La guerre de Cent Ans (1337 à 1453)

Le terme de guerre de Cent Ans est récent. En effet, on en trouve les premières occurrences au XIXe siècle (Contamine 2012, p.3.).

 

Quelle est la durée de la guerre de Cent Ans ?

La réponse est variable. On considère en général que la guerre de Cent Ans, dans sa période la plus active, a duré 116 ans, de 1337 à 1453.

En effet, on peut faire commencer la guerre de Cent Ans en 1337 ou à la confiscation de la Guyenne, territoire contesté entre les parties, par Philippe le Bel en 1294. On peut terminer la guerre de Cent Ans à la reconquête de la Guyenne en 1453, ou au traité de Picquigny de 1475.

Pour lire un article qui se concentre plus spécifiquement sur la naissance de l’Angleterre et de la France pendant la guerre de Cent Ans, cliquez ici

 

Les origines de la guerre de Cent Ans 


Carte de France au début de la guerre de Cent Ans

guerre de cent ans carte 1330

Carte de la situation en 1330 | Wikimedia Commons | En Bleu la France avant 1214 | En mauve les acquisitions française jusqu’en 1330 | En rose les territoires anglais

Les rois d’Angleterre, seigneurs en France

Henri II Plantagenêt (1154 – 1189), déjà duc de Normandie et comte d’Anjou en 1151, ajoute à sa collection de territoires l’Aquitaine et la Guyenne par son mariage avec Aliénor d’Aquitane en mai 1152, avant de monter sur le trône d’Angleterre en octobre 1154.

Si cet « Empire Plantagenêt » s’érode sous l’effet de l’action de Capétiens énergiques, à l’image de Philippe Auguste, le traité de Paris établi par Saint Louis en 1259 rend certains territoires au roi d’Angleterre et lui reconnaît la jouissance de Guyenne. Il ne peut obtenir l’indépendance de cette principauté. En échange, le roi d’Angleterre devient un vassal du roi de France et doit lui prêter hommage.

Cette disposition « sème les graines des orages futurs »(Allmand 2015, p.27 ). En effet, les Anglais chercheront alors à faire de leurs possessions dans le royaume de France des terres détenues en toute indépendance. Signe annonciateur d’un conflit à venir, Philippe le Bel (1285 – 1314) confisque la Guyenne en 1294 (pour la restituer ensuite).

Le roi d’Angleterre voit progressivement son territoire réduit à une bande de terre le long de l’Atlantique. Il comprend la Saintonge, Bordeaux et le Bordelais, les diocèses de Dax et Bayonne et compte alors environ 400 000 habitants(Contamine 2012, p.7.). D’un premier conflit avec Édouard III, Philippe VI de Valois garde l’Agenais et le Bazadais. En effet, malgré une convention passée entre le roi de France et son vassal anglais, ce dernier ne parvient pas, dans un premier temps, à défendre l’intégrité de son duché.

Pour Philippe Contamine, une seule solution s’offre à Édouard III : déclarer la guerre à Philippe VI. En effet, le roi d’Angleterre ne peut obtenir l’indépendance de sa principauté, du fait du traité de Paris, ni s’allier à des puissances étrangères contre son seigneur le roi de France, sous peine de se rendre coupable de félonie.

 

L’accroissement de la puissance capétienne

Cet antagonisme est à comprendre dans un temps plus long.

Depuis le XIIe siècle, la monarchie capétienne affirme sa prépondérance dans les limites de son territoire. Les rois de France demandent à leurs grands feudataires de leur prêter un hommage lige, c’est-à-dire un hommage préférentiel. En effet, si plusieurs seigneurs d’un même vassal sont en conflit, le vassal devra combattre en priorité aux côtés de celui à qui il a rendu un hommage lige. Du point de vue de la monarchie capétienne, les vassaux du roi ne peuvent donc se retourner contre lui, sauf à se rendre coupable de félonie.

Ainsi, Henri III (1216 – 1272), roi d’Angleterre, doit-il prêter un hommage lige au roi de France Saint Louis. Il ne peut s’allier à des ennemis de son seigneur. Henri III est en outre fait pair de France, soulignant son allégeance à Saint Louis.

 

Une querelle dynastique : cause immédiate de la guerre de Cent Ans

edouard III d'Angleterre guerre de cent ans

Édouard III | La guerre de Cent Ans

Louis X (1314 – 1316) meurt en 1316 sans laisser d’héritier mâle, situation inédite de l’histoire des Capétiens. Cependant, sa femme donne naissance à un fils, Jean, qui meurt 5 jours après sa naissance.

Le frère de Louis X, alors régent, prend le pouvoir : il devient Philippe V (1316 – 1322) dit « le Long ». Si Louis X n’a pas eu de fils, il a eu une fille : Jeanne. Philippe V convoque une assemblée, qui déclare alors que les femmes ne peuvent succéder au royaume de France.

Mais Philippe V meurt lui aussi en 1322 sans héritier mâle. Le dernier des frères de Louis X à devenir roi, Charles IV (1322 – 1328) ne fait pas exception à sa mort en 1328. Cependant, Jeanne d’Évreux, sa femme, est enceinte. Il faut encore un régent.

Trois candidats sont alors en lice : Philippe d’Évreux, Édouard III d’Angleterre (1327 – 1377) et Philippe de Valois. Ce dernier emporte la régence. Lorsque Jeanne d’Évreux donne naissance à une fille, Philippe de Valois devient roi sous le nom de Philippe VI (1328 – 1350). Édouard III fait valoir ses droits sur la couronne en envoyant une ambassade, mais il renonce et rend finalement hommage à Philippe VI.

Voilà un cassus belli pour le monarque anglais.

 

L’emballement

Édouard III et Philippe VI s’opposent alors en Écosse, où ils soutiennent respectivement le parti de Édouard Balliol contre celui de David II. En même temps, Édouard III prépare son entrée en guerre en France. Philippe VI prononce la confiscation de la Guyenne le 24 mai 1337.

Le 7 octobre, à Westminster, Édouard III revendique publiquement le royaume de France, renie son hommage à « Philippe, qui se dit roi de France »(Contamine 2012 p.13.). Il somme en outre Philippe VI à renoncer à son royaume, acquis indûment.

 

Le début de la guerre de Cent ans


Un système d’alliance anglais efficace

Pour faire entrer la Flandres dans sa sphère d’influence, Édouard III tente de susciter le mécontentement populaire contre le comte. En effet, en 1336, il saisit les marchandises des Flamands se trouvant en Angleterre et interdit l’exportation de laine en Flandre dont les tisserands sont pourtant très dépendants.

Un bourgeois de Gand, Jacques Van Arteveld, se distingue comme le chef des mécontents. Il gagne Ypres et Bruges à sa cause et demande l’alliance avec l’Angleterre. Le comte de Flandres se réfugie en France auprès de Philippe VI.

Édouard III s’assure en outre le soutien ou neutralité bienveillante de nombreuses principautés du nord de la France : les comtes de Hainaut, de Berg, de Gueldre, de Clèves, de Brabant et le comte palatin du Rhin, le margrave de Juliers. Grand succès, il trouve un allié en la personne de l’empereur Louis IV qui s’engage à lui fournir 2000 combattants pendant 2 mois contre 300 000 florins. Édouard III est aussi institué vicaire impérial pour la rive gauche du Rhin(Contamine 2012, p.15.).

La France est prise en tenaille, au Nord par les alliés de l’Angleterre, au Sud-Ouest par la Guyenne.

 

Édouard III, roi de France

Grâce au soutien nouveau des populations flamandes, Édouard III s’installe dans le Brabant. Depuis cette arrière base, il ravage le Cambrésis, le Vermandois, la Soissonnais et la Thiérache en septembre 1339. Son but : contraindre Philippe VI à l’affronter dans une bataille rangée. C’est un échec.

Le traité du 3 décembre 1339 lui assure cependant le soutien militaire des villes flamandes, qui s’engagent en outre à le reconnaître comme le vrai roi de France. L’Angleterre fournit en contrepartie subsides et armes, et accepte de lever l’embargo sur les laines.

Édouard III franchit une étape supplémentaire en prenant solennellement le titre de roi de France à Grand, en janvier 1340. Il appose les fleurs de lys sur son Grand Sceau et sur ses armes. Il produit en outre un manifeste, dans lequel il se présente comme le champion des bonnes lois et des coutumes du temps de Saint Louis (Contamine 2012, p.23.).

 

La bataille de L’Écluse, première défaite française

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La bataille de l’Écluse | Wikimedia Commons | La guerre de Cent Ans

Édouard III épuise ses financements à provoquer Philippe VI. Il rentre en Angleterre et parvient à obtenir de nouveaux subsides du Parlement. Mais le roi de France profite de l’absence de son rival pour ravager la côte sud de l’Angleterre avec une flotte de 190 navires, comptant Français et Génois (Contamine 2012, p.24.).

Le 24 juin 1340, la flotte française rencontre une flotte anglaise au large de L’Écluse (Sluis en néerlandais). Les archers anglais prennent vite le dessus sur les arbalétriers français. Les commandants français, Hugues Quiéret et Nicolas Béhuchet sont fait prisonniers et tués. Les Flamands rejoignent dans l’après-midi leurs alliés anglais. C’est la déroute : les Génois se retirent, et la flotte française est presque annihilée. La France perd le contrôle de la mer.

