Les présidents de la 5e République

Vous trouverez dans cet article une présentation succincte de chacun des 8 présidents de la Ve République française.

  • Charles de Gaulle (1959 – 1969)
  • Georges Pompidou (1969 – 1974)
  • Valéry Giscard d’Estaing (1974 – 1981)
  • François Mitterrand (1981 – 1995)
  • Jacques Chirac (1995 – 2007)
  • Nicolas Sarkozy (2007 – 2012)
  • François Hollande (2012 – 2017)
  • Emmanuel Macron (2017 -)

presidents ve république

En France, depuis l’adoption de la Constitution de la Ve République en 1958, et a fortiori depuis son élection au suffrage universel direct (votée par referendum en 1962), le président de la République est, selon l’expression consacrée, la « clé de voûte » des institutions.

Seul élu de la nation entière, pour un mandat de cinq ans, le président de la République a pour rôle, selon l’article 5 de la Constitution, de veiller :

[…] au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l’État.

Il est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire et du respect des traités.

Le président de la République est en outre chef des armées (art.15) et dispose de pouvoirs spéciaux en cas de crise (art. 16). Enfin, il jouit d’un large « domaine réservé » : les affaires étrangères. Le rôle du président dans la politique diplomatique de la France est resté éminent même pendant les périodes de cohabitation (lorsque l’appartenance politique du président et la majorité parlementaire ne coïncident pas).

Ce rôle central du président de la République est une innovation. En effet, sous la IIIe République (1870 – 1940) et sous la IVe république (1946 – 1958), le président de la République avait un pouvoir plus honorifique que réel (un président qui « inaugure les chrysanthèmes » selon l’expression de de Gaulle). La réalité du pouvoir était dans les mains du président du Conseil (le chef du gouvernement, équivalent de notre Premier ministre).

À cette adresse, vous trouverez en outre un quiz sur les présidents de la République (depuis 1848).

 

Charles de Gaulle (1959 – 1969) : le fondateur


presidents 5 v republique de gaulle

Charles de Gaulle est le fondateur de la Ve République française. Mais il est d’abord le dernier président du Conseil d’une IVe République plongée dans la guerre d’Algérie. Il succède ainsi à Guy Mollet, le 1er juin 1958, après que le putsch d’Alger (ou coup d’État) du 13 mai 1958 a provoqué une grave crise qui a permis de présenter « le plus célèbre des Français » comme seul recours possible.

 

L’avènement d’un nouveau régime

Le retour de De Gaulle annonce l’avènement d’un nouveau régime dont les grandes lignes avaient été présentées dans le discours de Bayeux, prononcé le 16 juin 1946.

La Ve république, dont Michel Debré est l’architecte, est approuvée par référendum le 28 septembre 1958. Elle est promulguée le 4 octobre de la même année (elle en tire d’ailleurs son nom de Constitution française du 4 octobre 1958).

La Ve République est une république parlementaire, c’est-à-dire que le gouvernement (le Premier ministre et les autres ministres) est responsable devant le Parlement qui peut le censurer (le faire tomber).

Cependant, par rapport aux régimes précédents (la IIIe République qui meurt avec la défaite de 1940 et la IVe République qui émerge après-guerre), le pouvoir de l’exécutif (chef de l’État et gouvernement) est renforcé. Il a la prépondérance sur le pouvoir législatif (le Parlement).

On parle de « parlementarisme rationalisé » pour désigner la visée de cette nouvelle république : parer la grande instabilité entrainée par la prépondérance du Parlement dans les régimes précédents du fait du rôle important joué par les partis politiques (le « régime des partis » selon le mot du général de Gaulle).

 

Un édifice encore incomplet

Dans la rédaction originelle de la Ve République, le président reste toutefois élu au suffrage universel indirect par un collège de 80 000 électeurs. Ce ne sont donc pas les citoyens ordinaires qui le choisissent. Son pouvoir dépend donc de la faveur d’une élite.

L’édifice gaullien est encore incomplet. En effet, l’élite parlementaire qui a soutenu l’avènement de De Gaulle au pouvoir craint toujours, par tradition culturelle, que tout le pouvoir tombe entre les mains d’un seul homme : elle se méfie du bonapartisme.

 

Vers l’élection du président de la république au suffrage universel direct

Charles de Gaulle est élu président de la République au suffrage universel indirect le 21 décembre 1958 avec 78,51% des voix. Son mandat débute le 8 janvier 1959.  

Il choisit pour Premier ministre Michel Debré.

Le nouveau président de la République profite cependant de la sortie réussie de la crise algérienne (échec du putsch des généraux le 22 avril 1961, accords d’Évian signés le 18 mars 1962, indépendance approuvée par referendum le 8 avril, et effective le 5 juillet) et de sa sortie indemne d’un attentat qui le visait (attentat du Petit-Clamart le 22 août 1962) pour compléter l’édifice constitutionnel.

Il organise le 28 octobre 1962 un referendum pour l’élection au suffrage universel direct du président de la République. Il est approuvé par une large victoire du « oui » avec 62% des voix.

Le président de la République française est désormais l’élu du peuple, sans médiation parlementaire. La classe politique se scandalise : le président du Sénat français, Gaston Monnerville, qualifie de forfaiture l’approbation du référendum par le nouveau Premier ministre (depuis le 14 avril 1962), Georges Pompidou.

 

Un régime semi-présidentiel et une pratique

Désormais, on peut parler de la Ve République comme un régime semi-présidentiel : bien plus qu’en 1958, le président de la République est la figure prépondérante du pouvoir en France. Sa légitimité est bien plus forte que celle des députés : il est le seul élu de la nation entière, il est son « visage ». La nation s’incarne en lui.

Le général de Gaulle a une pratique du pouvoir présidentiel spécifique : en relation directe avec le peuple dont il est l’élu direct, il considère être en dialogue permanent avec lui. Si le peuple lui indique qu’il rejette sa politique, par une réponse négative à un référendum par exemple, De Gaulle considère son mandat comme révoqué. Les successeurs du général ne suivront pas cette pratique. 

Du fait de son statut, la fonction demande une pratique caractérisée par une certaine distance avec le cours de la vie politique ordinaire. Elle est héritière d’une « sacralité » dont témoigne la qualification du régime de « monarchie républicaine» (par le juriste Maurice Duverger). Le « monarque » est protégé par un « fusible » : le Premier ministre, responsable devant le Parlement. 

