était le grand ordonnateur d’un Empire qui prépare son peuple au salut. La justice était donc un attribut fondamental du souverain dans la perspective d’organiser une société chrétienne, reflet d’un ordre et d’une justice supérieurs. Vers 780, Charlemagne promulgua une grande réforme de la justice. Elle réduisit le nombre de tenues de cours judiciaires à trois par an. Les hommes libres, qui devaient assister à ces assises que le comte présidait dans sa circonscription, virent la portée de leurs charges réduite.

Cette réforme donna aussi naissance à un corps de juges spécialisés, les échevins. Ces derniers avaient pour rôle de proposer la sentence, son application étant la prérogative des comtes. La mise en application réelle de cette réforme sembla être une tâche difficile pour Charlemagne. En témoignent les multiples rappels à l’ordre adressés aux échevins dans les capitulaires

Charlemagne réhabilita une procédure de droit romain disparue à l’époque mérovingienne : la procédure inquisitoire. Un juge pouvait se saisir lui-même d’un délit, enquêter, instruire et, le cas échéant, punir. Le juge caroligien était lui aussi l’agent de la volonté divine de justice. Sous les Mérovingiens, seule la procédure accusatoire existait. Dans ce dernier système, pour que condamnation il y ait, il faut accusation. C’est une simple justice de compensation, plus empirique. Certains crimes pouvaient rester impunis.

 

L’Église, ciment de l’Empire de Charlemagne

Oratoire de Germigny-des-Pres
L’oratoire carolingien de Germigny-des-Prés, l’une des plus anciennes églises de France, rare exemple du style architectural carolingien | Tourisme Loiret

Véritable Christ en mission, Charlemagne s’appuyait sur l’Église pour soutenir la structure de son État. Les évêques et les abbés prirent une part active à l’administration. Les terres appartenant aux églises étaient sour leur administration. Évêques et comtes se surveillaient dans les cités. Charlemagne organisa, en outre, l’évangélisation des régions conquises.

Une politique de construction de lieux de culte fut menée, à la gloire du pouvoir de leur ordonnateur. La basilique de Saint-Denis fut agrandie. L’oratoire de Germingny-des-Prés est un des rares témoignages existant aujourd’hui de l’effort de construction de cette époque. Les laudes royales, plaçaient Charlemagne au premier rang des mortels : le Christ, Marie, les archanges et toute l’armée divine étaient appelés en soutien à son entreprise divine. 

Au reste, à partir de Charlemagne, la titulature royale s’enrichit de la mention gratia Dei rex (roi par la grâce de Dieu).

 

Charlemagne, un législateur

Charlemagne régnait sur une multiplicité de peuples dont les mœurs et les coutumes divergeaint. Cette diversité s’accrut avec les nouvelles conquêtes. Pour affirmer sa suprématie, Charlemagne fit mettre à l’écrit les règles juridiques de chaque peuple. Il en devient donc le garant. Ainsi, les lois coutumières des Chamaves, des Frisons, des Thuringiens et des Saxons furent mises en forme à l’écrit. La loi salique fut elle aussi réécrite.

Par les capitulaires, Charlemagne légiférait pour tout l’Empire. Elles étaient employées pour les normes les plus importantes. Les capitulaires étaient des textes composés de chapitres différents, d’où leur nom. Elles abordaient des questions juridiques, de morale, elles évoquaient les décisions du pouvoir central et ses règlements. Par la célèbre capitulaire De villis (des grands domaines), Charlemagne exposait en 70 chapitres un programme de développement de la gestion de la production agricole des domaines royaux. Ce fut peut-être une réaction à la grande famine de l’hiver 792-793.

On compila aussi le droit romain, droit de référence pour un État qui cherchait à s’inscrire dans la continuité de l’Empire romain.

 

Le complot de Pépin le bossu

Pépin le Bossu, fils de Charlemagne, servit de dirigeant de circonstance à un soulèvement contre Charlemagne à l’hiver 792-793. En conséquence, Pépin fut claustré comme moine. L’échec de cet épisode témoigne probablement de la légitimité acquise par la nouvelle dynastie.

 

L’Empire carolingien, un État faible ?

La thèse de l’historien belge François Louis Ganshorf (1895 – 1980), selon laquelle Charlemagne n’avait pas les moyens de construire un État centralisé et efficace, a longtemps fait autorité. La vassalité, un des principaux outils de pouvoir de Charlemagne, aurait favorisé le morcèlement de l’autorité au profit de potentats locaux. Ces derniers auraient été des freins à la constitution par Charlemagne d’État impérial effectif. En outre, il aurait manqué à Charlemagne des fonctionnaires bien formés et lettrés. Des historiens, comme Bruno Dumézil, remettent aujourd’hui en cause cette vision : l’administration romaine aurait survécu sous différentes formes jusqu’au IXe siècle. Au-delà de ces débats, il semble avéré que les capitulaires de Charlemagne n’étaient, le plus souvent, pas suivies de réalisations concrètes.

 

Les missi dominici

Que tout le peuple sache que les missi ont été établis pour que quiconque n’aura pu, par la négligence ou l’incurie du comte, se faire rendre justice, qu’il puisse d’emblée leur déférer son affaire et obtenir d’eux justice.

Ainsi Louis le Pieux, héritier de Charlemagne, définit-il le rôle des missi dominici.