Malgré cette défaite, les deux rivaux, sans plus de ressources, concluent à Esplechin une trêve à qui doit durer jusqu’au 24 juin 1342.

 

Succès diplomatiques français

Pour Philippe VI, la guerre en Guyenne n’est pas fructueuse, malgré des forces considérables : 10 800 hommes d’armes et 15 000 gens de pied (Contamine 2012, p.25).

Mais la diplomatie française connaît néanmoins quelques succès. Les Français convainquent le Hainaut, le Brabant et surtout Louis IV de renoncer à leur alliance avec l’Angleterre. Édouard III perd donc son vicariat impérial. Le bourgeois gantois Jacques Van Arteveld qui avait poussé ses compatriotes à s’allier avec l’Angleterre perd de son influence. Clément VI, il est vrai pape français qui réside à Avignon, excommunie les félons flamands s’étant rebellés contre leur comte.

La liste ne s’arrête pas là, puisque Édouard Balliol connaît de telles difficultés en Écosse qu’il doit quitter le pouvoir en 1340 au profit de David II Bruce qui prend sa place en 1341. Enfin, les anglais, qui avaient promis et accordés certains subsides extraordinaires sont ruinés : certains prêteurs de la couronne, comme les italiens Bardi et Peruzzi, font faillite en 1343.

 

La guerre de Cent Ans en Bretagne


guerre de succession de Bretagne guerre de cent ans

Le combat des Trente, épisode célèbre de la guerre de succession de Bretagne, par Octave Penguilly l’Haridon | Wikimedia Commons | La guerre de Cent Ans

Jean III, duc de Bretagne (1312 – 1341) meurt sans laisser d’héritier en avril 1341. Deux candidats à la succession sont en lice :

  • Jean, comte de Montfort-l’Amaury, beau-frère de Jean III ;
  • Charles de Blois, époux de Jeanne de Penthièvre, nièce de Jean III, et lui-même neveu de Philippe VI.

Philippe VI est l’arbitre du conflit. Mais Jean de Montfort n’attend pas : il s’empare de Nantes, capitale du duché. Soutenu par Édouard III, il se proclame duc de Bretagne et reconnaît le monarque anglais comme roi de France.

Philippe VI réagit, tranche en faveur de Charles de Blois par l’arrêt de Conflans le 7 septembre 1341.

La Bretagne se divise alors entre Bretagne bretonnante, favorable à Jean de Montfort (Bretons montfortistes), et Bretagne de langue française, favorable à Charles de Blois (Bretons blésistes). Le conflit durera 23 ans.

 

La France sur le recul


La première grande chevauchée anglaise de la guerre de Cent Ans

En juillet 1345, Jacques van Artevelde, soulève Gand contre lui lorsqu’il propose son fils comme nouveau comte de Flandre. Il meurt assassiné. L’Anglais perd au nord de la France un allié précieux.

Cependant, Walter Manny et le compte de Derby, envoyés en Guyenne par Édouard III, prennent Bergerac, La Réole, Aiguillon et Angoulême. Le roi d’Angleterre décide ensuite en 1346 une nouvelle expédition. Elle part le 11 juillet avec 15 000 hommes et débarque à Saint-Vaast-la-Hougue, dans le nord du Cotentin (Contamine 2012, p.29.).

Démarre alors la première grande chevauchée anglaise en territoire française. L’armée anglaise, répartie sur plusieurs colonnes évoluant parallèlement l’une à l’autre sur quelques kilomètres de largeur, passe par Valognes, Carentan, Saint-Lô et pille les propriétés sur son passage. Caen se rend, puis les troupes franchissent la Seine au pont de Poissy le 16 août. Les Anglais ont parcouru près de 350km en un mois (Contamine 2012, p.29.).

 

La bataille de Crécy : première grande défaite française de la guerre de Cent Ans

bataille de crecy

La bataille de Crécy | La guerre de Cent Ans

Devant ces ravages, Philippe VI reste passif, même s’il convoque la noblesse et fait crier l’arrière-ban. Les critiques se font entendre, et durement. Le roi de France décide donc de poursuivre les Anglais. Ces derniers l’attendent à Crécy-en-Ponthieu (Somme), où Édouard III dispose son armée en trois corps et ses archers « en herse ».

Le 26 août 1346, l’armée française connaît sa première grande défaite sur terre. Indisciplinée, elle s’écrase sur les lignes défensives anglaises. Le roi est blessé, le roi de Bohême, le comte de Flandre, et Charles d’Alençon, le frère de Philippe VI, meurent. La haute noblesse se heurte à l’efficacité des archers anglais.

 

Le siège de Calais

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Le siège de Calais | Wikimedia Commons | La guerre de Cent Ans

Libéré de toute menace par sa victoire à Crécy, Édouard III dirige son armée vers Calais, où il arrive le 4 septembre. La ville est bien défendue et solidement fortifiée.

Le roi, arrivé sur la butte de Sangatte le 27 juillet 1347, n’attaque pas les Anglais. La ville se rend donc en août. Se déroule alors l’épisode des bourgeois de Calais, rapporté par Froissart, mais dont l’authenticité est douteuse.

La ville, désormais aux mains de l’Anglais, est transformée en véritable « bout d’Angleterre » et constitue un point d’appui solide dans le nord de la France. Les 7000 Français qui habitent la ville doivent la quitter et sont remplacés par des Anglais. Une forte garnison vient la défendre, aidée par l’établissement de nouvelles fortifications. Calais est rattachée à l’évêché de Canterbury, et s’affirme comme centre de commerce des Anglais aux dépens de Bruges lorsque l’étape des laines y est établie en 1363.

Les Français ne récupèrent Calais qu’en 1558.

 

Succès anglais à l’Ouest et en Écosse

Le comte de Derby s’empare en 1346 de Saint-Jean-d’Angély, de Niort et de Saint-Maixent. En juin 1347, le parti français en Bretagne voit son champion Charles de Blois être capturé puis fait prisonnier en tentant de reprendre La Roche-Derrien, occupée par les Anglais.

David II est lui aussi capturé par les Anglais à Neville’s Cross le 17 octobre 1346.

 

Peste noire et fin de la première partie de la guerre de Cent Ans

Devant ces échecs, Philippe VI est notamment critiqué à la réunion des États de novembre 1347.

Mais la guerre s’interrompt : la peste noire arrive en Europe. Elle touche la basse vallée du Rhône dès 1347, et affecte la France dans sa presque totalité à l’été 1348 (Contamine 2012, p.31.), ainsi que l’Angleterre. On estime que la peste a provoqué une chute de 30% de la population dans ce dernier pays.

En outre, dès le 28 septembre 1347, les légats pontificaux avait obtenus une trêve devant courir jusqu’en juin 1355. Deux ans plus tard, en 1349, Louis de Male, comte de Flandre, récupère ses états.

Philippe VI meurt le 26 août 1350.

 

La guerre de Cent Ans à l’époque de Jean le Bon, Charles de Navarre et du Prince Noir


Philippe VI mort, son fils Jean II, dit « le Bon » (1350 – 1364) lui succède. Il est sacré roi de France à Reims, le 26 septembre 1350.

 

La fondation de l’ordre de l’Étoile

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La fondation de l’ordre de l’Étoile par Jean le Bon | Wikimedia Commons

Le premier souci de Jean le Bon est d’améliorer son instrument militaire (Contamine 2012, p.33.). Des cavaliers plus légèrement armés que les chevaliers apparaissent : les hommes de cheval. Il développe les armes de trait, augmente les soldes, renforces les contrôles contre les désertions.

Dans la même veine, le 16 novembre 1351, Jean le Bon fonde l’ordre de l’Étoile. Cette fondation répond bien sûr à la fondation par Édouard III de l’ordre de la Jarretière le 23 avril 1348. Les 500 membres de l’ordre de l’Étoile doivent servir sous les mêmes bannières, jurer de ne jamais fuir en bataille et se réunir une fois par an, à la vigile de l’Assomption, pour raconter leurs exploits.

 

Poursuite de la guerre de Cent Ans

Jean de Monfort mort en 1345, son fils Jean III de Montfort, le futur Jean IV de Bretagne (1365 – 1399), lui succède dans la compétition contre Charles de Blois. Aidé des anglais, il vainc à Mauron les Bretons blésistes le 14 août 1352, leur infligeant de lourdes pertes. Cependant, du Guesclin mène les Franco-bretons à la victoire le 10 avril 1354 à Montmuran.

Dans le Languedoc, la situation est mitigée. Si les Français reprennent Saint-Jean-d’Angély et Lusignan, ils sont vaincus à Comborn en 1353.

 

Charles de Navarre, allié d’Édouard III

charles de navarre guerre de cent ans

Charles de Navarre | La guerre de Cent Ans

Charles II, roi de Navarre (1349 – 1387), petit-fils de Louis X par sa mère Jeanne, dispose d’un royaume qui s’étend des deux côtés des Pyrénées, mais aussi de terres dans le royaume de France, les comtés de Mortain et d’Évreux, et des seigneuries dans le pays de Caux, et dans les vallées de la Seine et de l’Eure.