Les députés ont beaucoup moins de pouvoir que le président. Ceux-ci peuvent faire tomber le gouvernement par une motion de censure : ils s’exécutent d’ailleurs en votant une motion le 5 octobre 1962. Mais ce pouvoir est inutile : le président de la République peut dissoudre l’Assemblée et appeler à de nouvelles élections législatives pour mater une Assemblée nationale rebelle.

 

Une politique de grandeur et prestige

L’œuvre constitutionnelle terminée, la crise algérienne réglée, la décolonisation des autres territoires français quasi-acquise (la plupart des États obtiennent leur indépendance en 1960), De Gaulle peut véritablement engager la France dans la politique de grandeur et de prestige qu’il appelle de ses voeux.

La France est résolument ancrée dans le bloc occidental, comme en témoigne le soutien du général de Gaulle au président américain Kennedy contre le leader soviétique Khrouchtchev au cours de la crise des missiles de Cuba en 1962.

Toutefois, il essaie de réduire l’assujettissement de la France à la puissance américaine en menant une politique d’indépendance nationale :

  • il encourage la poursuite du programme nucléaire français : la première bombe atomique française explose à Reggane, dans le Sahara algérien, le 13 février 1960.
  • Malgré son opposition au supranationalisme (De Gaulle est favorable à une « Europe des patries »), il ne sort pas la France de la Communauté économique européenne (CEE) créée par le traité de Rome du 25 mars 1957 : la politique agricole commune (PAC) entre en vigueur en juillet 1962, la politique de la chaise vide prend fin en 1966. Il refuse cependant l’entrée du Royaume-Uni au sein de la CEE, car trop liée aux États-Unis.
  • Il poursuit la réconciliation franco-allemande dont le moment clé est la signature du traité de l’Élysée le 22 janvier 1963.
  • Il fait de la France le premier pays à reconnaître la République populaire de Chine (c’est-à-dire la Chine communiste, née en 1949) en janvier 1964.
  • D’octobre à septembre 1964, il visite dix États d’Amérique du Sud et appelle à la coopération avec la France.
  • Il sort la France du commandement intégré de l’OTAN en 1966.
  • Malgré des relations parfois difficiles, il tente de rapprocher la France de l’URSS et effectue un voyage dans ce pays en juin 1966. L’Europe est pour lui une réalité géographique qui va de « l’Atlantique à l’Oural ».
  • Il stigmatise publiquement la politique extérieure américaine : le 1er septembre 1966, il prononce le discours de Phnom Penh contre la guerre au Vietnam.
  • Le 24 juillet 1967, dans un discours prononcé à Montréal, il dit « vive le Québec libre», défendant ainsi la présence française en Amérique du Nord.
  • Il pose les fondements, avec son homme de confiance Jacques Foccart, de ce qui deviendra la « Françafrique», c’est-à-dire les relations privilégiées de la France avec ses anciennes colonies africaines. La France dispose ainsi, en Afrique, d’un « pré carré » d’influence.

Sa politique extérieure est servie par une économie qui profite de l’incroyable période d’expansion des Trente Glorieuses. L’État dirige une économie dans laquelle les entreprises nationalisées sont puissantes, et dont la croissance est forte (entre 4% et 6,5%). Le plan Pinay-Rueff (décembre 1958) est adopté pour lutter contre l’inflation et pour rétablir la balance des paiements. Il introduit notamment un nouveau franc en janvier 1960.

La présidence de De Gaulle n’est pas non plus aveugle aux évolutions des la société : la « loi Neuwirth » est adoptée le 28 décembre 1967. Elle légalise la contraception en France.

Il permet aussi par l’ordonnance 17 août 1967 la participation des salariés (des entreprises de plus de 100 salariés) aux bénéfices des entreprises.

 

Deux crises de règne : Mitterrand et mai 1968

Après 1962, la présidence de De Gaulle ne connaît que deux « crises » : l’une mineure, l’autre majeure.

La première est sa mise en ballotage par le candidat de la gauche François Mitterrand à l’élection présidentielle de 1965. En effet, le général ne rassemble « que » 44,6% des voix au premier tour, et 55,2% des voix au second tour.

Cette élection est pourtant un bon signe pour le nouveau régime : elle témoigne de la vitalité démocratique de la société française. Cette première élection du président de la République française au suffrage universel direct (depuis le 10 décembre 1948) n’a donc pas donné lieu à une unanimité sclérosante. 

La seconde crise, celle-ci majeure, de la république gaullienne est mai 1968. La révolte étudiante, couplée à une grève générale, ébranle le président. Le 29 mai 1968, celui-ci disparaît. Si la crise se résorbe dans un premier temps, elle témoigne d’une lassitude naturelle de l’opinion à l’égard du pouvoir. La longue association avec Georges Pompidou, qui avait mené les négociations aboutissant aux accords de Grenelle, prend fin le 10 juillet 1968.

Un an plus tard, le 27 avril 1969, un referendum sur la régionalisation est organisé. Le « non » l’emporte avec le 52,4% des voix.

Conformément à sa pratique du pouvoir, en relation directe avec le peuple, De Gaulle avait annoncé qu’en cas d’échec, il quitterait ses fonctions. Il s’exécute le 28 avril.

 

Georges Pompidou (1969 – 1974) : le continuateur


presidents 5 v republique pompidou

Le président du Sénat Alain Poher devient président de la République par intérim. Mais il est battu au second de tour des présidentielles le 15 juin 1969 par l’ancien Premier ministre de De Gaulle, Georges Pompidou, qui devient président de la République avec 58,2% des voix, soit environ 11 millions de voix.

Le parti communiste reste puissant (Jacques Duclos obtient 21,3% des voix) et la gauche s’effondre : Gaston Defferre est éliminé dès le premier tour avec ses 5%. Quatre ans plus tôt, Mitterrand mettait De Gaulle en ballotage.

La présidence de Georges Pompidou est aujourd’hui quelque peu oubliée. Cela s’explique par sa brièveté, certes, mais aussi parce qu’elle figure comme une continuation de l’élan fondateur gaulliste.

 

La nouvelle société

Cependant, en choisissant comme Premier ministre Jacques Chaban-Delmas, le pouvoir s’oriente vers une certaine modernisation. Il ne peut être aveugle aux demandes de changements que portaient mai 1968. Dans son discours du 16 septembre 1969, « Chaban » appelle à la construction d’une « nouvelle société», plus ouverte à la participation des citoyens, au dialogue social, à la liberté d’expression, et servie par un État plus souple.