Charlemagne créa l’institution des missi dominici, ses représentants directs chargés de faire respecter sa volonté. Ce sont des comtes ou des évêques envoyés par Charlemagne pour une mission spécifique. Leurs attributions variaient selon le contexte. Bien que représentants directs de l’autorité de Charlemagne, ces hommes étaient choisis parmi les hommes les plus puissants de la région d’administration. Le pouvoir ne pouvait donc se passer de la collaboration de l’aristocratie locale.

 

Les voies de communication dans l’Empire de Charlemagne

Les voies de communication firent l’objet de toute l’attention du pouvoir carolingien, car essentielles pour contrôler cet immense empire. Les anciennes voies romaines étaient ainsi entretenues, ainsi que les ponts, canaux et relais hérités de l’époque impériale. À l’est du Rhin, là où l’Empire romain n’avait pénétré que peu profondément, un travail de création de routes est entrepris. En Saxe, un dispositif original est inventé : les hommes libres (les notables) devaient ravitailler les messagers. En échange, ils pouvaient exploiter des terres fiscales. Cet échange de bons procédés a laissé sa trace dans la langue : le latin paraveredus, cheval de poste, est devenu Pferd en allemand, et palefroi en français.

 

La défense de l’empire carolingien : les marches

Pour défendre ses frontières terrestres, Charlemagne créa le système des marches. Ces fiefs étaient des territoires frontaliers à vocation défensive. Ils furent placés sous l’autorité d’un comte de la marche (marchio, Markgraf ou marquis). Le rôle du marquis était essentiel : administrer des populations encore mal soumises. Ainsi, les marches correspondent aux pays nouvellement conquis. La marche saxonne englobait la Nordalbingie pour faire face aux Danois. Une autre marche faisait face aux Avars, de l’est de la Bavière au Wienerwald.

Des marches pouvaient se superposer à des comtats ordinaires, quand la proximité de populations susceptibles de se soulever l’imposait. Le marquis s’occupait donc de la défense du territoire. La marche de Bretagne, par exemple, entre Rennes, Nantes et Angers, avoir pour rôle de contenir les Bretons d’Armorique, susceptibles de soulèvement. Selon la même idée, une marche de Toulouse a été créée.

L’État franc est cependant vulnérable sur ses façades maritimes. Charlemagne prescrivit de fortifier les littoraux de la mer du Nord et de la Manche contre les raids danois, premières alertes du futur péril normand (« viking »).

 

La lettre et le diplôme

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Diplôme de Charlemagne donné le 31 mars 797 | Wikimédia Commons

Charlemagne communiquait par lettre et diplôme. L’autorité des diplômes était renforcée par la présence du sceau et du monogramme. Les lettres, rapides à produire et à copier, étaient lues à haute voix pour diffuser virtuellement la parole de l’empereur dans tout l’Empire.

 

 

 

 

 

La monnaie

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Denier impérial en argent de Charlemagne, inspiré des modèles romains. Au droit, le profil imberbe, le front ceint de lauriers, et l’inscription « KAROLUS IMP[ERATOR] AUG[USTUS] » | Wikimédia Commons
Les monnaies, pour frapper les esprits, étaient conçues simplement : pas d’iconographie complexe, uniquement le nom de Charlemagne ou son initiale, puis les initiales de son titre, roi des Francs (Rex Francorum). Ces pièces, produites en millions d’exemplaires, diffusaient toutes un message simple : Charles est le roi des Francs.

 

Les écrits

Des chroniques du règne de Charlemagne ont été produites dans la même idée. Comme l’a montré l’historien autrichien Helmut Reimitz, les Annales du royaume des Francs réaffirment en permanence la royauté de Charles. Ces textes étaient lus à haute voix dans les monastères, mais aussi dans les lieux de rassemblement des les élites locales.

Le moine Paul Diacre, dans les Gestes des évêques de Metz, donna une illustre ascendance aux Carolingiens, les Troyens, bannissant des mémoires les Mérovingiens.

 

 

 

 

5. Charlemagne et les affaires extérieures


Les conquêtes de Charlemagne firent de l’empereur un acteur majeur et prestigieux de son temps. Ses relations avec les souverains anglais, comme Offa de Mercie, sont attestées. Autre exemple du prestige de son règne : en 798, Alphonse II de Galice vint à l’Empereur et lui proposa de lutter contre l’islam.

 

Charlemagne et le califat abbasside de Haroun ar-Rachid

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L’ambassade de Charlemagne auprès de Haroun ar-Rachid, Julius Köckert, 1864 | Wikimédia Commons

C’est une des dimensions les plus impressionnantes de l’histoire de la diplomatie carolingienne : les bonnes relations qui s’instaurèrent entre l’Empire carolingien et le califat abbasside de Haroun ar-Rachid. Pourtant, elles n’avaient rien de naturel : le projet impérial est profondément chrétien. Charlemagne et Haroun ar-Rachid avaient en effet un ennemi commun : l’émirat omeyyade de Cordoue. Pour Charlemagne, c’est une puissance qui limite sa politique d’expansion . Pour Haroun ar-Rachid, c’est une dangereuse survivance de l’ancienne dynastie Omeyyade, renversée par les Abbassides auxquels il appartient.