Les griefs de Charles de Navarre contre la monarchie sont nombreux (Contamine 2012, p.34.) : il ne reçoit pas la Champagne, rattachée au domaine royal, alors qu’il aurait dû en hériter de sa mère. En outre, il ne reçoit ni le comté d’Angoulême, qui revient à Charles d’Espagne, favori de Jean le Bon, ni la ville de Pontoise en compensation. Enfin, il ne reçoit pas de dot suite à son mariage avec Jeanne de France, fille de Jean le Bon.

Il accepte donc de s’allier à Édouard III ainsi qu’à Henri de Lancastre, son lieutenant en France, et l’invite à envahir le royaume.

Le 8 janvier 1354, Charles de Navarre revendique le meurtre de Charles d’Espagne. Ce meurtre assumé et son opposition acharnée à la monarchie lui feront hériter du surnom de Charles le Mauvais dans l’historiographie française, par lequel il est plus connu, à partir du XVIe siècle.

 

Le traité de Mantes de février 1354

Le danger est grand pour Jean le Bon. Par le traité de Mantes de février 1354, il cède à Charles de Navarre le comté de Beaumont-le-Roger, les châteaux de Breteuil, Conches et de Pont-Audemer ainsi que la plus grande partie du Contentin, contre sa soumission. C’est un traité très avantageux pour le roi de Navarre.

Charles de Navarre rompt rapidement son engagement. En effet, l’année suivante, il rassemble des troupes et part dans le Cotentin pour attendre des renforts anglais, qui ne viendront jamais. Il doit de nouveau passer un accord avec le roi de France le 10 septembre 1355.

Jean le Bon projette même un traité avec l’Angleterre en avril 1354 par lequel il aurait cédé l’Aquitaine, le Poitou, la Touraine, l’Anjou et le Maine contre renonciation par Édouard III à ses prétentions sur le trône de France. Mais devant ces concessions très importantes, Jean le Bon renonce.

 

La chevauchée languedocienne du Prince Noir

prince noir guerre de cent ans

Le Prince Noir | Wikimedia Commons | La guerre de Cent Ans

Édouard III se lance dans une expédition sans résultat dans le nord de la France. En septembre 1355, son fils, le prince de Galles, le Prince Noir (selon son surnom datant du XVIe siècle), alors âgé de 25 ans, débarque à Bordeaux. Expérimenté, admiré pour son talent militaire (il a participé à Crécy), entouré d’hommes talentueux comme Jean Chandos, le Prince Noir se lance dans une chevauchée de deux mois à travers le Languedoc, jusqu’à Narbonne et Carcassonne.

 

Graves concessions de Jean le Bon

Le États de Languedoïl réunis à Paris en novembre 1355 accordent un subside gigantesque à Jean le Bon : 5 400 000 livres tournois, de quoi assurer l’entretien de 30 000 hommes (Contamine 2012, p.37.). Les États de Languedoc suivent en 1356.

Cependant, ce subside extraordinaire est accordé contre une concession importante : les États exigent de contrôler la levée et l’emploi des fonds. Selon l’ordonnance du 28 décembre 1355, dans chaque diocièse, des « élus » lèvent les impôts, dont le produit est versé comme solde aux soldats par neufs généraux « élus », trois nobles, trois prélats et trois bourgeois (Contamine 2012, p.37.).

 

L’arrestation de Charles de Navarre

Charles de Navarre manoeuvre pour retourner le dauphin Charles, gouverneur de Normandie, contre son père Jean le Bon.

Le 5 avril 1356, le roi de France fait irruption dans le château de Rouen, où son fils est en discussion avec Charles de Navarre. Il emprisonne ce dernier, et décapite quatre de ses fidèles.

Le frère de Charles de Navarre, Philippe, demande alors de l’aide à Henri de Lancastre. Le lieutenant du roi d’Angleterre s’empare de Pont-Audemer en Normandie, de Verneuil et d’Argentan.

Le Prince Noir, lui, se lance dans une nouvelle chevauchée. Il passe par Romorantin, il franchit la Loire et se dirige vers Tours.

 

Nouveau désastre français : la bataille de Poitiers

Bataille de Poitiers guerre de Cent Ans

La bataille de Poitiers par Eugène Delacroix | Source | La guerre de Cent Ans

Jean le Bon livre bataille au Prince Noir à Maupertuis, près de Poitiers, le 19 décembre 1356. Comme à Crécy, c’est un désastre pour l’armée française qui est écrasée par des forces anglaises pourtant bien inférieures en nombre. Pire encore : le roi est fait prisonnier.

 

Troubles civils en France au cours de la guerre de Cent Ans


La capture de Jean le Bon provoque une grave crise de la monarchie et soulève une grande défiance envers la noblesse : « l’ensemble de la noblesse fut alors accusée de lâcheté et d’impéritie » (Contamine 2012, p.38.).

 

Les États de 1356

Le dauphin Charles, 18 ans, est alors chargé de la conduite du royaume. Il subit rapidement les contrecoups de l’affaiblissement de la monarchie. En effet, l’assemblée de notables réunie aux États de Languedoïl d’octobre 1356 s’oppose violemment à lui.

L’évêque de Laon, Robert le Coq, séide de Charles de Navarre, demande la libération immédiate de son maître. Étienne Marcel, prévôt des marchands de Paris, demande, lui, la réformation de l’État, ce qui inclut l’écartement des corrompus, la fin des abus et surtout, un contrôle accru de la monarchie par les trois ordres au moyen du conseil. Les États accordent cependant au dauphin Charles des subsides pour la guerre.

Charles revient à Paris en février 1357, après avoir demandé sans succès de l’aide à l’empereur Charles IV pourtant son oncle. Par grande ordonnance, il cède aux exigences des États et introduit leurs délégués dans le Conseil royal. Jean II désavoue son fils (Contamine 2012, p.39.).

Charles de Navarre est en outre libéré.

 

Jean le Bon à Londres

Une trêve est conclue avec l’Angleterre le 23 mars 1357, valable jusqu’au 9 avril 1359. Jean le Bon, d’abord détenu à Bordeaux, est transféré à Londres. Des négociations s’ouvrent avec des envoyés du dauphin. Les exigences anglaises sont alors exorbitantes : la souveraineté sur tout le Sud-Ouest du royaume, l’hommage de Bretagne, aucune renonciation aux prétentions sur la couronne de France et une rançon de 4 millions d’écus pour la libération du roi Jean.

En mars 1359, par le 2ème traité de Londres, Édouard III pousse encore plus loin ses revendications territoriales, en demandant la souveraineté sur la Touraine, l’Anjou, le Maine et la Normandie. Il écourte la date de remise de la rançon mais abandonne ses prétentions à la couronne de France.

Les États jugent ce traité « ni passable ni faisable » et « ordonnent de faire bonne guerre aux Anglais » (Contamine 2012, p.43).

 

Étienne Marcel et la journée du 22 février 1358

Étienne Marcel guerre de cent ans

Étienne Marcel empêche les émeutiers d’attaquer le dauphin, Étienne Mélingue | La guerre de Cent Ans

Réunis en février 1358, les États de Paris demandent l’interdiction des assemblées locales pour leur substituer une assemblée unique pour la Languedoïl. La bourgeoisie parisienne cherche en effet à soumettre la monarchie à ses intérêts, en éliminant le contrepoids que représentent les États provinciaux dont l’objectif est avant tout de contrôler la perception et l’utilisation des subsides demandés (Contamine 2012, p.40.).

Le 22 février, Étienne Marcel, prévôt des marchands de Paris, organise une émeute contre le gouvernement et pour impressionner le dauphin. Deux maréchaux, Robert de Clermont, maréchal de Normandie, et Jean de Conflans, maréchal de Champagne, sont tués alors qu’ils voulaient protéger Charles. Ce dernier, terrorisé, approuve les meurtres.

 

La Grande Jacquerie de 1358

Les soulèvement des Jacques (c’est-à-dire paysans) contre la noblesse partent du Beauvaisis à partir de fin mai 1358. Ils se répandent en Picardie, en Champagne et dans le nord de l’Île-de-France.

Ils n’obtiennent cependant aucun soutien d’Étienne Marcel, tandis que Charles de Navarre les réprime.

 

Réaction royale du dauphin Charles

Etienne Marcel

L’assassinat d’Étienne Marcel

Charles prend le titre de régent et quitte Paris. Il réunit les États de Languedoïl à Compiègne le 4 mai, en l’absence des Parisiens. La rébellion d’Étienne Marcel est isolée.

Fort du soutien des États de Compiègne, le régent avance jusqu’à Paris. Étienne Marcel demande alors de l’aide aux villes flamandes : il se présente comme le champion du combat des non-nobles contre les nobles (Contamine 2012, p.42). Tentative infructueuse. Étienne Marcel introduit alors des soldats anglais dans Paris, ce qui fait chuter sa popularité. Le 31 juillet, il est assassiné avec ses lieutenants.