Il sera remplacé par un autre « baron » du gaullisme plus conservateur, Pierre Mesmer, le 5 juillet 1972.

 

Une politique d’expansion

Le pouvoir, qui bénéficie d’une croissance économique importante (6,6% en 1973), décide de mener une politique de restructuration et de regroupement d’entreprises pour faire face à la concurrence étrangère.

Une politique de construction d’infrastructures est en outre initiée. On décide par exemple de construire la première ligne TGV entre Paris et Lyon. Pour répondre au développement de la voiture, quatre-cents kilomètres d’autoroutes sont mises en chantier. Georges Pompidou veut d’ailleurs adapter Paris à l’automobile : le périphérique est inauguré le 25 avril 1973. Un grand plan autoroutier pour Paris est établi : il prévoit un maillage serré de la capitale. Les voies sur berge sont construites mais la construction des autres voies sera abandonné par le président suivant.

Même idée de modernisation, domaine différent : la culture. Georges Pompidou est à l’origine du musée qui porte aujourd’hui son nom au centre de Paris à Beaubourg. L’idée est de maintenir le statut de Paris comme capitale mondiale de l’art.

 

L’entrée du Royaume-Uni dans la CEE

Georges Pompidou fait un virage important en politique européenne. Les partenaires de la France lui demandent l’entrée du Royaume-Uni alors que De Gaulle la refusait.

Le traité de Bruxelles, signé le 22 janvier 1972, acte l’entrée du Danemark, de l’Irlande, du Royaume-Uni et de la Norvège dans la CEE. Ce premier élargissement européen est approuvé par référendum par le peuple français le 23 avril 1972. Seule la Norvège refuse finalement d’adhérer à la CEE. 

 

La fin d’une époque : les Trente Glorieuses

Le règne pompidolien conclut la période des Trente Glorieuses française. 1973 est l’année du premier choc pétrolier. C’est la fin de la « mise à niveau » de l’économie française par rapport à celle des États-Unis. 

Georges Pompidou meurt en cours de mandat le 2 avril 1974. Alain Poher débute un nouvel intérim.

 

Valéry Giscard d’Estaing (1974 – 1981) : le moderne


presidents 5 v republique valery giscard estaing

Une volonté de renouvellement 

Les élections présidentielles de 1974 marquent un reflux de l’élan fondateur gaullien et une volonté de renouvellement.

En effet, le second tour oppose un candidat du centre-droit (libéral) et donc non-gaulliste, Valéry Giscard d’Estaing (VGE), au candidat du jeune parti socialiste, François Mitterrand. Le candidat gaulliste, Jacques Chaban-Delmas, qui avait été un Premier ministre pourtant moderniste sous Georges Pompidou, est éliminé dès le premier tour avec seulement 15% des voix.

Valéry Giscard d’Estaing est élu président de la République le 19 mai 1974 avec 50,8% des voix, soit 13 396 203 suffrages. François Mitterrand est une nouvelle fois battu, malgré un net progrès par rapport à 1965. Le candidat socialiste a fait preuve de moins de maîtrise au cours du débat télévisé de l’entre-deux-tours, le premier de l’histoire en France. Son adversaire a su le « moucher » avec sa célèbre réplique : « vous n’avez pas le monopole du cœur ».

Valéry Giscard d’Estaing est le plus jeune président de la Ve République à son élection (quarante-huit ans). C’est en outre le premier président à être issu de la technocratie constituée après-guerre : il est polytechnicien et énarque. Bien que ministre des Finances sous De Gaulle et de l’Économie et des Finances sous Pompidou, ce n’est pas un gaulliste mais un libéral, qui avait soutenu le « non » au référendum de 1969.

 

Le risque gaulliste

Il choisit cependant un Premier ministre gaulliste : Jacques Chirac. Valéry Giscard d’Estaing ne dissout pas l’Assemblée à son avènement et conserve donc la Ve législature, élue en 1973.

Sa majorité est donc fragile : il doit compter sur les 183 députés gaullistes pour gouverner, alors que son parti, les Républicains indépendants (RI), n’en compte que 55 (plus les 34 députés des Réformateurs démocrates sociaux, et les 30 députés des Union centriste puis Réformateurs démocrates sociaux).

 

Une politique modernisatrice

Le nouveau président veut mener une politique de modernisation de la société française. Ce sont d’ailleurs les lois sociales et sociétales prises sous son mandat qui sont le mieux restées dans les mémoires jusqu’à aujourd’hui. Le bilan est notable :

 

Une politique de crise

Le bilan économique du président de la République est plus contrasté. Les Trente Glorieuses sont terminées. C’est la crise.

Il hérite en effet des conséquences du premier choc pétrolier, aggravées par celles du deuxième (1979) :

  • augmentation du prix des matières premières ;
  • montée du chômage (3,4% de la population active en 1974, 6,2% en 1979) ;
  • faiblesse de la croissance économique (elle passe de 6,57% en 1973, à 0,71 en 1975, mais remonte ensuite) ;
  • inflation (13,7% en, 1974, 11,8% en 1975 !).

Les années 1970 sont une période de « stagflation » : croissance molle, chômage fort et inflation élevée.

Pour y faire face, le gouvernement mène une politique de refroidissement (d’austérité). Le Premier ministre Raymond Barre, professeur d’économie sans étiquette qui prend le relai de Jacques Chirac en 1976 (tout en étant ministre de l’Économie et des Finances jusqu’en mars 1978), cherche alors à lutter contre l’inflation, à réduire le déficit budgétaire et à rééquilibrer la balance du commerce extérieur.

De manière plus impressionnante, Valéry Giscard d’Estaing institue en 1975 le changement d’heure pour faire des économies d’énergie et met fin à l’immigration. Cependant, le décret du 29 avril 1976 instaure le droit au regroupement familial (alors que Jacques Chirac est toujours ministre).

Au niveau européen, VGE pousse à la création du Conseil européen (1974) avec le chancelier allemand Helmut Schmidt et à l’instauration Sytème monétaire européen (1979).

Il participe en outre aux premières réunions du G6 (créé en 1975).

 

Un affaiblissement progressif

Les résultats de la politique de lutte contre la crise sont mitigés : en 1981, le chômage, plus haut que jamais, s’élève à 7,9% et la croissance du PIB, atone, à 1%. 