 

 

 

Abbul Abbas, l’éléphant de Charlemagne

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L’éléphant (le fou), pièce de l’échiquier de Charlemagne | Wikimédia Commons

Ainsi, en 797, une ambassade carolingienne composée de Lantfried, Sigismond et le Juif Isaac part pour Bagdad afin de demander un éléphant pour la ménagerie de Charlemagne. Cette ambassade revint en 801, avec le Juif Isaac seul et, surtout, avec l’éléphant de Charlemagne : Abul Abbas. Celui-ci le suivra jusqu’à la mort. L’ambassadeur rapporta aussi une horloge à roue et, surtout, les clés du Saint-Sépulcre.

 

L’activisme du patriarche de Jérusalem

Il faut cependant relativiser la portée de ces relations. Elles s’expliquent surtout par l’activisme du patriarche de Jérusalem, Georgios, alors soumis à Haroun ar-Rachid. Georgios, isolé, cherchait de nouvelles ressources financières. Sous pouvoir musulman depuis 638, son patriarcat était loin de la protection de Byzance. Bien que protégés par le statut de la dhimma en échange du paiement d’un impôt, nombre de chrétiens étaient spoliés et les conversions se multipliaient.

Peut-être en accord avec Haroun ar-Rachid, il envoya, avant même le retour de l’ambassade carolingienne, un moine en ambassade auprès de Charlemagne pour lui livrer les reliques du Saint-Sépulcre. En échange, Charlemagne envoya des présents pour les lieux saints.

 

Le renforcement de la légitimité chrétienne de Charlemagne

Georgios obtint donc un financement carolingien. Charlemagne, lui, mis à profit le prestige que lui apportait son lien avec le Saint-Siège de Jérusalem pour renforcer son image d’Empereur chrétien. Il fonda un monastère et un hôpital pour les Pèlerins en Palestine. Surtout, Charlemagne put se poser en véritable concurrent de l’Empire de Constantinople.  Lorsque Charlemagne fut sacré empereur en 800, deux ambassadeurs venus du patriarcat de Jérusalem étaient alors présents. Ces deux ambassadeurs étaient deux moines, l’un du mont des Oliviers, de rite latin, l’autre du monastère de Saint-Sabas, de rite grec. La présence de ces deux moines donna une portée universelle au sacre impérial de Charlemagne. Toutes les églises furent ainsi les témoins virtuels de cet avènement.

 

Un bilan négatif pour les chrétiens d’Orient

Ces relations renforcèrent la légitimité de Charlemagne. Elles furent assez importantes pour qu’Éginhard parle en ces termes de l’ambassade de 802 – 806 :

Non content d’acquiescer à toutes les demandes qu’ils [les envoyés de Charlemagne] lui présentaient, il [ar-Rachid] consentit à placer sous le pouvoir de Charles le lieu sacré et salutaire et fit accompagner les envoyés francs sur le chemin du retour par une ambassade chargée pour leur souverain de présents considérables – tissus, aromates et autres richesses des pays d’Orient.

Une deuxième ambassade fut envoyée en 807. Mais nulle source arabe n’en atteste. Du côté abbasside, ces échanges diplomatiques ne semblèrent pas revêtir la même importance que pour Charlemagne. La situation des chrétiens d’Orient ne s’améliora pas de manière durable. À la mort d’Haroun ar-Rachid, de nouveaux troubles éclatèrent à Jérusalem.

 

Charlemagne et l’Empire byzantin

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Des clercs plaident contre les icônes devant l’empereur byzantin | Wikimédia Commons

Avec l’Empire byzantin, les rapports furent plus complexes. En 781, il fut question d’un mariage entre Rothrude, une des filles de Charlemagne, et l’empereur Constantin VI. Les ambitions de Charlemagne en sur l’Italie du sud dégradèrent les relations. Pour Byzance, cette région était de son ressort exclusif. En conséquence, Irène, l’impératrice-régente, n’invita pas l’Église franque au IIe concile œcuménique de Nicée en 787.

Charlemagne s’immisça au reste dans la querelle des images qui secouait Byzance. Les Libri Carolini condamnèrent la politique religieuse des Byzantins et voulurent répondre « au synode qui s’est tenu dans les régions de la Grèce et dont le but est d’adorer stupidement les images ». Les Libri Carolini poursuivirent sur un autre terrain l’offensive contre l’Empire byzantin. C’était en effet l’occasion pour l’empire de Charlemagne de s’affirmer comme le seul Empire à même de mener le peuple élu, c’est-à-dire le peuple chrétien, où qu’il habite, vers son salut. Ainsi, ils tentèrent de déligitimer le concile Nicée en arguant que l’impératrice Irène était une femme. Or une femme ne pourrait prendre des décisions pour l’ensemble du monde chrétien.

Finalement, en 797, la paix est faite entre Irène et Charlemagne. Le chroniqueur Théophane rapporta même le projet d’union entre Irène et Charlemagne. Mais Irène fut renversée en 802.

 

La « Renaissance carolingienne »

Le règne de Charlemagne est une période faste pour la peinture. Évangiles d’Aix-la-Chapelle, folio 13r : saint Jean (école du palais d’Aix, vers 810) | Wikimédia Commons

Charlemagne donna une impulsion énergique au développement des arts et des lettres. Cette impulsion fut assez remarquable pour que certains historiens aient inventé au XIXe siècle l’expression « Renaissance carolingienne » : ainsi, le règne des Carolingiens aurait été un temps de savoirs et de lumières, contrastant avec celui des Mérovingiens, plus sombre. 