Le 2 août 1358, le régent Charles entre dans Paris. La « révolution parisienne » a échoué.

 

Vers la paix de Calais : le traité de Brétigny


Carte de France après les traités de Brétigny et de Guérande

Carte de France guerre de cent ans

Carte de France après les traités de Brétigny et de Guérande | Wikimedia Commons En rose foncé : territoires contrôlés par Édouard III avant le traité de Brétigny | En rose clair : territoires cédés par la France à l’Angleterre par le traité de Brétigny | En blanc : territoire du duché de Bretagne, allié aux Anglais | En vert clair : possessions de Charles de Navarre

Chevauchée vers Reims

Devant l’échec de ses revendications, Édouard III tente de d’atteindre Reims par une chevauchée. Le 4 décembre 1359, il est sous les murs de la ville. Un mois plus tard, il renonce.

Le roi d’Angleterre ne revient pourtant pas sur ses pas. Il se dirige vers la Bourgogne mais le duc Philippe de Rouvres ne veut pas voir son domaine ravagé. Il promet 200 000 écus et la reconnaissance d’Édouard III comme roi de France.

Il oblique ensuite vers Paris, mais ne peut prendre la ville. Sa chevauchée se termine en Beauce.

 

Les négociations du traité de Brétigny (traité de Calais)

Les négociations débutent au château de Brétigny, près de Chartres, le 1er mai 1360. Le 8 mai, le traité de Brétigny (ou traité de Calais) est conclu.

Édouard III reçoit un tiers du royaume : l’Aquitaine, de la Loire aux Pyrénées, Calais et ses marches, le comté de Ponthieu (Somme) et le comté de Guînes (Pas-de-Calais). La rançon pour la libération de Jean le Bon s’élève 3 millions d’écus, soit deux ans de recettes de la monarchie (Contamine 2012,p.44). Le roi de France est d’ailleurs libéré en octobre 1360.

En revanche, Édouard III renonce à la couronne de France et s’engage à abandonner les forteresses qu’il détient dans les parts du royaume revenant aux Valois. Une trêve de 18 mois est conclue. Édouard III s’engage aussi à se réconcilier avec Louis de Male, Jean le Bon avec Charles de Navarre, et les parties annoncent vouloir régler la question de Bretagne.

Détail d’importance : les articles concernants la cession des territoires et la renonciation par Édouard III au trône de France sont séparés du traité. Ces renonciations devraient s’échanger une fois les territoires transférés, le 30 novembre 1361.

C’est la pacification…aux dépends des Français.

 

 

La guerre de Cent Ans reprend, les Français reconquièrent le territoire perdu


L’échec de la paix de Calais

guerre de cent ans

Édouard III remet l’Aquitaine à son fils le Prince Noir | La guerre de Cent Ans

En novembre 1361, date butoir, le transfert des territoires n’est toujours pas terminé. De leur côté, les Anglais n’ont pas fait évacuer les forteresses qu’ils détiennent en territoire Valois, mais se sont contentés de désavouer les garnisons, pour que Jean le Bon achète leur départ.

Édouard III ne fait pas d’effort pour la paix. En effet, il juge le traité de Brétigny trop peu avantageux pour lui, et se réserve la possibilité de reprendre les hostilités. Jean le Bon refuse donc d’échanger les renonciations.

Le paiement de la rançon prend du retard devant les difficultés de la France à rassembler la somme. Mais pire arrive en septembre 1363, lorsque les otages de la famille royale sont transférés à Calais : le duc d’Anjou en profite pour s’enfuir.

Le scandale provoqué par cette fuite pousse Jean le Bon à se constituer de nouveau prisonnier. Il revient à Londres en janvier 1364, pour y mourrir le 8 avril suivant. Le dauphin Charles devient Charles V, dit « le Sage » (1364 – 1380).

La cession des territoires est toutefois terminée. Les territoires anglais du Sud-Ouest sont regroupés en une grande principauté, confiée au Prince Noir qui devient donc prince d’Aquitaine le 19 juillet 1362.

 

Premiers faits de Bertrand du Guesclin

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Jean de Grailly se rend à Bertrand de Guesclin après la bataille de Cocherel l Wikimedia Commons | La guerre de Cent Ans

Philippes de Rouvres, duc de Bourgogne, meurt le 21 novembre 1361 sans laisser d’héritier. Deux candidats se présentent : Charles de Navarre et Jean le Bon. Comme roi de France, Jean le Bon doit trancher entre les deux candidats. Il est juge et parti, et tranche bien sûr sa faveur. Il fait du duché un fief, accordé à son fils Philippe, devenu Philippe II dit « le Hardi » (1363 – 1404).

Charles de Navarre n’est passif suite à cette éviction. Le dauphin Charles envoie contre lui Bertrand du Guesclin, un chevalier breton dont il a apprécié les qualité au siège de Melun.

Du Guesclin vainc les anglo-navarrais dirigés par Jean de Grailly, pourtant bien supérieurs en nombre, à la bataille de Cocherel le 16 mai 1364. Cependant, suite à l’échec d’Évreux, un traité est conclu avec Charles de Navarre en mars 1365 : le roi de Navarre obtient la coseigneurie de Montpellier, mais perd toutes ses places de Basse Seine, ce qui libère la pression sur Paris.

 

Bataille d’Auray et paix en Bretagne

guerre de succession de Bretagne

Jean III de Montfort débarque en Bretagne en 1362. Avec l’aide des Anglais, dont deux célèbres capitaines, Robert Knowles et Jean Chandos, il assiège Auray. Charles de Blois meurt en essayant de secourir la place le 29 septembre 1364, avec l’aide de du Guesclin qui est fait prisonnier.

Par la paix de Guérande, le 10 avril 1365, le dauphin Charles devenu Charles V reconnaît Jean III de Montfort comme duc de Bretagne (Jean IV de Bretagne). En échange, il prête hommage au roi de France.

 

Les ravages des compagnies pendant la guerre de Cent Ans

Après avoir été au service d’une autorité légitime, certains soldats ne se dispersent pas et continuent la guerre pour leur propre compte. Pillards, bandits, ils forment des compagnies aux ordres d’un capitaine, qui ravagent les campagnes. Elles représentent en outre un danger d’ordre politique pour le roi de France. En effet, contre monnaie sonnante et trébuchante, ces hommes peuvent servir n’importe quelle ambition. Ces déracinés, hommes marqués par de longues guerres, ne pouvant souvent plus revenir chez eux, s’emparent parfois d’une forteresse dont il devient très difficile de les déloger.

Ce phénomène, accru dans les années 1360 et 1370, est aussi le fruit de troubles sociaux et économiques importants. Les capitaines, nobles ou bâtards, essaient parfois de se constituer des seigneuries, à l’image de Geoffroy Tête Noire, autoproclamé duc de Ventadour, comte de Limousin, souverain de tous les capitaines d’Auvergne, de Rouergue et de Limousin.

Des compagnies se réunissent pour former de grandes compagnies. L’une d’entre elles s’empare de Pont-Saint-Esprit (Gard). Jacques de Bourbon est défait par une autre de ces compagnies le 6 avril 1362.

 

La guerre de Cent Ans en Espagne

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La bataille de Nájera | Wikimedia Commons | La guerre de Cent Ans

En Espagne, du Guesclin est à la tête de plusieurs compagnies quand il arrive en Aragon à l’hiver 1365 – 1366 pour mettre Henri de Trastamare sur le trône de Castille à la place de Pierre le Cruel. Pierre Ier de Castille, dit « le Cruel » (1350 – 1369), le demi-frère de Henri roi de Castille, demande l’aide du Prince Noir.

Le 3 avril 1367 a lieu la bataille de Nájera. L’immense armée de Henri de Trastamare et Bertrand du Gueslin rencontre celle, bien inférieure, du Prince Noir et de Pierre le Cruel. Mais pour les Français, c’est la déconfiture totale, et du Guesclin est fait prisonnier.

Le parti de Henri de Trastamare est sauvé lorsque Pierre le Cruel se révèle incapable de payer les Anglais qui, déçus, l’abandonnent. Du Guesclin libéré par Charles V qui a payé sa rançon aide Henri de Trastamare à prendre Burgos le 8 octobre 1367, puis à battre Pierre le Cruel à Montiel le 14 mars 1369.

Au cours d’une entrevue, Henri tue son demi-frère et devient roi de Castille. Ce royaume deviendra dès lors, avec sa puissante flotte de galères, un appui important de Charles V qui peut faire pression sur la route maritime des vins entre Bordeaux et l’Angleterre. Du Guesclin gagne d’ailleurs son titre de duc de Molina.

 

Rapprochement entre les belligérants

Louis de Male, comte de Flandre, cherche à partir de 1360 à se rapprocher de l’Angleterre pour assurer le ravitaillement en laine des fabricants de textiles de son comté (Contamine 2012, p.54).

En outre, sa fille Marguerite, veuve du duc de Bourgogne Philippe de Rouvre, est l’héritière des comtés de Flandre, de l’Artois, de Nevers, de Rethel en plus du duché de Bourgogne. Édouard III lui propose alors un de ses fils, le duc d’York, en mariage. Pour éviter d’être pris en tenaille, Charles V, à l’aide du pape Urbain V, parvient à rendre ce projet impossible.

