« Autant pour moi » ou « au temps pour moi » ?

On écrit : au temps pour moi.

« Au temps pour moi » signifie que l’on admet son erreur, on reconnaît sa responsabilité, et que l’on est prêt à reprendre les choses depuis leur début. Cette phrase averbale (phrase sans verbe, comme « Silence ! » ou « En joue ! » ) est familière : il faut la réserver au langage oral.

 

Exemples avec « au temps pour moi »


au temps pour moi expression ecrire

Les Cosaques zaporogues écrivant une lettre au sultan de Turquie, Ilia Répine, 1891 (détail)

Quoi ? On écrit notamment avec deux « m » ? Au temps pour moi

Cette fille n’est pas Zoé ? Au temps pour moi ! 

 

Qui de quatre-vingt-sept ôte six reste…ne me le dites pas…Faut que j’y arrive…Reste quatre-vingt-huit…Je vas recommencer. Au temps pour moi, j’mai gouré.

Feuilleton de Henri Duvernois dans Le Journal, 1914

 

« Cessez le feu ! Au temps ! Au temps pour moi !… »

Genevoix, Sous Verdun

 

« Il avait fait une erreur dans un raisonnement délicat et il avait dit gaiement : « Au temps pour moi. » C’était une expression qu’il tenait de M.Fleurier et qui l’amusait.

Sartre, Le Mur

« Autant pour moi » n’est pas pour autant une phrase incorrecte. Elle signifie simplement que l’on souhaite avoir la même chose que quelqu’un d’autre. Cette expression n’est cependant pas usuelle. 

 

« Au temps pour moi » : origine de l’expression


« Au temps pour moi » est une expression populaire dont il est impossible de retrouver l’origine. Elle pourrait venir du jargon militaire : la locution « au temps » était utilisée pour commander la reprise d’un mouvement pendant les exercices (notamment l’expression « au temps pour les crosses », qui ordonnait de recommencer le maniement des armes quand le bruit des crosses qui frappent les paumes n’a pas été synchrone).

Les mains enveloppées dans de larges gants de feutre pour ne pas faire de bruit en marchant, les hommes se suivaient silencieusement un à un, l’arme à la main, l’angoisse au cœur, dans la grande forêt noire que coupent en droite ligne les innombrables lacets de la route nationale d’Ispania-le-Château à Terrier-du-Loir.

– Halte ! commanda brusquement une voix étouffée.

– Sacs à terre ! 

– Formez sceaux !

Puis la voix reprit tout aussitôt : 

– Non, au temps pour moi ! sac aux dos ! et le régiment reprit silencieusement sa marche sous bois. 

[…]

Feuilleton publié dans L’Auto-Vélo, 1903

Le temps est le « moment précis pendant lequel il faut faire certains mouvements qui sont distingués et séparés par des pauses. » (Le Français correct : guide pratique des difficultés). L’italien possède l’équivalent « Al tempo ! ».

Exemples

Recommencez-moi ce mouvement-là en le décomposant. Au temps ! Au temps ! Je vous dis que ce n’est pas ça ! Nom de nom, La Guillaumette, voulez-vous mettre plus d’écart entre le premier temps et le second !

Courteline, Train 8h47

 

Au temps ! crie Brague. Tu l’as encore raté, ton mouvement ! En voilà une répétition à la mordsmoilejonc !

Colette, La Vagabonde

L’expression pourrait aussi avoir une origine musicale : « le temps » serait le temps du chef d’orchestre que les musiciens doivent suivre. 

Cette explication n’est cependant qu’hypothétique. Le fait que l’origine militaire de «au temps pour moi » ait été oubliée aujourd’hui pourrait expliquer la confusion entre « au temps » et « autant ».

 

Un débat avec « autant pour moi »


Selon l’Académie française, « autant pour moi est courante aujourd’hui, mais rien ne la justifie ». Cette position est suivie par le Le Petit Robert et le Grevisse

Toutefois, l’écrivain Claude Duneton, dans un article du Figaro littéraire du 18 décembre 2003, conteste le choix en faveur de « au temps pour moi » pour lui préférer « autant pour moi ». En effet, il critique l’explication de l’origine de la graphie « au temps pour moi » :

L’ennui c’est qu’il s’agit d’une information complètement fantaisiste, une pure construction de l’esprit, justement.

On ne trouve nulle part cette histoire imaginaire de commandement « Au temps ! », ni à l’armée (qui a pourtant donné « En deux temps trois mouvements ») , ni dans les salles de gym. Et surtout pas chez les chefs d’orchestre : des musiciens qui travaillent reprennent à telle mesure, pas au « temps », c’est saugrenu !

La graphie « autant pour moi », qui est selon lui une locution elliptique de modestie (« avec un brin d’autodérision ») signifierait « Je ne suis pas meilleur qu’un autre, j’ai autant d’erreurs que vous à mon service : autant pour moi ! »

En outre, il avance avoir trouvé l’expression « autant pour le brodeur » dans un ouvrage d’Antoine Oudin de 1640, Curiositez françoises pour supplément aux dictionnaires, qui signifie, selon le Littré, qu’on n’ajoute aucune foi à un récit. 

Grevisse a émis l’hypothèse que « au temps » pourrait être une dérivation de « autant ». Pour André Thérive, « au temps » pourrait être un substitut pédantesque de « autant » (Querelles de langage).

Toutefois, on trouve « au temps pour moi » dès la fin du XIXe siècle, ce qui n’est pas le cas de « autant ». 

Très grave ; cas de conseil !!! D’ailleurs, au temps pour moi : maladresse !

La Caricature, 1892

Enfin, Bernard Cerquignlini note dans ses Petites chroniques du français comme on l’aime (2012) que la graphie « au temps » tend à disparaître au profit de autant (et donc « autant en emporte le vent ! » ). 

Adrian

https://www.laculturegenerale.com

8 réponses

  1. Solande D. dit :

    Remplacer: « – Formez sceaux » par « Formez les faisceaux » !

    (faisceaux qui étaient formés en regroupant les fusils par trois)

  2. j’ai lu avec intérêt la distinction des locutions – au temps pour moi et autant pour moi .
    je préfère de loin  » autant pour moi » et pensais qu’au temps pour moi était une erreur commune de traduction des romans américains
    Bref merci

  3. Frank O'Meara dit :

    Comme le pianiste dans le film « Les Choristes », qui s’excuse de son erreur en disant « Au temps pour moi » que tout le monde imaginait s’écrit « Autant pour moi », je crois à son origine musicale. Récemment j’ai vu une photo d’un essaim d’abeilles, que je croyais des grosses mouches piqueuses – et j’ai inventé : « Aux taons pour moi ! »

  4. Salanelle dit :

    Ancien.militaire, j’ai enseigné le maniement d’armes pour les mouvements de parade appelé s « ordre serré ». Pour obtenir des mouvements synchronisés nous faisions compter les temps.

    Ainsi en réponse au commandement, les soldats comptaient 4-1-2 pour un « présentez, armes ! », 4-1-2-3 pour le « reposez, armes ». Des milliers de gens doivent s’en souvenir !
    Quand par exemple le bruit des crosses tapant au sol à la fin du reposez,armes roulait faute de synchro, le chef pour commenter disait « au temps pour les crosses » et faisait refaire. C’était répété partout et fréquemment , et donc devenu un tic verbal pour certains.
    Du coup, quand le chef se trompait dans un commandement ou une explication il s’excusait en disant  » au temps pour moi » .

    Voulait il dire « autant pour moi » ???? Il leboensait peut-être mais l’expression vient bel et bien de l’exercice militaire.

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