Comme l’historien Michel Sot, on peut parler de de politique de la culture. Ce fut en effet une politique, toute tournée vers un objectif clair : celui d’organiser un Empire qui se devait de mener le peuple vers le salut. Il fallait donner une consistance à l’Empire chrétien et donner des armes au clergé, le premier des « services publics ». Sa mission était fondamentale : encadrer le peuple chrétien, l’instruire et prier à son intention.

 

 

 

Charlemagne l’inventeur de l’école ? 

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Centres d’études carolingiens, viiie et ixe siècles : en vert les écoles monastiques, en orange les écoles épiscopales | Wikimédia Commons

La capitulaire d’Aix-la-Chapelle de 789, l’Admonition générale, pose les bases de cette Renaissance. Au chapitre 72, Charlemagne exigea des clercs et des moines qu’ils se distinguent par leur conduite et leurs propos. Des écoles devaient en outre instruire les garçons dans tous les monastères et les évêchés (de là la légende de « Charlemagne inventeur de l’école »). Mais il ne faut pas s’y tromper, les écoles devaient former un personnel religieux de qualité pour améliorer l’administration de l’Empire.

 

 

 

 

 

 

 

Les apports étrangers à la Renaissance carolingienne

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Alcuin présente à Charlemagne les manuscrits écrits par ses moines. Peinture au plafond d’une salle de la galerie Campana du musée du Louvre | Wikimédia Commons

Cette politique culturelle se nourrit d’apports étrangers. Paul Diacre arriva de Lombardie en 780. Ce moine bénédictin a été formé à la cour des comtes de Frioul et des rois lombards dans les canons de la culture antique : grammaire, droit et langue grecque. Il fut l’auteur d’une Histoire des Lombards. À la demande de Charlemagne, il rédigea une grammaire et un recueil d’homélies des pères de l’Église. 

De tous les savants entourant Charlemagne, Alcuin est sûrement le plus célèbre. Originaire de York, c’est, pour Éginhard,  » l’homme le plus savant qui fut alors ». On lui connaît en effet 70 ouvrages et plus de 360 lettres. Après sa rencontre avec Charlemagne, il devint le directeur de son académie, installée dans le palais d’Aix-le-Chapelle : l’école palatine.

D’autres savants vinrent du monde wisigothique, c’est-à-dire l’actuelle péninsule ibérique. Isidore de Séville, avant l’avènement des Carolingiens, avait produit au début du VIIe siècle une grande encyclopédie résumant les savoirs antiques, les ÉtymologiesThéodulf, un Wisigoth, devint évêque d’Orléans en 798 et abbé du monastère de Fleury. Son œuvre poétique, théologique et comme correcteur de la Bible est de première importance.

 

Les disciplines de la connaissance : trivium et quadrivium

Les sept arts libéraux dans l’Hortus deliciarum d’Herrade de Landsberg, 1180 |Wikimédia Commons

Un savant doit s’atteler à l’étude :

  • du trivium : la grammaire, la rhétorique et la dialectique ;
  • du quadrivium : l ‘arithmétique, la géométrie, l’astronomie et la musique.

Ce sont autant de connaissances à acquérir pour les appliquer à la recherche de la connaissance par excellence : celle de Dieu.

  • La grammaire est la plus importante des disciplines. C’est la science du langage, celle de la langue latine. Les savants carolingiens restaurent une langue latine classique, codifée par les grammairiens du IVe siècle comme Donat. Cette langue devint la langue savante du Moyen Âge et de l’époque moderne.
  • La littérature permet d’étudier des auteurs qui ont bien manié la langue. Même les païens sont étudiés : Cicéron pour la prose, Virgile pour la poésie.
  • La perspective du salut chrétien reste cependant l’horizon de toute étude. La patristique est une référence privilégiée des savants carolingiens. Jérôme, Ambroise ou Augustin, ainsi que Eusèbe de Césarée ou Orose, auteur d’une Histoire contre les païens, sont des auteurs de référence.
  • Les méthodes de grammaire doivent conduire à l’exégèse. À cette époque, les traductions latine de la Bible en circulation ne sont pas unifiées. Charlemagne demande à Alcuin et Theodulf de les corriger pour arriver à un texte unique. Alcuin privilégia les traductions de Jérôme du IVe siècle. Cette bible devient la bible adoptée par l’université de Paris au XIIIe siècle, puis le premier livre imprimé au XVe que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de Vulgate.

 

L’élaboration des livres manuscrits

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La minuscule caroline | Wikimédia Commons

Tout ce programme a nécessité l’élaboration de livres. On en a conservé un nombre considérable. 1800 manuscrits pour les sept premiers siècles de notre ère, et 7000 pour la seule période carolingienne, entre 750 et 900. On estime que 50 000 ouvrages pouvaient être en circulation. Ces livres étaient réunis dans de grandes bibliothèques. Ainsi, 250 manuscrits étaient conservés, en 831, dans la grande abbaye de Saint-Riquier, l’une des plus importantes.

Ces manuscrits étaient souvent des copies d’autres manuscrits. Le risque d’accumulation d’erreurs était grand. Dans l’Admonition générale de 789, Charlemagne demanda à ce que les manuscrits ne soient recopiés que par des scribes expérimentés. La présence d’erreurs était grave, surtout pour la Bible, car elles pouvaient compromettre le salut : les prières erronées risquaient d’être incompréhensibles pour Dieu.