En 1369, Marguerite de Flandre épouse finalement Philippe le Hardi, le nouveau duc de Bourgogne. Ce ne sera pas sans créer une lourde menace pour la France.

 

La questions des appels

L’expédition en Espagne, à l’issue de laquelle Pierre le Cruel ne rémunère par les Anglais, est ruineuse pour la principauté d’Aquitaine. Le Prince Noir doit taxer. Des troubles naissent : le comte d’Armagnac, notamment, n’accepte pas la levée de nouvelles taxes dans son domaine (Contamine 2012, p.55). Il fait appel à Édouard III contre son propre fils, mais n’attend pas l’arbitrage et se tourne vers Charles V.

En effet, certaines places du duché d’Aquitaine restent sous l’autorité du Parlement de Paris, la plus haute cour de justice du royaume de France. C’est une arme considérable aux mains du roi de France, tout comme le pouvoir de mener les enquêtes nécessaires. Ainsi, en 1307, le parti pro-français à Bordeaux s’était révolté contre la nomination d’un maire par les Anglais et a fait appel au Parlement de Paris.

Le 30 juin 1368, après consultation des juristes (jusqu’à ceux de Bologne), Charles V accepte l’appel du comte d’Armagnac. Il conclut en outre une alliance secrète avec lui. Le 30 décembre, la conduite du roi est approuvée par une assemblée : ne pas recevoir ces appels serait un déni de justice.

En janvier 1369, le Prince Noir est même cité à comparaître. Il répond avec ironie :

Nous irons volontiers à Paris au jour où nous sommes cités, puisqu’il est ainsi commandé par le roi de France, mais ce sera le bassinet en tête, avec soixante mille hommes de notre compagnie (Contamine 2012, p.57).

Les appels se multiplient : on en compte rapidement plusieurs centaines. Charles V poursuit sur la même ligne. C’est la rupture : Édouard III reprend le titre de roi de France le 3 juin 1368. Le 30 novembre, Charles V prononce la confiscation de l’Aquitaine. Une chance de reconquête s’est offerte à lui : il l’a saisit. 

 

La reconquête de Charles V


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La reconquête sous Charles V | Wikimedia Commons

La guerre de Cent Ans reprend…une nouvelle fois

Les opérations commencent début 1369. Le duc d’Anjou progresse dans l’Agenais et le Périgord. Le Ponthieu est repris. Le Rouergue et le Quercy font leur soumission. En 1370, les Français marchent sur Bordeaux. Limoges est occupée, mais le Prince Noir parvient à la reprendre. Robert Knowles lance une chevauchée jusqu’en Bretagne. Mais le 4 décembre 1370, l’armée de du Guesclin l’arrête.

Charles de Navarre s’agite. Il tente de négocier successivement avec Charles V et Édouard III. Sans succès. Il signe une paix avec Charles V en mai 1371.

 

La bataille de La Rochelle

bataille de la rochelle guerre de cent ans

En 1372, les galères castillanes, détruisent à la Rochelle une flotte anglaise transportant des renforts. Cette victoire offre un énorme espace aux Français qui peuvent progresser en Poitou, en Saintonge et en Angoumois.

 

Jean IV de Bretagne allié aux Anglais

Jean IV de Bretagne s’allie avec Édouard III le 19 juillet 1372. Des Anglais débarquent à Pointe Saint-Mathieu et à Saint-Malo. Charles V contre-attaque : il occupe l’entier duché. Jean IV, dépossédé de ses états, se réfugie en Angleterre. Il ne revient que le 3 août 1379, en débarquant à Saint-Sevran, accueilli avec enthousiasme (Contamine 2012, p.63.). Jean IV parvient à rester maître de la Bretagne occidentale.

 

Une poussée des Français, mort du Prince Noir et d’Édouard III

Jean de Lancastre se lance alors dans une chevauchée. Il s’empare de Tulle, de Brive, puis atteint Bordeaux, à la tête de troupes épuisées. Il conclut une trêve avec du Guesclin le 21 mai 1374.

En 1375, Édouard tente sans succès de reprendre la Bretagne. Cognac cède devant les Français. Le royaume de France a reconquis le Centre-Ouest.

Des négociations sont ouvertes à Bruges en 1375. Les Anglais tiennent encore Calais, Brest, Bordeaux et Bayonne.

Le Prince Noir meurt en 1376, précédant son père Édouard III qui s’éteint en 1377. Richard II (1377 – 1399) lui succède.

 

Dernières opérations, mort de du Guesclin et de Charles V

En mars 1378, une familier de Charles de Navarre est arrêté et révèle le projet de Charles de Navarre d’empoisonner Charles V, en concertation avec les Anglais et le duc de Bourgogne. Les places de Charles de Navarre sont alors conquises, sauf Cherbourg, détenue par les Anglais.

Pour expulser les Français du duché, le comte de Buckingham lance une chevauchée en juillet 1380. Mais du Guesclin n’est plus là : il meurt le 13 de ce mois. Le comte de Buckingham est à Nantes le 4 septembre, mais repart en Angleterre l’année suivante.

Charles V meurt alors le 16 septembre. Charles VI (1380 – 1422) lui succède.

Les Bretons et les Français se rapprochent : par le traité de Guérande du 4 avril 1381, le duché est rendu à Jean IV.

Les conséquences de la paix de Calais sont effacées, malgré l’occupation par les Anglais de certains ports, ainsi que de forteresses dans le Quercy, le Rouergue, le Velay et le Gévaudan.

 

La guerre de Cent Ans sous Richard II et Charles VI


La révolte des paysans de 1381

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La mort de Wat Tyler | Wikimedia Commons

Au cours de l’année 1381, l’Angleterre connaît une grande révolte politique, plus dangereuse encore que les jacqueries ne l’ont été pour la France. La poll tax, c’est-à-dire l’impôt par tête, est exceptionnellement élevé pour l’année 1380 – 1381. En effet, les besoins de la guerre forcent la couronne à trouver de nouvelles ressources. Mais cette année, elles sont deux fois moindres que celle de 1377 (Contamine 2012, p.65.).

Des troubles ruraux naissent dans l’Essex et le Kent. Les rebelles du Kent se trouvent un chef en Wat Tyler, ancien soldat des campagnes de France : ils pillent les manoirs et les monastères sur leur passage. Ils marchent ensuite sur Canterbury.

C’est alors qu’ils libèrent John Bail, un prêtre excommunié, puis pénètrent dans Londres, grâce aux couches populaires de la ville. En même temps, les rebelles de l’Essex atteignent le Nord-Est de la capitale.

Richard II, enfermé dans la tour de Londres, est menacé par deux groupes rebelles. Il accepte leur pétition demandant l’abandon des corvées et du villeinage (servage). La garnison de la tour de Londres capitule. Des notables sont massacrés, comme l’archevêque de Canterbury. Au cours d’une entrevue Wat Tyler demande à Richard II qu’il n’y ait plus de seigneurs, à l’exception du roi. Il veut en outre que tous les évêchés soit regroupés en un seul. Richard II accepte tout.

Le 15 juin 1381, au cours d’une rencontre avec le roi, Wat Tyler est tué par le lord-maire de Londres William Walworth, puis impose à la foule de se retirer.

C’est le début d’une répression dans toutes les régions où les troubles se sont déroulés :

Villeins vous êtes, villeins vous resterez !

…aurait répondu le roi à une délégation venant de l’Essex (Contamine 2012, p.66.).

 

Le gouvernement des oncles

Louis de Bourbon guerre de cent ans

Louis de Bourbon

Charles VI succède à Charles V alors qu’il n’a que 11 ans. Il est sacré le 4 novembre 1380, mais les frères de Charles V accaparent la réalité du pouvoir dans une espèce de gouvernement collégial :

  • Jean Ier, duc de Berry
  • Louis Ier, duc d’Anjou 
  • Louis II, duc de Bourbon
  • Philippe le Hardi, duc de Bourgogne
Louis d'Anjou guerre de cent ans

Louis d’Anjou

Louis d’Anjou, le même qui avait fui ses geôliers à Calais, veut alors poursuivre ses propres ambitions en obtenant le royaume de Naples. Dans cette perspective, il fait lever de nouveaux impôts, ce qui suscite de graves révoltes : la révolte de la Harelle à Rouen, la révolte des Maillotins (du nom des maillets de plomb utilisés par les Parisiens pour chasser les gants du fisc) à Paris, etc. Louis d’Anjou quitte la France dès le mois janvier 1382.

Jean de Berry guerre de Cent Ans

Jean de Berry

Le duc de Berri, lieutenant du roi en Languedoc, laisse faire la révolte des Tuchins, qui prend de l’ampleur du fait de la participation de la noblesse et des compagnies.

Philippe le Hardi guerre de cent ans

Philippe le Hardi

À ces troubles s’ajoute l’émergence de Philippe Van Artevelde, le fils du fauteur du trouble, qui coalise les Gantois pour demander l’alliance avec l’Angleterre. Les Gantois sont écrasés par l’armée des oncles le 27 novembre 1382 à bataille de Roosebeke. Ils répriment en outre les révoltes urbaines.

