Des « après-midis » ou « après-midi » ? Le pluriel

Les deux formes du pluriel sont admises : des « après-midi » ou « après-midis ».

Cependant, selon la tradition, « après-midi » ne prenait pas de « s » au pluriel. 

Ce terme était invariable. 

On y passe des après-midi entières à arrêter la forme d’une jupe. 

Zola, La Curée, 1871

À lire ici : « une après-midi » ou « un après-midi » ?

Cette forme de l’orthographe pouvait paraître paradoxale car, en règle générale, dans le cas d’un nom composé d’un mot invariable (ici, la préposition « après ») et d’un nom (ici, « midi »), le nom prend la marque du pluriel. Exemples : des en-têtes, des contre-attaques, des haut-parleurs, des non-lieux, etc.

L’argument pour l’invariabilité de midi était qu’il n’existe qu’un seul midi de référence, c’est-à-dire le milieu du jour ou, en dans le langage de la science, le moment où commence le jour astronomique. On pourrait rétorquer que ce moment se produit certes une fois par jour, mais qu’il en existe plusieurs si l’on prend en compte plusieurs jours. Il peut donc y avoir plusieurs midis donc plusieurs après-midis. 

L’invariabilité avait aussi pour elle la force de la tradition : le fait que l’on trouvait surtout, et dans les textes les plus célèbres, « des après-midi » au pluriel sans « s », établissait une graphie unique et claire pour les usagers, libres de ne pas hésiter. 

Les rectifications de l’orthographe recommandée en 1990 par le Conseil supérieur de la langue française (CSLF) ont donné une légitimité au pluriel « après-midis », formé selon une règle unique de formation du pluriel des noms composés d’une préposition et d’un nom.

On trouve ce pluriel, plus anciennement, dans quelques textes :

[…] toutes ces formes diverses d’une poésie où mon esprit aspire, cet jet d’eau comme ces légendes du rossignol et de la rose, comme ces lourds après-midis de soleil…

Barrès, Un Voyage à Sparte, 1905

 

[…] d’aussi délicieux que pourrait être pour une humanité dont la vie se serait toujours écoulée dans des fins d’après-midis d’hiver, cette merveille inconnue : une matinée de printemps.

Proust, Du Côté de chez Swann, 1913 (première édition ?)

 

Lorsque l’on parle des « après-midi(s) » d’un jour de la semaine, par exemple « les samedis après-midi(s) », on peut soit choisir le singulier si l’on considère que cette expression équivaut à « les samedis dans l’après-midi », soit le pluriel si l’on considère qu’elle vaut pour « les après-midi(s) des samedis » (si l’on est partisan du « s » à après-midi).

À lire ici : « les lundis soirs » ou les « lundis soir » ?

Adrian

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