L’emploi du parchemin s’est généralisé. Fabriqué à partir de peau de mouton ou de peau de veau, le vélin, il est plus résistant et lisse que le papyrus. Mais c’était un matériau onéreux. Pour réaliser une grande Bible, il fallait environ 300 moutons. Le parchemin était aussi un bon support pour la peinture. Cette discipline connu un véritable essor à cette époque : lettres ornées, peintures représentant des évangélistes ou monarques, etc. Les reliures, en cuir ou en métaux précieux, étaient très travaillés et ornées de pierreries et de plaques d’ivoire sculptées.

En parallèle, une nouvelle écriture apparaît progressivement : la minuscule caroline. Elle fut à l’origine de nos caractères d’imprimerie : les imprimeurs humanistes au XVe siècle la réutilisèrent.

 

L’unification du chant religieux : le chant grégorien

chant grégorien charlemagne neume
Un exemple de neumes | Wikimédia Commons

Le chant grégorien est le chant liturgique de l’Église catholique. Il se caractérise par une grande égalité de ton. Charlemagne déclara en 789 :

Pour l’ensemble du clergé : qu’il apprenne à la perfection le chant de Rome et qu’il célèbre l’office conformément […] à ce qu’avait ordonné de faire notre père, le roi Pépin, d’heureuse mémoire, quand il supprima le chant gallican. 

Toutefois, ce chant venu de Rome fut mélangé à des chants gallicans (celui des chrétiens de Gaule), si bien que l’on parle de chant romano-gallican. Ces chants romains furent nommés en l’honneur de Grégoire Ier le Grand, pape de 590 à 604, en souvenir de son œuvre de réformateur. Du fait de la multiplication des chants, on développa les neumes, des signes de notation musicale qui palier les problèmes de mémorisation.

 

La question du culte des images

Les Chrétiens de l’Occident intervinrent sous Charlemagne dans la querelle des images qui agitait l’Empire d’orient. Se fondant sur les écrits des pères de l’Église, notamment une lettre de Grégoire à l’évêque Serenus de Marseille ils définirent une voie moyenne :  pas d’interdiction des images comme chez les musulmans et les juifs, pas d’adoration non plus comme chez les Byzantins.

 

La fin de l’Empire de Charlemagne

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Vision du XIXe siècle de Louis le Pieux, par Jean-Joseph Dassy | Wikimédia Commons

La divisio regnorum

La vision franque du pouvoir faire du souverain le propriétaire de l’État. Le royaume devenu Empire devait donc être partagé entre les héritiers de l’Empereur. La divisio regnorum de 806 répartit l’Empire entre les trois fils de Charlemagne, Pépin, Louis et Charles. Les trois frères s’engagèrent à rester associés, pour ne pas disloquer l’Empire. Charles et Pépin moururent cependant prématurément, ce qui donna un sursis à l’Empire, qui revenait intégralement à Louis.

 

Le règne de Louis le Pieux

Louis le Pieux (r. 814 – 840) est associé au trône dès 813. À son accession au pouvoir en 814, il est formé à l’exercice du pouvoir. Il en outre un tempérament très religieux. Ordonnateur d’un empire chrétien dont il doit mener le peuple au salut, il sentait probablement la nécessité de protéger cet ensemble du morcellement. En témoigne, l’ordinatio imperii de 817, qui proclama empereur Lothaire, le fils aîné de Louis. À Pépin et Louis le jeune, les deux frères de Lothaire, échurent respectivement les titres de roi d’Aquitaine et roi de Bavière. L’Italie revint en lot à Bernard, neveu de Louis le Pieux. Les royaumes n’avaient de royaume que le nom : ils étaient plutôt des comtats autonomes intégrés au sein de l’Empire, sur des marches où les populations étaient susceptibles de se rebeller.

 

L’effondrement

Cet ensemble s’effondra rapidement. En 823, Judith, la seconde épouse de Louis le Pieux, mit au monde un quatrième fils. Lothaire refusa un éventuel réaménagement de l’héritage pour prendre en compte ce nouvel arrivé. Il rassembla autour de lui une coalition hétéroclite, composée des seigneurs désireux de retrouver leur autonomie et de partisans de l’unité de l’Empire, en majorité des clercs. Pépin et Louis le jeune rejoignirent Lothaire. Louis le Pieux est cependant abandonné par ses soutiens en 833 au à l’occasion de l’épisode du « champ du Mensonge », devant l’armée de Lothaire. Il abdiqua. Mais les fils se divisèrent, si bien que Pépin et Louis rétablirent leur père dans ses droits.

Après la mort de Pépin en 839 et de Louis le Pieux en 840, Louis le jeune, devenu Louis le Germanique, et Charles, s’allièrent contre Lothaire pour le battre à la bataille de Fontenay-en-Puisaye en 841. Ils jurèrent en 842, à Strasbourg, de s’aider mutuellement. La cérémonie de serment dut être récitée en langue romane par Louis et en thiois (ancien allemand) par Charles car elle était publique et devait être comprise par l’assemblée. Le serment de Strasbourg fut le premier document écrit connu de langue romane.

 

Le traité de Verdun : la fin de l’Empire de Charlemagne

traité de verdun empire charlemagne division
Wikimédia Commons

En août 843, le traité de Verdun entérina la division de l’Empire carolingien. Charles obtint les terres de l’Ouest, Louis obtint les terres à l’est du Rhin sauf la Frise, et Lothaire un territoire partant de la mer du nord jusqu’à l’Italie, comprenant Aix-la-Chapelle et Rome. Lothaire conserva le titre prestigieux d’empereur, bien que le territoire sur lequel il régnait effectivement était limité.

