« À bon entendeur, salut ! » signifie : que celui qui a compris en tire profit, que celui qui a compris en tire les conséquences, que celui qui est menacé ou averti comprenne bien. Cette formule permet de signaler qu’il y a un message caché dans un discours et de pousser l’autre à réagir. Elle peut aussi signaler des menaces voilées. Elle sert notamment à terminer emphatiquement un discours qui contient des avertissements ou des menaces. Elle permet de souligner la demande du locuteur de changer le cours des choses, au risque de voir de sombres prévisions se réaliser, ou les auteurs des menaces réaliser leurs projets. Exemple : 

  • Certaines personnes ici ont décidé malicieusement de mettre en échec tous les projets d’intérêt général de la mairie. Cela ne pourra rester sans réponse de notre part. À bon entendeur, salut !
  • Cette lettre anonyme se concluait sur cette terrible sentence : « à bon entendeur, salut ! ». Seulement, le message de la lettre était si confus qu’on ne savait ce que l’on devait entendre.

 

À bon entendeur, salut ! : origine de l’expression


« Entendeur » signifie ici « celui qui comprend ». Cette expression apparaît au milieu du XVIIe siècle.

[…] je tiray un escu d’or que je monstray au Geollier, en luy disant qu j’avais un mot à luy dire en secret, il vint incontinent au leucre : Je suis homme que sçais connaistre une courtoisie : à bon entendeur salut, luy dis je.

L’aventurier Buscon, Histoire facecieuse, 1641

Mais tout homme vrayment Romain
Doit de la teste & de la main
Aller droit dans le ministere,
Et s’il s’en acquitte au contraire
Que. Le vieillard tout court se tut ;
Car à bon entendeur, salut ;

Scarron, Le Virgile travesti, 1648

Cette expression est peut-être une allusion biblique. Dans l’Évangile selon Matthieu, au chapitre XIII, Jésus explique son usage des paraboles, qui lui permettent de parler à mots couverts, afin « qu’entende celui qui a des oreilles ! ». Mais l’expression semble plutôt être une reprise d’expressions plus anciennes : « à bon entendeur ne faut qu’un mot », « à bon entendeur ne faut qu’une parole » (voir ici) ou « à bon entendeur, demy mot » ou « à bon entendeur, bref parleur » (voir ici).