Deux éléments viennent accentuer les difficultés du président de la République.

Le premier est la rivalité avec son ancien Premier ministre Jacques Chirac, démissionnaire en 1976.

Celui-ci créé le Rassemblement pour la République (RPR) en 1976. Ce nouveau parti gaulliste est une véritable « machine de guerre » destinée à servir les ambitions présidentielles de son fondateur. Le 6 décembre 1978, Jacques Chirac signe « l’appel de Cochin », communiqué qui dénonce l’Europe fédérale et le « parti de l’étranger », désignation insidieuse de l’Union pour la démocratie française (UDF), parti centriste fondé par VGE en 1978.

Le second est la longue « affaire des diamants de Bokassa » lancée le 10 octobre 1979 par le Canard enchaîné. VGE aurait reçu en 1973 des diamants du dirigeants de la Centrafrique, Jean-Bedel Bokassa, alors qu’il était ministre des Finances

Son allocution d’adieu, prononcée le 19 mai 1981 à la télévision, est restée célèbre pour la locution « au revoir » qui la conclut.

 

François Mitterrand (1981 – 1995) : le prince


presidents 5 v republique mitterrand

 

La première alternance

Les élections présidentielles de 1981 se présentent comme une « revanche » de celles de 1974. Comme ces dernières, le candidat gaulliste, cette fois-ci Jacques Chirac, est éliminé au premier tour (18% des voix). François Mitterrand et VGE doivent s’affronter au second.

Mitterrand est mieux préparé au débat télévisé qui se déroule le 5 mai 1981. La victoire rhétorique lui revient : lui qui avait été traité d’homme du passé sept ans plus tôt qualifie son contradicteur « d’homme du passif». Il lui interdit avec succès, de le traiter comme « son élève ».

Le candidat socialiste est élu président de la République le 10 mai avec 51,8 % des suffrages. La Ve République connaît son premier président de gauche. Les Français vont connaître le plus long règne présidentiel de leur histoire, toutes républiques confondues : 14 ans.

 

La politique du gouvernement socialiste de 1981 : « changer la vie »

Le nouveau président choisit Pierre Mauroy pour Premier ministre. Nouveauté notable : quatre ministres communistes font leur entrée dans le gouvernement.

Pierre Mauroy doit mettre en application l’ambition programme socialiste (les 110 propositions pour la France) qui cherche une voie moyenne entre capitalisme et communisme. Selon l’expression du programme commun de 1972, le nouveau pouvoir veut « changer la vie ».

L’État cherche donc à transformer l’économie :

  • Le 1er février 1982 (ordonnance du 16 janvier 1982), la semaine de 39 heures est instituée ainsi qu’une cinquième semaine de congés payés ;
  • le 13 février 1982, une loi nationalise de grands groupes industriels français (Saint-Gobain, Sacilor, Pechiney, etc.) et 39 établissements financiers. Une partie importante de l’économie passe sous le contrôle de l’État : 15 % du secteur privé passe alors sous contrôle de l’État, soit 30 % du chiffre d’affaires de l’industrie et 95 % de l’activité de crédit ;
  • un impôt sur les grandes fortunes est créé ; 
  • le droit à la retraite à 60 ans est reconnu (en vigueur au 1er avril 1983) ;
  • les lois Auroux de 1982 remanient largement le Code du travail pour mieux protéger les salariés (droit de retrait, création des Comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail, etc.).

Pour lutter contre la crise, le gouvernement Mauroy lance en outre une politique de relance économique. 10 milliards de francs sont injectés dans l’économie. L’État embauche 55 000 fonctionnaires, il relève le SMIC de 10% et augmente les allocations. 

En parallèle, des lois sociales et sociétales importantes sont adoptées :

  • l’abolition de la peine de mort par la loi de 18 septembre 1981 ;
  • la fin du monopole de l’État de la radiodiffusion par la loi du 9 novembre 1981 : de nombreuses stations de radio voient le jour ;
  • le remboursement de l’IVG par la « loi Roudy » du 31 décembre 1982 ;
  • « l’acte I de la décentralisation » est adopté par les « lois Defferre » : l’État transfère de ses pouvoirs aux collectivités locales.

 

Vers le « tournant de la rigueur »

Cependant, l’inflation et le chômage restent forts (6,9% en 1983, 8% en 1984), le franc en crise subi plusieurs dévaluations et la croissance du PIB reste faible (1,26% en 1983).

Devant l’échec de la politique de relance, prise à contretemps dans le contexte d’une économie ouverte, François Mitterrand hésite entre rompre avec ses partenaires européens, comme le lui conseille Jean-Pierre Chevènement, ou changer de politique économique, c’est-à-dire épouser le grand mouvement néolibéral d’alors, option qui a le soutien du Premier ministre, du ministre de l’Économie et des Finances Jacques Delors et du ministre du Budget Laurent Fabius.

Le président de la République choisit la deuxième option. C’est l’amorce du « tournant de la rigueur », début d’une politique plus libérale, qui se traduit par une augmentation des impôts, un contrôle accru des changes et une politique de réduction du déficit budgétaire.

 

Le grand œuvre : l’Europe

L’appropriation collective des moyens de production ne sera pas le grand œuvre de François Mitterrand. Ce sera plutôt l’Europe. La construction européenne accélère de manière spectaculaire sous son mandat :

  • les accords de Schengen sont signés en 1985 ;
  • l’Acte unique européen est signé en 1986. Jacques Delors, président de la Commission européenne à partir de janvier 1986, en est le grand instigateur ;
  • le traité de Maastricht, le traité fondateur de l’Union européenne, est signé en 1992, après un referendum très serré toutefois (20 novembre 1992) : 51,04% de oui.

Achèvement plus économique et symbolique, le tunnel sous la Manche, débuté en 1987, est achevé en décembre 1993.

 

La première cohabitation

Cela ne suffit pas à tarir la défiance de l’opinion, même si Pierre Mauroy est remplacé en 1984 par le jeune et dynamique Laurent Fabius.

Les élections législatives de 1986 sont un échec pour le parti socialiste : la droite les remporte. Pour la première fois, le pouvoir législatif et pouvoir exécutif ne coïncident pas.

François Mitterrand ne démissionne pas. Jacques Chirac devient Premier ministre pour la deuxième fois. C’est la première cohabitation.

