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« Prédécesseur » : quel est le féminin ?« Prédécesseur » : quel est le féminin ?

Publié le 22/11/2020
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Pas de forme féminine établie

« Prédécesseur » n’a pas de forme féminine unanime, établie par la grammaire ou par l’usage des francophones. Ce terme vient du latin praedecessor, où manque une forme féminine (le cas est le même pour agresseur, défenseur, précurseur, professeur, successeur, etc.). Par exemple, dès sa première édition (1694), le Dictionnaire de l’Académie française enregistrait « prédécesseur » comme un nom masculin. On peut donc, comme le recommandent certains dont font partie Girodet (Dictionnaire Bordas des difficultés de la langue française), employer « prédécesseur » au masculin pour une femme (« Elle était mon prédécesseur à cette charge »), ou contourner l’emploi du mot (« elle m’a précédé à cette charge »). Le grammairien Richelet (1626 – 1698), au XVIIe siècle, proposait l’usage de « devancière ».

Comme mot épicène : une prédécesseur

D’autres solutions s’offrent bien sûr aux usagers. On peut ainsi considérer prédécesseur comme un mot épicène, et marquer le genre par l’emploi d’un déterminant ou d’un adjectif épithète féminin : « ma prédécesseur à ce poste », « la prédécesseur du président actuel », « Nicole, fameuse prédécesseur de Charlotte… ». C’est la féminisation la plus simple.

La graphie féminisée

Autrement, il est possible d’employer une graphie féminisée du mot. Ainsi, le Dictionnaire historique de la langue française relève deux formes anciennes en usage jusqu’au XVIe siècle, « prédecesseuse » (XIIIe siècle) et « prédécesseresse » (XIVe siècle). On peut supposer que ces deux formes sont d’emblée condamnées par leur sonorité médiévale et la lourdeur de leur prononciation (un allitération assez difficile en « s »). Le site internet de l’Office québécois de la langue française propose « prédécesseure » avec l’ajout d’un « e » muet à la fin pour suivre un modèle général de féminisation (il propose aussi « docteure », « ingénieure », « professeure », etc.). C’est aussi la forme préférée par le guide de féminisation produit par la région Wallonie-Bruxelles. Exemple :

« C’est un moment solennel et émouvant pour moi », a commencé Jean Castex qui s’est dit particulièrement heureux d’accueillir sa prédécesseure. (Publicsenat.fr)

Ce n’est pas la seule féminisation contemporaine possible. « Prédécesseuse » peut aussi être une forme candidate, ayant pour elle l’avantage de rendre la féminisation audible. On peut enfin relever une forme plus récente, « prédécessrice », à l’orthographe un peu délicate et dont l’usage est encore très rare (environ 1050 résultats sur google). Le TLFi, qui qualifie cette dernière forme d’exceptionnelle, l’a relevée dans les Journaux de Benjamin Constant (1767 – 1830): « Écrit à Charlotte pour prolonger mon séjour ici. Répondra-t-elle comme sa prédécessrice ? »

De ces trois dernières formes, « prédécesseure » est la plus ancienne et bien sûr la plus courante selon les résultats renvoyés par Google Ngram.

Laure Cadot déclare aujourd’hui que les dossiers étaient gérés sans concertation par sa prédécesseuse à l’hôtel de ville. (Lesechos.fr)