 

Première trêve de Leulinghem

Gand résiste aux Français et attendent les Anglais. Ses troupes débarquent en mai 1383 à Calais, et s’emparent le côte flamande, avant de faire le siège d’Ypres.

Les Français rassemblent 16 000 hommes, suscitant la crainte des Anglais. À Leulinghem, une trêve est conclue le 26 janvier 1384 pour 15 mois.

 

La reprise de l’esprit de guerre chez les Français

Charles VI a du goût pour la guerre (Contamine 2012, p.69). Il projette de débarquer en Angleterre en 1385. Mais, sa noblesse, divisée, fait échouer le projet.

Olivier de Clisson, assiège Damme, tandis ce que Louis de Vienne prend Taillebourg et Bourg-Charente.

Événement notable, Philippe le Hardi récupère ses possessions en Flandre après négociation avec les Gantois. Il est à la tête d’un ensemble de terre considérable qui fait de lui le plus puissant des princes français.

 

Jean de Gand en Espagne

Jean de Gand, duc de Lancastre depuis 1362, est un prétendant au trône de Castille. Avec l’appui des Portugais, il débarque en 1386 en Espagne avec un corps expéditionnaire, ce qui compromet gravement la défense de l’Angleterre. Il ne va cependant pas jusqu’au bout de son entreprise.

 

Nouveaux projets de débarquement en Angleterre

L’Angleterre vidée de ses forces par Jean de Gand, deux projets de débarquement naissent : un premier à l’été 1386 avec 15 000 hommes qui n’aboutit pas, un autre depuis Harfleur dirigé par Olivier de Clisson, dont la capture par Jean IV de Bretagne rend la réalisation impossible.

 

Les Lords appelants 

Richard II subit un grave rébellion de ses barons, les « Lords appelants ». Le roi doit faire sa soumission momentanée. En outre, en 1388, les comte d’Arundel débarque à Aunis, sans résultat. Enfin, en août 1388, une armée écossaise écrase les Anglais à Otterburn.

L’Angleterre n’a pas les moyens de continuer la guerre. Une trêve totale prend effet à partir de 1389.

 

 

La guerre de Cent Ans endormie


 

Trêve générale

Des suspensions d’armes sont décidées jusqu’en 1395. Le 9 mars 1396, une trêve générale est conclue à Paris, courant de la Saint-Michel 1398 jusqu’à la Saint-Michel 1426.

Il y a peu d’attentats à la trêve. En 1402 et 1403, des combats de se déroulent dans la Manche et en Bretagne. La France consacre un dixième de ses revenus annuels à surveiller ses frontières à l’aide de 2000 à 3000 hommes (Contamine 2012, p.72.). Les Anglais abandonnent certains de leurs points d’appuis, comme Cherbourg en 1394 ou Brest en 1397.

Les problèmes de fond ne sont toutefois par réglés. En témoigne le fait que Richard II porte toujours le titre de roi de France.

 

Charles VI, roi de France

Charles VI guerre de cent ans

Charles VI | Wikimedia Commons | La guerre de Cent Ans

En novembre 1388, Charles VI, 20 ans, écarte ses oncles et commence à exercer le pouvoir seul. Il est aidé dans cette tâche par son frère Louis, duc de Touraine, et les Marmousets, des conseillers déjà présents sous Charles V, parfois d’origine modeste.

Malheur pour la monarchie, le roi est frappé par son premier accès de folie dès 1392. Profitant de la dégradation progressive de son état, les oncles récupèrent leur prépondérance. Ils ne poussent pas vers un changement des relations avec l’Angleterre : Philippe le Hardi n’en a pas intérêt au regard de ses possessions flamandes et Louis d’Anjou porte toujours son regard vers Naples. En outre, de nombreux chevaliers français meurent en croisade à la bataille de Nicopolis contre les Turcs, le 25 septembre 1396.

 

L’émergence de Henri de Lancastre, devenu Henri IV

Guerre de Cent Ans Henri IV

Henri de Lancastre devenu Henri IV | Wikimedia Commons | La guerre de Cent Ans

Henri de Lancastre, fils de Jean de Gand est un des chefs des « Lords appelants ». À l’occasion d’un conflit avec le duc de Gloucester, il est exilé à vie par Richard II en 1398 et, à la mort de son père, dépossédé de ses biens. Il se réfugie alors à Paris puis en Bretagne.

En juin 1399, Henri de Lancastre débarque secrètement en Angleterre, profitant de la présence de Richard II en Irlande. Il s’impose et fait arrêter Richard II, qui est enfermé à la tour de Londres à partir du 1er septembre 1399.

La maison de Lancastre s’impose donc sur le trône d’Angleterre : Henri de Lancastre devient Henri IV d’Angleterre le 30 septembre 1399.

 

La remontée des tensions

Homme populaire par ses déclarations belliqueuses (Contamine 2012, p.76.), et proclamant son désir de reprendre son héritage français, Henri IV confirme cependant la trêve le 18 mai 1400.

En 1401 cependant, Archambaud de Grailly, captal de Buch et sénéchal de Guyenne pour le roi d’Angleterre, se rallie aux Français. Bordeaux ne suit pas. Henri IV essaie de se marier à la veuve de Jean IV de Bretagne, sans succès.

La guerre semble être prête à reprendre.

 

Guerre de Cent Ans doublée d’une guerre civile en France


Les hostilités reprennent en 1404, à l’initiative des Français.

 

Révolte au pays de Galles

Une révolte galloise occupe d’abord Henri IV. Les Français rajoutent à l’urgence lorsqu’ils s’allient avec Owain Glyndŵr le chef des révoltés gallois en juillet 1404. Ils envoient d’ailleurs un corps expéditionnaire qui débarque à Milford Haven en 1405, mais dont les effectifs sont trop modestes.

 

Échec en France

En Guyenne, le connétable Charles d’Albret et le comte d’Armagnac ne parviennent pas à prendre Bourg et Blaye. Philippe de Bourgogne fait peu d’efforts pour prendre Calais (Contamine 2012, p.78.).

 

La guerre civile bourguignons et Armagnacs

louis orleans assassinat guerre de cent ans

L’assassinat de Louis d’Orléans | La guerre de Cent Ans

En 1404, le duc de Bourgogne Philippe le Hardi meurt. Son fils Jean sans Peur (1405 – 1419) devient le nouveau duc de Bourgogne. Du fait de la folie du roi Charles VI, il assiste la reine Isabeau de Bavière au Conseil royal, en rivalité avec Louis d’Orléans, frère cadet du roi.

Jean sans Peur fait assassiner son rival à Paris le 23 novembre 1407. C’est un scandale, et Jean sans Peur fuit vers son duché. Mais il justifie son crime dans un apologue : il s’érige ainsi en champion de la réforme monarchique. La bourgeoisie parisienne est sensible à cette cause et le soutient.

Revenu à la cour comme nouveau détenteur de la réalité du pouvoir, il place ses hommes dans tous les organes de gouvernement : à la Chancellerie, au Parlement, à la Chambre des comptes…Jean sans Peur est maître de Paris et d’une moitié du royaume. Pour consolider sa position, il demande l’appui des Anglais.

Ses ennemis, le duc de Berry, le duc d’Orléans, Bernard d’Armagnac, Jean de Bourbon, Charles d’Albret, etc., contrôlent l’autre moitié du royaume. Lorsque le fils de Louis d’Orléans, le célèbre poète Charles d’Orléans, qui n’avait pas l’autorité pour prendre le relai de son père, épouse Bonne d’Armagac, la fille de Bernard d’Armagnac, ce parti, autrefois orléaniste, devient le parti des Armagnacs.

 

L’invasion de la France par les Lancastre : reprise de la guerre de Cent Ans


Les Anglais de Henri IV aident d’abord la faction Amargnac : par l’accord de Bourges de mai 1412, il leur envoie 1000 hommes d’armes et 3000 archers (Contamine 2012, p.80.).

Jean sans Peur réagit et marche sur les Armagnacs. Les Anglais en profitent, débarquent à Cherbourg avec le duc de Clarence à leur tête et entament une chevauchée jusqu’à Bordeaux, non sans avoir empoché une indemnité avant.

 

L’ordonnance cabochienne

En 1413, Jean sans Peur provoque une émeute contre les Armagnacs à Paris, alors en faveur au Conseil royal. De nombreux Armagnacs sont massacrés ou emprisonnés. Les émeutiers, emmenés par le boucher Simon Caboche, voulant lutter contre les abus, obtiennent du pouvoir une ordonnance de 258 articles (« ordonnance cabochienne »). Louis de Guyenne, fils de Charles VI, devant les exactions provoquées par le désordre, fait reculer Jean sans Peur. Les Armagnacs, revenus au pouvoir, abolissent l’ordonnance cabochienne le 8 septembre 1413.