Inspirée par le néolibéralisme anglais et américain de Thatcher et Reagan, cohérente avec l’évolution de la construction européenne, la droite mène une politique de libéralisation et de privatisation.

 

Une Ve République résiliante

La Ve République se révèle résiliante. Elle s’adapte bien à cette situation inédite. Le président de la République a une haute idée de sa fonction. S’il prend bien sûr son Premier ministre à droite, il tient à conserver ses prérogatives dans les Affaires étrangères et européennes. Jacques Chirac « doit faire » avec François Mitterrand.

Cette division nouvelle du pouvoir est facilitée par le caractère gaullien de la politique étrangère du président de la République, à tel point que l’on a parlé de gaullo-mitterrandisme. En effet, François Mitterrand veille au maintien de l’indépendance militaire et diplomatique de la France. La dissuasion nucléaire n’est pas remise en cause (et même défendue âprement, comme en témoigne l’affaire du Rainbow Warrior en 1985), la sortie du commandement intégré de l’OTAN non plus.

En même temps, le président de la République confirme l’ancrage de la France dans le camp occidental. Il soutient notamment l’installation de missiles Pershing en Allemagne en pleine « crise des euromissiles ». La guerre froide terminée, il fait participer la France à la guerre du Golfe du côté de la coalition dirigée par les États-Unis.

 

Le deuxième mandat

La cohabitation n’empêche pas la réélection facile de François Mitterrand contre son Premier ministre Jacques Chirac le 8 mai 1988 (54%), après un débat télévisé de l’entre-deux-tours humiliant pour le candidat gaulliste. François Mitterrand est le premier président de la Ve République a avoir été élu deux fois au suffrage universel direct. 

Cette réélection n’empêchera pas, elle, une deuxième période de cohabitation après la défaite de la gauche aux législatives de 1993. Édouard Balladur devient alors Premier ministre.

Avant cette seconde cohabitation, François Mitterrand a « multiplié » les chefs du gouvernement :

  • il nomme d’abord son grand rival du parti socialiste, Michel Rocard, le temps de « l’user » politiquement. Réforme notable de ce ministériat : la création du Revenu minimal d’insertion (RMI) en 1988.
  • Édith Cresson, première femme à ce poste, succède à Michel Rocard en mai 1991 pour un mandat très bref.
  • Elle est remplacée par Pierre Bérégovoy, d’extraction populaire comme Pierre Mauroy. Le dernier Premier ministre socialiste de François Mitterrand meurt un mois après la cessation de ses fonctions dans ses circonstances mystérieuses.

À cette affaire mystérieuse s’ajoute une accumulation de polémiques qui touchent directement François Mitterrand : les révélations sur sa fille cachée Mazarine, sur son rôle sous Vichy (révélé au grand public par le livre de Pierre Péan, Une jeunesse française. François Mitterrand, 1934-1947), l’affaire des écoutes de l’Élysée, son amitié avec le collaborateur René Bousquet, son état de santé, etc.

 

Un « président présidentiel »

Pourtant, le « prince » ne perd pas de sa superbe. La stature présidentielle de François Mitterrand n’est pas profondément affectée, car il a su incarner la fonction dans ce qu’elle demande de distance et de sacralité. François Mitterrand est peut-être le dernier « président présidentiel » de la Ve République, c’est-à-dire le dernier à concevoir sa fonction comme celle d’un arbitre, placé au-dessus de la mêlée et qui définit les grandes orientations de la politique du pays. 

Le bon déroulement institutionnel de son mandat prouve en outre la souplesse de la Ve République et sa solubilité dans une vie démocratique qui vit de l’alternance. François Mitterrand a été en effet un opposant historique à De Gaulle. Mais ses deux mandats ont renforcé des institutions qu’il dénonçait comme un coup d’État permanent dans un livre célèbre paru en 1964.

 

Un président bâtisseur

Dernier élément d’importance, François Mitterrand est un président qui a laissé une trace importante dans le paysage de la capitale. En effet, son héritage est important : Arche de la Défense, Pyramide du Louvre, Bibliothèque nationale de France (qui porte désormais son nom), Opéra de la Bastille, Institut du monde arabe, Parc de la Villette, bâtiment du ministère de l’Économie et des Finances à Bercy. On peut aussi noter la construction du centre culturel kanak Tjibaou en Nouvelle-Calédonie.

Rongé par un cancer détecté dès 1981, François Mitterrand s’éteint moins d’un an après la fin de son mandat, le 8 janvier 1996.

 

Jacques Chirac (1995 – 2007) : le régent


presidents 5 v republique jacques chirac

Une élection surprise

Jacques Chirac est élu président de la République le 7 mai 1995 avec 52,6% des voix contre le candidat socialiste Lionel Jospin.

Cette victoire est une surprise. Bien que soutenu par le RPR, le candidat malheureux des élections de 1981 et 1988 était déclaré perdant au premier tour face à un autre candidat de la droite, le Premier ministre Édouard Balladur (soutenu, notamment, par Nicolas Sarkozy).

Mais la campagne dynamique de Jacques Chirac, centrée sur le thème de la réduction de la « fracture sociale » a été aidée par la campagne elle désastreuse du Premier ministre.

Jacques Chirac est un homme politique dont la carrière traverse les débuts de la Ve République. Technocrate sorti de l’ENA en 1959, proche de Georges Pompidou, il est ministre ou secrétaire d’État sous toutes les présidences, et deux fois Premier ministre (de 1974 à 1976 et de 1986 à 1988).

 

L’oubli de la fracture sociale

La droite revenue au pouvoir ne mène pas une politique sociale comme semblait l’annoncer le thème central de la campagne. Alain Juppé devient en effet Premier ministre. Il mène une impopulaire politique de rigueur (en savoir plus en cliquant ici).

Devant l’accumulation des difficultés et le constat amer du président de la République sur l’impossibilité de faire des réformes en France, ce dernier tente un « coup tactique » : dissoudre l’Assemblée nationale où il dispose pourtant de la majorité. La dissolution est actée en avril 1997.

 

La troisième cohabitation : Lionel Jospin Premier ministre

La gauche remporte les élections législatives qui suivent et obtient la majorité à l’Assemblée nationale. C’est une défaite humiliante pour le président. Une nouvelle période de cohabitation débute. Ce sera la plus longue des trois : cinq ans. Lionel Jospin devient Premier ministre.