 

L’héritage de Charlemagne

statue charlemagne paris
Statue de Charlemagne devant Notre-Dame de Paris | Wikimédia Commons

Charlemagne, père de la France ? 

Il paraît difficile de dater la naissance de la France à l’avènement de Charlemagne. Les Allemands, les Belges, les Luxembourgeois, les Néerlandais, les Suisses voire les Italiens peuvent se revendiquer de sa filiation. Ainsi, Jacques le Goff, en introduction à une Histoire de la France , ne date la naissance politique de la France que des partages de l’Empire carolingien à Verdun en 843, et à Meersen en 847 et 851. La Francia occidentalis, l’entité qui naquit de ces partages, fut « la première véritable incarnation de la France politique ».

 

L’Empire carolingien, limon du royaume de France

L’Empire carolingien légua néanmoins à la future France des pratiques que reprendront la royauté française en formation. Par exemple, comme les missi dominici carolingiens, les baillis et sénéchaux avaient pour mission d’enquêter sur les pratiques locales du pouvoir. Comme le relève l’historien Jean-François Lemarignier, avec les Carolingiens, l’écrit fut mis au service des pratiques de gouvernement. Une hiérarchie des textes s’institua avec à leur tête les capitulaires, et les textes furent conservés dans des bureaux des archives. Dans le domaine de la justice, la réhabilitation de la procédure inquisitoire est à mettre au crédit des Carolingiens.

 

La vie de Charlemagne selon Éginhard

Éginhard vie de Charlemagne
Enluminure des Grandes Chroniques de France représentant Eginhard | Wikimédia Commons

Éginhard, né autour de 770, a été éduqué au monastère de Fulda et a rejoint la cour de Charlemagne en 791.  C’est là qu’il s’est lié d’amitié avec l’empereur, au cours des dernières années de son règne, puis avec son successeur, Louis le Pieux. À la cour, l’activité politique d’Éginhard semble avoir été circonscrite. Il supervisait surtout la réalisation d’objets de luxe et la construction de bâtiments. De cette activité, il a tiré son surnom de « Bélséléel », c’est-à-dire l’homme choisi par Dieu pour concevoir le Tabernacle. En 830, il s’attela à son grand œuvre : La vie de Charlemagne. L’écriture de cette biographie avait pour but de légitimer le règne carolingien en l’inscrivant dans la lignée prestigieuse des empereurs romains. Pour cela, il s’inspire d’un classique de la littérature latine : La vie des douze Césars de Suétone.

Le récit d’Éginhard fut une des sources principales de la « légende de Charlemagne ». Il fut ainsi à l’origine de la popularisation du mythe des « Mérovingiens, rois fainéants, portés par un attelage tirés par des bœufs ». Ce mythe justifiait la prise de pouvoir carolingienne.

Le discours de légitimation d’Éginhard se sert aussi, et bien sûr, du sacre de Charlemagne par le pape Étienne II. Le sacre atteste de la volonté divine de voir les Carolingiens gouverner : 

La famille des Mérovingiens, dans laquelle les Francs avaient l’habitude de choisir leurs rois, est réputée avoir régné jusqu’à Childéric, qui, sur l’ordre du pontife Étienne, fut déposé, eut les cheveux coupés et fut enfermé dans un monastère. Mais, si elle semble n’avoir fini qu’avec lui, elle avait depuis longtemps perdu toute vigueur et ne se distinguait plus que par ce vain titre de roi.

La fortune et la puissance publiques étaient aux mains des chefs de sa maison, qu’on appelait maires du palais et à qui appartenait le pouvoir suprême. Le roi n’avait pus, en dehors de son titre, que la satisfaction de siéger sur son trône, avec sa longue chevelure et sa barbe pendante, d’y faire figure de souverain…

Sauf ce titre royal, devenu inutile, et les précaires moyens d’existence que lui accordait à sa guise le maire du palais, il ne possédait en propre qu’un unique domaine, de très faible rapport, avec une maison et quelques serviteurs, en petit nombre, à sa disposition pour lui fournir le nécessaire. Quand il avait à se déplacer, il montait dans une voiture attelée de boeufs, qu’un bouvier conduisait à la mode rustique…

Éginhard passe ensuite en revue dans son récit les conquêtes et les hauts faits du règne Charlemagne.

Cette biographie, posthume, a cherché à offrir un modèle de gouvernement aux dirigeants à l’époque où l’Empire carolingien implose. Charlemagne est présenté comme un modèle de « prince » : conquérant, prudent, missionnaire et protecteur de l’Église. Ainsi, Éginhard dépeint Charlemagne comme juste, bienveillant, vigoureux, amis des arts et du christianisme. Il est décrit grand, souple et, détail : imberbe ! Le clerc raconte en outre que Charlemagne avait sous son oreiller des tablettes et un stylet pour bûcher l’écriture en cas d’insomnie. Rémi Brague, auteur contemporain, a repris à son compte dans Europe, la voie romaine (1992) le mythe du Charlemagne « écolier » pour en faire un représentant typique de l’attitude des Européens face à la connaissance :

L’attitude fondamentale qui a rendu possible l’histoire culturelle européenne est bien celle de Charlemagne. […] Le père de l’Europe était un illettré, mais il apprenait à écrire. Celui qui, pour nos images d’Épinal, est le père de l’école était en fait lui-même un écolier, et du genre de ceux qui suivent les cours du soir. L’Europe est ainsi fait : comme son « père » [Charlemagne], c’est un continent illettré qui a appris à lire ailleurs, qui a appris à lire non le gaulois, le germain, etc., mais le latin et le grec.

