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« Malgré que » : est-ce une faute ?

Publié le 15/01/2019
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Peut-on dire « malgré que » ? Oui et non. La condamnation de cette locution n’est pas absolue. Suivie par un nom ou d’un pronom, elle est considérée comme fautive par le Littré (un dictionnaire du XIXe siècle). L’Académie française  ne la condamne pas, mais recommande de l’éviter. Le Larousse évoque les critiques qu’elle suscite chez les puristes, et recommande d’éviter son emploi dans un cadre soutenu. La condamnation de cette locution n’est pas non plus unanime. En effet, certains grammairiens la considèrent comme correcte (Hanse ou Martin Riegel). De nombreux écrivains, recensés par Le Bon Usage, en ont en outre fait usage, ce qui lui donne une légitimité littéraire.

Exemples avec « malgré que » 

  • […] car, malgré que je fusse mal satisfait de mon arrestation, il y mit de la courtoisie […] (Vigny, Cinq-Mars)
  • Malgré que j’aie toujours étouffé dans mon cœur le patriotisme exagéré. (Baudelaire, Art romanique)
  • Pourquoi l’homme d’esprit aime les filles plus que les femmes du monde, malgré qu’elles soient également bêtes ? À trouver. (Œuvres posthumes, Journaux intimes)
  • L’air brûlait malgré qu’onfût au déclin de la saison (Daudet, Tartarin sur les Alpes)
  • Si, malgré que je ne le puisse imaginer, vos cheveux ont blanchi, Clémentine, portez dignement le trousseau de clefs que Noël Alexandre vous a confié et enseignez à vos petits-enfants les vertus domestiques ! (France, Le Crime de Sylvestre Bonnard)
  • Je ne vivais que dans l’espoir de la voir, et quand elle était partie, malgré que je lui promettais toujours d’être raisonnable, je tombais dans un si morne désespoir que, chaque fois, on craignait pour ma santé. (Leroux, Le Parfum de la dame en noir)
  • […] jamais Noé ne put si bien voir le monde que de l’arche, malgré qu’elle fût close et qu’il fît nuit sur la terre. (Proust, Note sur Les Plaisirs et les Jours)
  • Et malgré qu’une partie de moi-même, toujours larmoyante, résistât […] (Barrès, Le Culte du moi)
  • Mon cousin Albert Démarest – pour qui je ressentais déjà une sympathie des plus vives, malgré qu’il eût vingt ans de plus que moi […] (Gide, Si le grain ne meurt)
  • Malgré qu’il ait obtenu tous les prix de sa classe. (Mauriac, Robe prétexte)
  • Elle vit Jacques d’un mauvais œil, malgré que de son côté elle trompât Lazare avec un peintre (Cocteau, Le Grand Écart)

Il est à noter que Mauriac, Cocteau, France, Barrès et Vigny ont été académiciensMalgré ces soutiens prestigieux, cette locution est surtout employée, aujourd’hui, dans la langue familière, et peut être probablement considéré comme un marqueur populaire. S’il n’y a rien d’infamant en soi à dire « malgré que », d’autant que cette tournure semble avoir les faveurs de l’usage oral où elle se diffuse, son emploi pourra être pris pour une faute ou un défaut d’instruction dans des contextes formels. Les auteurs et journaux d’aujourd’hui évitent son emploi.

On pourrait donc suivre l’Académie en déconseillant l’usage de cette locution, au moins à l’écrit, dans les dissertations, les copies de concours ou les courriels par exemple, sauf si l’on souhaite, bien sûr, en faire la promotion pour la rétablir dans ses droits, à ses risques et périls. Internet semble être un terrain plus propice à ce genre de campagne.

Malgré que j’en aie

Cette tournure (ou « malgré qu’il en ait ») est considérée comme correcte par le Littré, qui condamne les autres emplois de cette locution. Cette locution signifie  « à son corps défendant, à contre-cœur ». Elle n’est plus employée aujourd’hui. Exemple : « Eh bien, mon pays, m’en voulez-vous encore ? me dit-elle. Il faut bien que je vous aime, malgré que j’en aie, car, depuis que vous m’avez quittée, je ne sais ce que j’ai. » (Mérimée, Carmen)

Synonymes

Bien que, quoique, encore que, nonobstant que, malgré le fait que.