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« En ruine » ou « en ruines » ? (orthographe)

Publié le 30/10/2021
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On écrit : « en ruine » ou « en ruines ». Le pluriel est presque aussi courant que le singulier. Selon Girodet (Dictionnaire Bordas des difficultés de la langue française), cette locution est toujours au singulier dans « tomber ou être en ruine », mais cela ne se vérifie pas dans l’usage. Le singulier, emprunté au latin ruina, renvoie plutôt à l’effondrement d’une chose, sa destruction partielle et, au figuré, au déclin ou à la désagrégation de quelqu’un ou quelque chose. Le pluriel (ruinae) évoque plus concrètement les décombres de quelque chose. On emploie plus souvent la locution « en ruines » à propos des décombres d’un bâtiment. De là l’usage courant du pluriel, qui évoque plus directement ces décombres.

Une recherche n-gram montre que le pluriel apparaît au XVIIIe siècle et s’impose un temps (du fait, peut-être, du goût romantique pour les ruines), avant d’être de nouveau concurrencé par le singulier au XXe.

À LIRE ICI : des « après-midis » ou « après-midi » ?

Exemples avec « en ruine(s) » au singulier et au pluriel

Au singulier

En sortant du couvent, nous nous rendîmes à la citadelle. On ne permettait autrefois à personne de le visiter : aujourd’hui qu’elle est en ruine, on y entre pour quelques piastres. 

Chateaubriand, Itinéraire de Paris à Jérusalem

L’illusion rétrospective est en miettes ; martyre, salut, immortalité, tout se délabre, l’édifice tombe en ruine […]

Sartre, Les Mots 

Comme ces Comédiens-Errants du Grand Siècle qui arrivaient sous une pluie battante dans la cour de châteaux en ruine […]

Perec, La Vie mode d’emploi

Au pluriel :

En se débattant à sa naissance sous les crêpes du deuil, cet amour n’en était d’ailleurs que mieux en harmonie avec la simplicité provinciale de cette maison en ruines.

Balzac, Eugénie Grandet 

Mon père, monsieur, était un pauvre gentilhomme limousin, qui possédait, pour tout bien, un pigeonnier en ruines, un verger sauvage et un bouquet de châtaigniers. 

France, Les Dieux ont soif

Car il y a une chose dans ce monde où tout s’use, où tout périt, une chose qui tombe en ruines, qui se détruit encore plus complètement […]

Proust, Albertine disparue