 

Charlemagne était-il allemand ou français ?

Il est souvent question de faire de Charlemagne une figure fondatrice de la construction européenne.  En effet, il a la particularité d’être considéré et par les Allemands et par les Français comme un de leurs grands rois. Mais, comme le montre cet entretien avec l’historien allemand Rolf Grosse, la vision qu’en ont Français et Allemand diverge quelque peu.

 

« L’origine carolingienne » des rois de France

Hugues Capet a renversé les Carolingiens. Mais il a conservé le titre de Rex Francorum, pour marquer la filiation avec la dynastie écartée. Une des grandes ambitions des Capétiens devint alors d’effacer les césures entre Mérovingiens, Carolingiens et Capétiens.  Le passage de la dignité de rex francorum de Louis V, le dernier monarque carolingien, et Hugues Capet, posait un problème de taille de légitimation, et pouvait toujours servir de base à l’accusation d’usurpation. S’inscrire dans la continuité des Carolingiens, c’était aussi s’attribuer un ancêtre prestigieux : Charlemagne. Cette référence devint d’autant plus essentielle pour les Capétiens que ceux-ci développèrent peu à peu un projet d’établissement d’une monarchie universelle, à l’image de l’Empire romain ou carolingien. La Chanson de Roland, datant de la fin du XIIe siècle, installa la figure de Charlemagne dans l’horizon de la littérature classique française. Un clerc français, le pseudo-Turpin (du nom d’un compagnon de Charlemagne, Turpin), produit vers 1140 une Histoire de Charlemagne et de Roland en latin. Traduite en français, elle eut une grande influence. Les rois de France se présentèrent comme de nouveaux Charlemagne, empereur des derniers jours appelé à régner pendant le Millenium, la période entre la mort de l’Antéchrist et le Jugement dernier. Louis VIII (1223 – 1226) aurait reçut une lettre mystérieuse et prophétique qui lui aurait annoncé qu’il était le nouveau Constantin, comme Charlemagne. 

 

La propagande carolingienne de Philippe Auguste

Philippe Auguste Charlemagne
Sceau de Philippe Auguste avec l’inscription PHILLIPVS DEI GRATIA FRANCORUM REX (« Philippe, par la grâce de Dieu roi des Francs »), titulature déjà présente chez Charlemagne | Wikimédia Commons

Philippe Auguste (r. 1180 – 1123), fils d’Adèle de Champagne, d’ascendance carolingienne, peut exploiter sa généalogie avantageuse. Il s’en servit ainsi contre les prophéties d’origine normandes et anglaises qui annonçaient l’extinction des Capétiens après la septième génération, celle de Philippe Auguste.  Vers 1200, Gilles de Paris composa pour le fils du roi, le futur Louis VIII, un Miroir des princes, le Karolinus, dont le personnage central est Charlemagne. Philippe Auguste est alors comparé à un « autre Charles » (alter Carolus). Dans une décrétale de 1204, le pape Innocent III écrivit :

Charlemagne […] de la race de qui descend comme on sait le roi de France lui-même.

Guillaume le breton mit dans la bouche de Philippe Auguste avant la bataille de Bouvines (1214) les mots suivants :

Magnanimes, descendants des Troyens, distinguée race des Francs, héritiers du puissant Charles, de Roland et du preux Olivier, vous qui avez tout abandonné pour la foi du Christ…

Réalité et imagination se mêlèrent dans la propagande royale. En 1216, la Cour des pairs est créée, avec pour mission de juger les grands procès féodaux, au nom du roi. Elle était composée de douze pairs de France, six ecclésiastiques et six laïques. Cette cour copia en réalité, selon Ferdinand Lot, le modèle des pairs de Charlemagne offert par les chansons de geste. En outre, au cours des sacres, on utilisait une épée, « Joyeuse », qui était réputée avoir été celle de Charlemagne

Enfin, Philippe Auguste chercha au cours de son règne à démontrer l’origine carolingienne de sa femme, Isabelle de Hainaut. La famille de cette dernière avait en effet des prétentions carolingiennes. Le frère d’Isabelle de Hainaut, Baudouin V, en cherchant à prouver les racines carolingiennes de sa famille, fit établir une version critique du livre du pseudo-Turpin et en offra une édition luxueuse à Frédéric Barberousse. L’intense propagande de Philippe Auguste arriva à ses fins lorsque son successeur, Louis VIII, arriva sur le trône. Elle permit à la royauté français d’affirmer « le retour à la racine carolingienne » : c’est la théorie du reditus ad stirpem Caroli. Philippe Auguste fut donc le roi qui chercha à la fois à affirmer sa filiation avec les Carolingiens et qui abandonna le titre de roi des Francs, Rex Francorum, pour celui de roi de France, Rex Franciæ.