L’avènement de Henri V

Henri guerre de cent ans

Henri V | La guerre de Cent Ans

Henri IV meurt le 20 mars 1413. Son successeur Henri V (1413 – 1422), qui a inspiré la célèbre pièce de Shakespeare, est ambitieux. Il veut récupérer son héritage français, c’est-à-dire le retour à la situation de la paix de Calais du 8 mai 1360. Il a en outre des prétentions sur les territoires confisqués à Jean sans Terre par Philippe Auguste. En résumé, il demande aux Français l’Aquitaine, l’Anjou, la Touraine, la Normandie, l’hommage de la Bretagne, la souveraineté sur la Flandre et l’Artois, la Provence et la main de Catherine, fille de Charles VI (Contamine 2012, p.82.).

La faction Armagnac fait des concessions : le scénario d’une alliance bourguigno-anglaise est à l’horizon. Mais ils refusent de lui céder la Normandie. Pour Henri V, ce refus est rédhibitoire : il se veut le descendant de Guillaume le Conquérant.

 

La bataille d’Azincourt

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La bataille d’Azincourt | Wikimedia Commons | Guerre de Cent Ans

Le 14 août 1415, l’armée de Henri V, forte de 12 000 hommes, débarque à Chef-de-Caux (Sainte-Adresse, Seine Maritime). Il met le siège devant Harfleur le 18 août. La ville capitule le 22 septembre.

Ne pouvant prendre Paris, Henri V se dirige vers Calais.

À Azincourt (Pas-de-Calais) le 25 octobre 1415, les Anglais infligent une lourde défaite aux Français. Ces derniers comptent 5000 à 6000 morts, et nombre de prisonniers sont massacrés. Deux Armagnacs, Charles d’Orléans et Jean de Bourbon, sont capturés. Charles d’Albret est tué. Après Crécy en 1346, après Poitiers en 1356, la chevalerie française se fracasse une nouvelle fois sur la puissance des archers anglais. 

La roue tourne en faveur des Anglais. L’empereur Sigismond, médiateur du conflit, s’unie à l’Angleterre contre la France par le traité de Canterbury le 15 août 1416. Jean sans Peur reconnaît octobre Henri V comme le roi de France de droit (Contamine 2012, p.83).

 

Changement de stratégie de conquête

Presque deux ans après Azincourt, les Anglais débarquent en août 1417 avec 10 000 hommes pour conquérir la Normandie. Henri V change de méthode : il veut conquérir méthodiquement chaque place pour s’assurer le contrôle durable des territoires. C’est la fin des chevauchées. Il prend rapidement Caen, Alençon, Cherbourg et Évreux.

Les Armagnacs forment un parti affaibli après la bataille d’Azincourt. Ils sont alors représentés par Bernard d’Armagnac et le dauphin, dernier fils de Charles VI après la mort de Louis de Guyenne en 1415, le futur Charles VII. Il est alors lieutenant général du roi. Isabeau de Bavière exilée se rapproche de Jean sans Peur.

À Troyes, Jean sans Peur et Isabeau de Bavière créent un gouvernement opposé à celui des Armagnacs. Le Bourguignon entre à Paris en juillet 1418, avec le tueur Capeluche. Ils se livrent à des massacres, dont Bernard d’Armagnac est une victime. Le dauphin est sauvé par des officiers fidèles et se replie sur le Berry.

Le duc de Bourgnogne, au pouvoir à Paris, ne réagit pas face à l’entreprise de conquête de Henri V. Rouen tombe en janvier 1419, finalisant la conquête de la Normandie. Pontoise se rend le 31 juillet.

 

L’assassinat de Jean sans Peur

la guerre de cent ans

L’assassinat de Jean sans Peur | La guerre de Cent Ans

Devant la menace, le duc de Bourgogne et le dauphin Charles se rencontrent à Corbeil et Montereau (Seine-et-Marne). Dans cette dernière ville, Jean sans Peur est assassiné le 10 septembre 1419 par Tanguy du Châtel, un fidèle du dauphin.

Le successeur de Jean sans Peur, Philippe le Bon (1419 – 1467), se rallie au roi d’Angleterre. Il consolide ainsi sa position de prince vengeur et son influence sur le royaume (Contamine 2012, p.85.). La bourgeoisie parisienne et les conseillers de la couronne sont favorables au déshéritement du dauphin, la peur d’un siège aidant.

 

Le traité de Troyes

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Conclu le 21 mai 1420, le traité de Troyes stipule que Charles VI reste roi jusqu’à sa mort. Mais Henri V épouse la fille de Charles VI, Catherine, et devient ainsi le fils du roi et l’hériter de France (Contamine 2012, p.86.).

Henri V règnerait donc en union personnelle sur les royaumes de France et d’Angleterre. Le second n’absorbe pas le premier. Le roi d’Angleterre remplace seulement les Valois, sans changer les habitudes et institutions. Le traité est approuvé par l’université de Paris.

Le traité précise en outre que Henri V est régent. Il conserve aussi la Normandie à titre personnel.

Le dauphin Charles est considéré comme un usurpateur doublé d’un criminel, coupable du meurtre de Jean sans Peur. Son arrestation relève donc d’une opération de police.

L’Angleterre est alors maîtresse de la Guyenne, de Calais et ses marches, de la Normandie, du Maine, de l’Île-de-France, du Pays Chartrain, de la Champagne et de la Picardie. La Bourgogne de Philippe le Bon règne sur les comtés de Flandre, de Boulogne, d’Artois, de Rethel, de Nevers, de Charolais, de Mâcon, de Namur, de Hainaut, de Hollande et de la Zélande.

 

Le roi de Bourges

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Charles VII | Wikimedia Commons | La guerre de Cent Ans

Charles VII, qui règne depuis Bourges, capitale du Berry, conteste le traité. Roi depuis la mort de Charles VI le 21 octobre 1422, ses juristes avancent que le roi Charles VI n’est pas propriétaire, mais son dépositaire et que, fou, il ne peut pas traiter. Le parti du dauphin tient encore le centre et le sud du royaume.

Ils dispose en outre de l’alliance traditionnelle avec l’Écosse, et l’alliance de la Castille. Ses appuis sont solides dans les grandes maisons (Orléans, Bourbons, Foix…). Mais le contrôle royal sur ses territoires est variable, les ressources manquent, et l’armée vit parfois de razzias quand les soldes ne sont pas payées. En 1429-1430, par exemple, il faut faire la guerre sans argent.

 

La poursuite de la conquête

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Henri VI | La guerre de Cent Ans

Henri V meurt le 21 août 1422. Le fils de Henri V et de Catherine de Valois monte sur les trônes d’Angleterre et de France sous le nom d’Henri VI ( 1422 – 1461 pour l’Angleterre, 1422 – 1453 pour la France). Il règne en union personnelle sur une « double-monarchie ».

Le duc de Bedford prend la régence pour Henri VI. Il cherche un appui en Philippe le Bon, toutefois mécontenté par le second rôle qui lui est imparti dans cette nouvelle configuration du royaume, ainsi qu’en Jean V de Bretagne (1399 – 1442).

La guerre reprend. L’armée coalisée anglo-bourguignonne vainc les Français à Cravant le 30 juillet 1423. Le 26 septembre de la même année, c’est au tour des Français de vaincre, à la bataille de La Gravelle.

Cependant, à la bataille de Verneuil le 17 août 1424, les Français subissent une grave défaite au cours de laquelle ils perdent leurs deux commandants.

Le duc de Bedford de poursuivre la conquête par l’Orléanais. Le 12 octobre 1428, le siège d’Orléans commence. 

 

Jeanne d’Arc


Carte de France en 1435

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Carte de la situation en 1435 | Wikimedia Commons | La guerre de Cent Ans

 

Situation anglaise

L’Angleterre est incapable de fournir un soutien effectif à la conquête de la France. En plus d’être menacée par l’Écosse, le principe de l’union personnelle prescrit que les ressources françaises doivent subvenir aux besoins de la conquête. C’est effectivement le cas, même si la plupart des soldats sont anglais. Malheureusement pour Henri VI, seule la Normandie est en mesure de fournir des ressources fiscales importantes.

Jean V de Bretagne n’est pas non plus en mesure d’apporter une aide substantielle. Philippe le Bon, mécontent de sa situation, et qui n’a plus aucun gain territorial à attendre, n’a pas d’intérêt à aider les Anglais. Il se soucie avant des territoires du domaine royal dont il a l’administration, la Picardie et la Champagne (Contamine 2012, p.90).

L’armée du duc de Bedford est peu nombreuse, environ 3500 hommes, mais bien équipée, disciplinée et contrôlée. Si on lui ajoute les diverses garnisons présentes sur le territoire acquis aux Anglais, les effectifs montent à 8000 hommes.

Ces limites, en hommes et en ressources, font que la conquête est lente. Toutefois, le duc de Bedford parvient à soumettre le Maine.

 

La journée des Harengs

Journée des Harengs

La journée des Harengs | Wikimedia Commons | La guerre de Cent Ans

L’un des commandants anglais, le comte de Salisbury, est tué au début du siège d’Orléans. Mais John Talbot arrive avec des renforts qui permettent aux Anglais d’enserrer la ville dans une réseau de bastilles. À Rouvray, le 12 février 1429, des Français sont battus en interceptant un convoi de vivres destinés aux soldats anglais (de là le surnom de journée des Harengs ou bataille des Harengs).