La « gauche plurielle » (composée du Parti socialiste, mais aussi du Parti communiste, des Verts, du Mouvement des citoyens de Jean-Pierre Chevènement et du Parti radical de gauche) mène une politique intérieure ambitieuse :

  • nomination d’une femme à un ministère régalien : Élisabeth Guigou devient garde des Sceaux ;
  • création des « emplois-jeunes » en 1997 ;
  • création de la couverture maladie universelle (CMU) en 1999 ;
  • création du pacte civil de solidarité (PACS) en 1999 ;
  • mise en place de la réforme des 35 heures (effective à partir du 1er janvier 2002) ;

Le gouvernement Jospin bénéficie en outre d’une bonne conjoncture économique internationale. En l’an 2000, la croissance du PIB est de 3,9%.

La position de Jacques Chirac est d’autant plus affaiblie qu’une affaire éclate en 1999 : celle des emplois fictifs de la mairie de Paris.

Les actes les plus saillants de son premier mandat restent la reconnaissance de la responsabilité de l’État français dans la déportation des Juifs au cours du discours du « Vél d’Hiv » du 16 juillet 1995 et la suspension du service militaire en février 1996.

 

La naissance du quinquennat

Le référendum du 24 septembre 2000 demande aux Français s’ils souhaitent réduire le mandat du président de la République de sept à cinq ans. Malgré une très faible participation (30,19%), le « oui » l’emporte avec 73,21% des voix.

Le quinquennat est né. Il va accélérer la présidentialisation du régime. 

 

La réélection après un séisme

Malgré ce bilan chétif, Jacques Chirac est réélu président de la République le 8 mai 2002. Mais, à la surprise de tous, il n’a pas affronté Lionel Jospin au second tour, mais Jean-Marie Le Pen, le candidat du Front national. Le candidat socialiste n’avait récolté que 16,18% des voix, moins que les 16,86% de Jean-Marie Le Pen.

L’accession d’un candidat de l’extrême-droite au second tour de l’élection présidentielle frappe le pays. Un « front républicain » émerge pour lui faire face. Jacques Chirac en bénéficie en récoltant 82,21% des voix.

 

Une nouvelle donne politique

La droite est rassemblée sous la bannière de l’UMP. Ce nouveau parti remplace le RPR et rassemble la droite gaulliste et libérale. Il est majoritaire à l’Assemblée après les élections législatives de juin.

Le risque de cohabitation est rendu quasi-nul par le quinquennat : les mandats de président de la République et de député sont désormais de même durée et coïncident dans le temps.

 

Une politique timide

Le début du quinquennat de Jacques Chirac est surtout marqué le refus de celui-ci d’engager la France dans la guerre en Irak, initiée par les États-Unis en mars 2003. Le président de la République y gagne l’image d’un président « gaullo-mitterrandien ». Il n’avait pas hésité à engager la France dans la guerre en Afghanistan en 2001, à la suite des attentats du World Trade Center.

Des réformes importantes sont néanmoins menées : « l’acte II de la décentralisation » par la loi constitutionnelle du 28 mars 2003 (la décentralisation est inscrite à l’article 1er de la Constitution) et la loi du 13 août 2004 relative aux libertés et responsabilités locales. Le gouvernement poursuit aussi le mouvement des privatisations.

La politique du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, choisi après la victoire de 2002, est néanmoins timide. Elle ne répond pas au défi représenté par une élection présidentielle avec plus de 80% des suffrages

 

L’échec du référendum de 2005

Elle est sanctionnée par l’échec du référendum sur le traité établissant une constitution pour l’Europe du 29 mai 2005. Le « non » l’emporte largement avec 54,68% des suffrages.

Ce refus exprime en outre, après la très difficile victoire du « oui » au référendum sur le traité de Maastricht de 1992, une défiance accrue à l’égard de la construction européenne.

 

Un gouvernement de fin de mandat

Contrairement à De Gaulle en 1969, Jacques Chirac ne démissionne pas. Il choisit Dominique de Villepin comme Premier ministre à la place de Jean-Pierre Raffarin.

Ce nouveau gouvernement est celui d’un président affaibli. Il ne peut résister à l’entrée au gouvernement d’un ambitieux « présidentiable », Nicolas Sarkozy, président de l’UMP depuis 2004. Celui-ci obtient le ministère de l’Intérieur, qui lui servira de rampe de lancement à sa future campagne.

Le gouvernement Villepin doit faire face à d’importantes émeutes dans les banlieues qui font suite à la mort de deux adolescents le 

Contrairement à son prédécesseur, Jacques Chirac ne laisse qu’un seul grand monument comme « témoignage » de son mandat : le musée des arts et civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques, ou musée du quai Branly, qui porte désormais son nom.

 

Nicolas Sarkozy (2007 – 2012) : l’hyperprésident


presidents 5 v republique sarkozy

 

La victoire de la « rupture »

Les élections présidentielles de 2007 donnent lieu à une effervescence démocratique qui se traduit par un taux de participation particulièrement élevé : 83,77% au premier tour, puis 83,97% au second tour. Celui-ci consacre la victoire du candidat de l’UMP, Nicolas Sarkozy, contre la candidate du parti socialiste Ségolène Royale, avec 53,06% des voix.

Nicolas Sarkozy avait axé sa campagne sur l’idée de « rupture tranquille ». Son discours mettait en valeur le mérite tiré du travail (« travailler plus pour gagner plus ») et l’autorité, qu’il incarnait comme ministre de l’Intérieur. Le passage de Nicolas Sarkozy place Beauvau signalait d’ailleurs l’arrivée du règne des « petites phrases », c’est-à-dire des citations polémiques destinées à faire l’actualité, comme l’illustrent :

  • cette phrase prononcée le 19 juin 2005 à la cité des 4000 à La Courneuve « Dès demain, on va nettoyer au Karcher la cité. On y mettra les effectifs nécessaires et le temps qu’il faudra, mais ça sera nettoyé » ;
  • ou « Vous en avez assez de cette bande de racailles ? On va vous en débarrasser » prononcée à Argenteuil le 25 octobre 2005. 

 

Un gouvernement d’ouverture et de faillite

Le président de la République choisit pour Premier ministre François Fillon.

Il décide en outre d’expérimenter « l’ouverture », en proposant des postes ministériels à des personnalités proches ou réputées proches de la gauche ou venant de la société civile, afin d’étendre sa base de soutien. Bernard Kouchner est par exemple nommé au ministère des Affaires étrangères.