 

Saint-Louis, Saint-Denis et Charlemagne

Saint-Louis, quand il fit construire la nouvelle nef de l’abbaye de Saint-Denis, la divisa en trois : au sud les Mérovingiens et les Carolingiens, au nord les Capétiens et entre eux, marquant le relai entre les dynasties, Philippe Auguste et Louis VIII. Sur les vitraux de la cathédrale de Chartres, il fit représenter un Charlemagne nimbé : saint Charlemagne

 

Charlemagne, un roi germanique canonisé

charlemage empereur chretien

Pour les Allemands, Charlemagne est en effet un roi germanique. L’empereur du Saint-Empire Frédéric Barberousse (r. 1155 – 1190) chercha même à le faire canoniser, et ce pour plusieurs raisons :

  • parer les prétentions françaises à continuer l’œuvre de Charlemagne ;
  • faire contrepoids à Cologne, la plus importante cité médiévale allemande, qui venait de faire venir dans sa cathédrale les reliques des rois mages ;
  • faire dépendre sa propre légitimité d’un empereur saint, pour contrer les prétentions de la papauté.

En effet, Charlemagne est considéré comme le fondateur du Saint-Empire. Luther (1483 – 1546), dans À la noblesse chrétienne de la nation allemande, chercha même à casser cette légitimation carolingienne, en affirmant que Léon III n’aurait pas eu le droit de conférer la dignité impériale à Charlemagne en 800.

 

Charlemagne, bienheureux chrétien

L’antipape Pascal III (1164 – 1168) canonisa Charlemagne en 1165, sans qu’elle ne soit jamais entérinée par l’Église. On ne trouve pas Charlemagne dans le martyrologue romain, la liste officielle des saints. En revanche, Charlemagne est bienheureux : son culte est autorisé en quelques lieux bien spécifiques, comme Aix-la-Chapelle, tous les 28 janvier. La figure de Saint de Charlemagne demeure a cependant infusé. La chanson de Roland est traduite en allemand entre 1170 et 1185 par le curé Conrad. Tout en éliminant les allusions à la France, il y présente Charlemagne comme un saint, qui pleure des larmes de ferveur religieuse.

 

Une destinée mouvementée

La figure de Charlemagne est tantôt vue positivement, tantôt négativement.  Ainsi, en Allemagne, autour d’Aix-la-Chapelle par exemple, l’image de Charlemagne est positive. Mais il arrive souvent que le public critique son règne, comme celui de conquêtes violentes ponctuées de massacres.  En Basse-Saxe ou en Westphalie, une figure rivale a émergé : Widukind. Certaines écoles et lycées portent même son nom aujourd’hui. En 1899, un statue est élevée en son honneur à Herford, en Westphalie. Détruite pendant la dernière guerre, elle fut reconstruite, témoignant de son importance pour la région. En France, Voltaire fit de Charlemagne un souverain inculte et soumis au clergé. Michelet le considérait comme un Allemand et ne le placa pas dans la généalogie nationale. Chez les nazis, la figure de Charlemagne ne fit pas l’unanimité. Rosenberg, l’idéologue du parti, le voyait comme le boucher des Saxons, mais Hitler en fit un modèle typique de Germain. Aujourd’hui en Allemagne, Charlemagne est un personnage européen, auquel on peut rendre hommage sans être taxé de nationalisme. Un prix Charlemagne est décerné depuis 1950 à Aix-la-Chapelle à une personnalité ayant agit pour l’unité européenne. En 1988, Mitterrand et Kohl reçoivent le prix ensemble.

 

Charlemagne et Napoléon

Charlemagne Napoleon trone
Napoléon au trône de Charlemagne

Le territoire de l’Empire napoléonien recouvrait peu ou prou celui de Charlemagne. Napoléon a trouvé dans l’empereur chrétien du Moyen Âge un référentiel auquel attacher son règne. Charlemagne apparut vite dans les références napoléoniennes. Ainsi, en 1803, Napoléon songa à faire ériger une statue de Charlemagne au sommet de la colonne de la place Vendôme (mais c’est une statue de lui que l’on trouve aujourd’hui). Du 2 au 10 septembre 1804, Napoléon vint se recueillir à Aix-la-Chapelle, après avoir été proclamé empereur le 18 mai 1804. Napoléon tenta de puiser de la légitimité dans les lieux du souvenir carolingien, comme les empereurs du Saint-Empire avant lui, en se présentant comme successeur de Charlemagne. Il reçut même une relique de la part de l’évêque local, une esquille de l’os de son bras droit. Au reste, Napoléon se fit roi roi d’Italie le 28 mai 1805, comme Charlemagne qui se fit roi des Lombards. Le président du collège électoral de Tortone en Italie lanca d’ailleurs à Napoléon :

Vous avez régénéré l’Empire des Francs et le trône de Charlemagne enseveli sous les ruines de dix siècles

Le tableau d’Ingres de 1806, Napoléon Ier sur le trône impérial, représente l’empereur tenant un sceptre avec une statuette de Charlemagne à son bout.

Napoleon Charlemagne Ingres

En conflit avec la papauté, il écrit alors au cardinal Fesch :

Dites bien que je suis Charlemagne !

 

Bibliographie

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  • Fagart Sébastien, « L’éléphant de Charlemagne », L’Histoire, 11/2002 (n°270), p. 019-019.
  • François Stéphane, « Charlemagne chantait le grégorien », L’Histoire, 6/2001 (n°255), p. 23-23.
  • Gravel Martin, « Comment gouverner un empire si grand », L’Histoire, 12/2014 (n° 406), p. 40-40.
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  • Rapp Françis, Le Saint-Empire romain germanique, d’Otton le Grand à Charles Quint, Point Histoire, Seuil, 2003
  • Sot Michel, « Une politique de la culture », L’Histoire, 12/2014 (n° 406), p. 56-56.