« Ce qui se passe » ou « ce qu’il se passe » ?

On écrit : « ce qui se passe » ou « ce qu’il se passe ». Les deux formes sont acceptées et elles sont interchangeables. À l’oral, elles tendent à se confondre.

Toutefois, « ce qui se passe » est la forme employée par le Le Bon Usage (14 édition), par le Dictionnaire de l’Académie française (« Voilà ce qui se passe quand on manque de jugement. », 9e édition), et semble être la forme la plus employée par la tradition. Ce google n-gram révèle que « ce qu’il se passe » est une forme qui se développe depuis peu. Gallica renvoie en outre seulement 1299 pour la tournure impersonnelle contre 93 747 pour la tournure personnelle. Les exemples anciens avec « ce qu’il se passe » sont rares.

 

Exemples


Je vais être obligé d’écrire d’un côté au gouvernement tout ce qui se passe…

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe

 

— Robespierre, je sais ce que vous dites à Saint-Just, comme je sais ce que Danton dit à Lacroix ; comme je sais ce qui se passe quai des Théatins, à l’hôtel de Labriffe, repaire où se rendent les nymphes de l’émigration

Hugo, Quatrevingt-treize

 

Tour d’horizon, en carte, de ce qu’il se passe à l’étranger.

Lesechos.fr

 

La situation narrative nous permet de comprendre ce qu’il se passe dans ce lieu de mort, quels sont les enjeux dans le rapport à soi, aux autres, aux morts, et ce qui se joue dans l’identité humaine.

Johann Chapoutot, Comprendre le nazisme

 

Explication


Au fond, il n’y a pas de différence de sens entre les deux formes. Il n’y a qu’une différence de structure.

En effet, le verbe « se passer » peut être employé autant dans une tournure dite « personnelle »ce qui se passe ») qu’une tournure « impersonnelle »ce qu’il se passe »). Dans une tournure impersonnelle, le verbe se construit avec « il » (autre exemple : il pleut).

Dans le premier cas, le pronom relatif « qui » est le sujet du verbe « passer ». Il reprend « ce » (son antécédent).

Ce qui se passe -> « Ce » (un événement, une situation, etc.) se passe.

 

Dans le second cas, le pronom personnel « il » est ce que l’on nomme un « sujet apparent » : il sert grammaticalement de sujet, mais ce n’est pas lui le vrai sujet, il ne remplace aucun nom, parce que l’information manque. Le vrai sujet, le « sujet réel » est le pronom relatif « que », élidé devant « il » en « qu’ » (ce qui donne « qu’il »). Ce pronom relatif « que » reprend « ce » (son antécédent). Il a le rôle grammatical d’un complément d’objet direct (COD), mais c’est est en réalité le sujet réel.

Ce qu’il se passe -> Il se passe « ce » (un événement, une situation, etc.)
« Ce » a dans cette phrase la fonction grammaticale de COD, mais « ce » est le sujet réel du verbe se passer.

Dans les deux cas, personnel ou impersonnel, c’est « ce » qui se passe.

 

À l’oral


Les deux formes tendent à se confondre dans le parler de tous les jours : on dit fréquemment [kes ce ki spasse ].

 

Le cas est le même…


…pour des verbes comme « arriver », « pouvoir » ou « convenir », qui peuvent être employés à la forme personnelle ou impersonnelle.

Adrian

https://www.laculturegenerale.com

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