François Fillon déclare dès le 21 septembre 2007 être à la tête d’un État en faillite, déclaration surprenante pour un jeune gouvernement dont on attend qu’il mette en œuvre un programme présidentiel ambitieux.

 

L’avènement d’un « hyperprésident »

L’action du Premier ministre et de son gouvernement est de toute façon rapidement éclipsée par celle de « l’hyperprésident ». L’activité effrénée de Nicolas Sarkozy monopolise l’attention médiatique.

Pour la première fois dans l’histoire de la Ve République, la politique du pays semble se résumer exclusivement à l’action de son président. Ce dernier qualifie d’ailleurs François Fillon de « collaborateur » («Le premier ministre est un collaborateur, le patron, c’est moi »). Le gouvernement est d’ouverture car il est moins gouvernement que les précédents. 

Avec le quinquennat, la Ve République s’est présidentialisée. On parle du passage d’un président « arbitre » à un président « capitaine».

 

Les réformes libérales d’un président « américain »

Nicolas Sarkozy, qui veut donner l’image d’un président efficace, fait adopter trois lois importantes dès le début du quinquennat :

  • La loi du 10 août 2007 relative aux libertés et responsabilités des universités (« loi LRU») : elle prévoit que les universités disposeront d’une autonomie budgétaire et d’un contrôle accru dans la gestion de leurs ressources humaines.

  • La loi TEPA ou « paquet fiscal » du 21 août 2007. Cette loi est l’application directe de l’esprit de la campagne de Nicolas Sarkozy : exonération des heures supplémentaires de cotisations et d’impôts et allègement des droits de successions. Autre élément notable : le bouclier fiscal (plafond de l’imposition globale d’un contribuable) est abaissé à 50%.

  • La loi du 21 août 2007 sur le dialogue social et la continuité du service public dans les transports terrestres réguliers de voyageurs, qui vise à instaurer un service garanti en cas de grève ou de perturbation.

Ces lois sont d’inspiration libérale ou néolibérale : le nouveau président prend pour modèle les États anglo-saxons, notamment les États-Unis. On parle de « Sarkozy l’Américain».

Promouvant un rapport décomplexé à l’argent, il fait augmenter son indemnité de 7 084 euros à 19 331 euro par mois, soit une augmentation de 172%.

En même temps, le gouvernement cherche à faire des économies sur le train de vie de l’État en modernisant l’action publique : la révision générale des politiques publiques (RGPP) est lancée dès juin 2007.

La dimension autorité de la politique de Nicolas Sarkozy n’est pas en reste. Un ministère de l’Immigration et de l’Identité Nationale est créé puis placé sous l’autorité d’un fidèle du président, Brice Hortefeux. La loi du 10 août 2007 sur la récidive instaure des peines planchers.

 

Activisme à l’extérieur

L’Europe est un volet important de la politique sarkozienne.

Le 13 décembre 2007, il signe avec les autres chefs d’État ou de gouvernement de l’Union européenne le traité de Lisbonne. Ce traité rénove profondément le cadre institutionnel de l’Union, en lieu et place du Traité établissant une constitution pour l’Europe, dont l’adoption avait été empêchée par les refus français et néerlandais par référendum en 2005. Cette fois-ci, le traité est adopté par voie parlementaire le 8 février 2008, après modification de la Constitution en Congrès le 4 février.

Cette adoption suscite de fortes critiques : ce qui avait été rejeté par le peuple français en 2005 et finalement adopté par l’Assemblée deux ans après.

La présidence française du Conseil de l’Union européenne du 1er juillet au 31 décembre 2008 donne au président de la République l’occasion de développer son activisme :

  • il joue la médiation entre la Russie et la Géorgie pendant la Deuxième guerre d’Ossétie du Sud ;
  • il organise le lancement de l’Union pour la Méditerranée en juillet ;
  • il pousse à l’adoption d’un Pacte européen de l’immigration et de l’asile adopté en octobre ;

La politique extérieure de Nicolas Sarkozy est aussi jalonnée de plusieurs « coups d’éclat » comme la libération des infirmières bulgares détenues en Libye, ou la libération d’Ingrid Bettencourt, détenue par les FARC en Colombie. Certains épisodes lui « coûtent cher», à l’image de la visite du colonel Kadhafi à Paris en décembre 2007.

 

Une série de réformes importantes

Le premier chapitre du quinquennat est aussi marqué par une importante réforme de la Constitution. La loi du 23 juillet 2008 modifie plus de la moitié des articles de la Constitution. Les principales innovations sont l’introduction de la question prioritaire de constitutionnalité, l’impossibilité d’effectuer plus de deux mandats de président de la République consécutifs, le renforcement du pouvoir du contrôle du Parlement et la création d’un Défenseur des droits.

Plus original pour un président de droite, l’organisation du grenelle de l’Environnement du 6 juillet au 25 octobre 2007 qui réunit partenaires sociaux, ONG, représentants d’États et de collectivités locales. Il fixe des objectifs ambitieux pour la protection de l’environnement.

Nicolas Sarkozy lance aussi le Grand Paris, projet de constitution d’une métropole rassemblant la capitale et 130 villes de la petite et de la grande couronne, afin de faire face à la concurrence internationale. En parallèle est lancé le « Grand Paris Express », projet de constructions de lignes de transports reliant capitale et banlieue ou les banlieues entre elles.

 

La désacralisation de la fonction présidentielle

Malgré ce réformisme résolu, la popularité du président chute et s’installe sous la barre des 40% (TNS Sofres). Nicolas Sarkozy ne parvient à pas « endosser les habits » de monarque républicain : il est plus capitaine qu’arbitre. Peu protégé par un Premier ministre éclipsé qui ne peut lui servir de « fusible », il est la victime directe des mouvements d’opinion. 

La fonction présidentielle fait l’objet d’une certaine désacralisation. Des polémiques à la portée symbolique forte renforcent cette impression : dîner au Fouquet’s le soir de l’élection, vacances ensuite sur le yacht de l’homme d’affaires Vincent Bolloré, augmentation du traitement du président, mise en avant de la vie privée (séparation avec sa femme Cécilia, déclaration sur sa relation avec Carla Bruni : « avec Carla, c’est du sérieux »), épisode du « Casse-toi, pauv’ con ! » au Salon de l’agriculture en 2008, etc.