Après cet échec, la population d’Orléans s’offre au duc de Bourgogne. Mais les Anglais refusent. Philippe le Bon retire alors ses troupes.

 

Jeanne d’Arc à Orléans

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Jeanne d’Arc à Orléans par Jules Lenepveu | Wikimedia Commons | La guerre de Cent Ans

Jeanne d’Arc arrive à Chinon fin février ou début mars 1429. Là, elle est autorisée à rencontrer Charles VII qu’elle convainc de l’équiper. Une enquête théologique conclut à l’orthodoxie de ses voix.

Elle quitte Blois le 28 avril après avoir sommé ses adversaires de « rendre France » (Contamine 2012, p.93 – 94) au nom du « roi de France ». Le 29, Jeanne d’Arc est dans Orléans. Le 3 mai, d’autres secours français arrivent.

Une sortie est décidée, au cours de laquelle trois bastilles sont prises. Le 8 mai, les Anglais lèvent le siège.

 

Bataille de Patay et sacre de Charles VII

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Jeanne d’Arc à la bataille de Patay (fresque de la Basilique de Domrémy) | La guerre de Cent Ans

Orléans délivrée de ce siège, les Français prennent Jargeau le 12 juin 1429, Meung le 14, Beaugency le 16. Le 18 juin, à la bataille de Patay, les Français, commandés entre autres par La Hire, infligent une lourde défaite aux Anglais qui perdent de nombreux hommes et certains de leurs commandants comme John Talbot, fait prisonnier.

Charles VII peut gagner Reims où il est sacré et couronné le 17 juillet 1429. Jeanne d’Arc dit alors à Charles VII :

Gentil roi, or est exécuté le plaisir de Dieu qui voulait que levasse le siège d’Orléans et que emmenasse en cette cité de Reims recevoir votre Saint Sacre, en montrant que vous êtes vrai roi et celui auquel le royaume de France doit appartenir (Contamine 2012, p.94).

 

Jeanne d’Arc au bûcher

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Jeanne d’Arc au bûcher | Wikimedia Commons | La guerre de Cent Ans

Laon, Soissons et Compiègne sont prises. Toutefois, le 8 septembre, Paris résiste à un assaut.

À l’hiver 1429, Jeanne d’Arc s’empare de Saint-Pierre-le-Moûtier (Nièvre) avant d’échouer devant la Charité-sur-Loire. Charles VII ne la soutient pas. Il décide de limiter les efforts pour assurer ses reconquêtes.

Le 23 mai 1430, à Compiègne, Jeanne d’Arc est faite prisonnière. Vendue 10 000 livres aux Anglais par Jean de Luxembourg, elle est jugée à Rouen par un tribunal d’Inquisition présidé par l’évêque de Beauvais Pierre Cauchon. À l’issue de son procès débuté le 21 février 1431, elle est condamnée comme « hérétique, relapse, apostate et idolâtre » (Contamine 2012, p. 95), livrée aux Anglais puis brulée le 30 mai 1431.

 

Sacre de Henri VI à Notre-Dame de Paris

Le duc de Bedford tente de contre-attaquer. Pour intéresser Philippe le Bon au conflit, il lui cède la Champagne et le Brie. Sans succès. En effet, le cardinal Albergati, légat du pape Eugène IV, fait conclure le 13 décembre 1431 une trêve de six ans entre Charles VII et Philippe le Bon.

Le 16 décembre, Henri VI est sacré roi de France à Notre-Dame de Paris.

 

Le traité d’Arras

En 1432, un complot visant à livrer Rouen aux Français rate de peu. Le pays de Caux se soulève contre la domination anglaise en 1434.

Le connétable de Richemont, le futur Arthur III de Bretagne ( 1457 – 1458), favorable au rapprochement avec les Bourguignons, est mis aux affaires par Charles VII au dépends de Georges de la Trémoille. Anne de Bourgogne, femme du duc de Bedford et soeur de Philippe le Bon, meurt le le 14 novembre 1432. Rien n’empêche plus une alliance entre le roi de France et le duc de Bourgogne, essentielle pour achever la conquête.

Charles VII désavoue le meurtre de Jean sans Peur, punit les coupables, verse une indemnité à Philippe le Bon, et lui cède de nombreuses terres par le traité d’Arras de 1435, qui sont déjà possédées de fait par le duc. Le duc de Bourgogne, le plus puissant des princes français, reconnaît Charles VII comme le roi de France légitime.

 

La fin de la guerre de Cent Ans


Le 13 avril 1436, le connétable de Richemont entre dans Paris.

 

Expédition punitive anglaise

Philippe le Bon assiège Calais pour répondre aux menaces anglaises contre lui. Mais, ne disposant pas d’une flotte puissante, il ne peut contrer le ravitaillement de la ville et lève le siège en 1436. Les renforts anglais ravagent la Flandre.

Après cet échec, le duc de Bourgogne se tient à l’écart des combats de la guerre de Cent Ans.

 

Succès français

Charles VII parvient d’abord en 1440 à contrer une coalition de princes, dont son propre fils le dauphin Louis, contre la centralisation monarchique. Des campagnes se déroulent dans le Poitou et l’Auvergne.

En 1411, John Talbot perd Creil et Pontoise. En 1412, c’est au tour de Saint-Sever et Dax de tomber. La contre-attaque du duc de Sommerset en Normandie en 1443 échoue.

La montée en puissance de William de La Pole entraîne la négociation d’une trêve à Tours partant du 28 mai au 1445 au 1er avril 1446.

 

Réformes militaires françaises à la fin de la guerre de Cent Ans

Les ordonnances de Nancy de février 1445 réforment les finances et l’armée du royaume. Les effectifs sont réduits et placés sous la direction d’une vingtaine de capitaines sous les ordres directs du roi (Contamine 2012, p.107). On forme des unités, composées de lances fournies, elles-mêmes composées d’un homme d’armes, d’un auxiliaire armé (coutilier) et de deux archers, tous montés.

À partir de 1446 – 1447, le royaume dispose d’environ 7000 combattants à cheval répartis dans tout le royaume. Ces hommes sont ravitaillés et soldés par les populations locales.

En 1448, on décide que les non-nobles fourniront un combattant par paroisse, qui doit se battre pour le roi avec un arc ou une arbalète. C’est la milice des « francs-archers » qui constitue une infanterie de réserve de plusieurs milliers d’hommes.

Enfin, sous la direction de Jean et Gaspard Bureau, des bandes d’artillerie de campagne sont constituées pour les sièges des places et les batailles rangées.

 

Reconquête de la Normandie

La France est prête à la guerre.

En 1448, le Mans est occupé. Le duc de Bretagne François Ier (1442 – 1450), francophile et soutien de Charles VII, voit son château de Fougères attaqué par François de Surienne. Les Français répliquent. Ils prennent Louviers, Pont-de-l’Arche, Conches et Verneuil.

La conquête de la Normandie s’étend d’août 1449 et août 1450. Trois corps marchent sur le duché. Les Anglais se rendent à Rouen le 4 novembre devant les forces de Charles VII. Les Français prennent ensuite Harfleur puis Honfleur.

Thomas de Kyriel débarque le 15 mars 1450 à Cherbourg avec une armée de secours. Ses troupes sont écrasée à la bataille de Formigny le 15 avril.

Caen est prise le 1er juillet et Cherbourg le 12 août.

 

Bataille de Castillon et reconquête de la Guyenne

William de La Pole perd en popularité devant ces défaites. Il est assassiné en mai 1450.

Les Anglais subissent en outre une révolte de paysans, de clercs et de nobles pauvres dirigée par Jack Cade, qui est écrasée en Juillet. Cette révolte empêche toutefois les Anglais de sauver Bergerac. La ville est prise par les Français, qui conquièrent ensuite Bordeaux le 23 juin 1451, et Bayonne le 19 août.

Les Bordelais se révoltent et ouvrent leurs portes à John Talbot qui reprend plusieurs places. Mais il est battu et tué à la bataille de Castillon le 17 juillet 1453. Bordeaux se rend définitivement le 19 octobre.

Henri VI perd la raison. L’Angleterre entre en guerre civile en août 1453.

 

Bibliographie


Christopher Allmand, La  Guerre de Cent Ans, Points, 2015, 324 p.

Boris Bove, Le Temps de la guerre de Cent Ans

Contamine Philippe, La Guerre de Cent Ans, PUF, 2012, 128 p.

Adrian

https://www.laculturegenerale.com

7 réponses

  1. HALLIER dit :

    Odyssée passionnante, faite d’ententes et de trahisons par des hommes a priori peu soucieux des droits de l’homme ni même de la tenue de leurs promesses ou engagements.
    Epoque sans aucun doute difficile à vivre pour le menu peuple d’alors, sûrement victime de meurtres et vandalismes éhontés. Quelle chance avons-nous, somme toute, de vivre une époque de vandalisme financier et politique dénuée cependant – ou presque – de crimes de sang !

  2. De vera dit :

    Je dit moi super bien et j’ai tout compris et tout se que sais
    Est voilà

  3. Phil dit :

    « Bretagne de langue française »
    L’Est de la Bretagne parlait Gallo

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