 

L’éclatement de la crise financière et poursuite des réformes

Le second chapitre de la présidence Sarkozy s’ouvre avec la crise financière de 2008, dont le signal le plus impressionnant est la faillite de la banque Lehman Brothers le 15 septembre. Le PIB recule de 2,6% en 2009. C’est la récession la plus importante depuis l’après-guerre.

L’Italie et la Grèce connaissent des situations très difficiles. La crise grecque commence en octobre 2009, lorsque le Premier ministre du pays Georges Papandreou relève la prévision de déficit de plus de 6 points. La monnaie commune européenne, l’euro, est menacée.

Face à la gravité de la situation, Nicolas Sarkozy veut agir avec fermeté et rapidité. L’Eurogroupe (la réunion des ministres des Finances des différents États membres) se réunit à Paris en octobre 2008 pour décider d’un plan de sauvetage européen pour les banques. Il annonce en décembre de la même année le lancement d’un grand plan de relance de l’économie de 26 milliards d’euros (en réalité 34 milliards), comportant un volet social et prévoyant de grands travaux.

La dette publique explose : elle passe de 68% du PIB en 2008 à 78,9% en 2009.

Le président de la République n’abandonne pas les réformes. La plus importante est la réforme des retraites, publiée au Journal officiel le 10 novembre 2010. Ses mesures essentielles sont le recul de l’âge légal de départ à la retraite de 60 à 62 ans, le recul de l’âge du taux plein de 65 à 67 ans à l’horizon 2023 et la prise en compte de pénibilité.

Cette réforme suscite un important mouvement social qui abaisse une popularité déjà très éreintée. Celle-ci souffre encore plus de polémiques à répétition et de la multiplication des affaires : la présidence de l’EPAD de Jean Sarkozy, l’affaire Woerth-Bettancourt, l’affaire Boutin, les affaires Blanc et Joyandet, la polémique tunisienne de Michèle Alliot-Marie alors ministre des Affaires étrangères et le déclenchement de l’affaire Karachi.

 

L’OTAN, le Qatar et l’intervention en Libye

Au-delà de la crise européenne, la politique étrangère donne à Nicolas Sarkozy l’occasion de pallier les difficultés intérieures.

Il confirme dans un premier temps son atlantisme en mars 2009 en actant la réintégration de la France dans le commandement intégré de l’OTAN (que De Gaulle avait quitté en 1966). Un paradoxe difficile à expliquer pour un candidat issu d’une lignée gaulliste.

Nicolas Sarkozy oriente en outre la politique arabe de la France vers le Qatar, qui commence à investir des sommes considérables en France.

Si le soutien de l’armée française aux Forces républicaines de Côte d’Ivoire d’Alassane Ouattara contre Laurent Gbagbo en 2011 relève d’une tradition « françafricaine », l’intervention en Libye de la même année, faite sous l’égide de l’ONU et avec le soutien des alliés de l’OTAN, est un opération de « gendarmerie internationale » déroutante pour l’opinion.

 

Un discours sécuritaire incisif

Le discours sécuritaire du président de la République tend en outre à se durcir dans la deuxième partie de son mandat. En effet, à la suite de nuits d’émeutes à Grenoble en juillet 2010, il prononce un discours marqué à droite dans cette ville. Ce durcissement se produit dans le contexte d’un débat grandissant sur la place de l’islam en France et sur la conception de la laïcité. Le 11 octobre 2010 est adoptée une loi interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public, loi surnommée « anti-burqua».

Le mandat de Nicolas Sarkozy s’achève d’ailleurs avec un événement tragique : les attentats de Mohammed Merah en France de mars 2012 qui causent la mort de sept personnes, dont trois enfants de confession juive.

Le président de la République est candidat à sa réélection. Conseillé par le journaliste proche de l’extrême-droite Patrick Buisson, le candidat-président mène une campagne très marquée à droite.

 

François Hollande (2012 – 2017) : le normal 


presidents 5 v republique hollande

 

L’élection du président normal

Au soir du premier tour des élections présidentielles de 2012, le 22 avril, le président sortant, Nicolas Sarkozy, arrive deuxième. C’est un fait inédit dans l’histoire de la Ve République. Il obtient en effet 27,18% des voix, ce qui le place derrière le candidat socialiste, François Hollande, qui récolte 28,63% des voix.

Malgré une campagne de second tour énergique, Nicolas Sarkozy perd au soir du second tour le 6 mai 2012. Durant le débat de l’entre-deux-tours, François Hollande développe librement sa célèbre anaphore « Moi président de la République ».

François Hollande devient président de la République avec 51,64% des voix.

Comme candidat, il avait exprimé la volonté d’être un « président normal», contrairement à Nicolas Sarkozy. Le Parti socialiste revient au sommet de l’État après dix-sept ans d’absence. Le président sortant partage le sort de Valéry Giscard d’Estaing mais, contrairement à ce dernier, il déclare se retirer de la politique.

 

Le gagnant de la primaire

François Hollande a été élu candidat du Parti socialiste et du Parti radical de gauche à la suite des « primaires citoyennes » de 2011. Ces dernières ont rencontré un fort succès. Il gagne ces primaires au second tour face à Martine Aubry avec 56,57% des voix (soit un peu plus de 1,6 millions de voix).

Ce mode désignation, qui lui assure une légitimité indiscutable, l’affaiblit en même temps : contrairement à François Mitterrand, il ne dispose pas d’une autorité « naturelle » sur sa majorité.

 

Une orientation sociale-libérale

Même s’il choisit comme Premier ministre Jean-Marc Ayrault, maire de Nantes et surtout chef du groupe socialiste à l’Assemblée depuis quinze ans, la politique économique du nouveau président de la République, favorisant l’offre plutôt que la demande, lui attire rapidement l’hostilité d’une partie de sa majorité et de l’électorat socialiste.

En effet, François Hollande représente un courant « social-libéral » du Parti socialiste, à l’instar de Dominique Strauss-Kahn, candidat naturel du Parti avant l’éclatement de l’affaire.

Ainsi, la majorité mène une politique dont l’objectif est d’alléger le coût du travail, de rendre plus flexible son marché et favoriser l’emploi.

  • Le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) entre en vigueur au 1er janvier 2013 : cet allègement fiscal a pour but de réduire le coût du travail et permettre aux entreprises qui emploient des salariés d’embaucher et d’investir.
  • Le Pacte de responsabilité et de solidarité : annoncé le 31 décembre 2013 par François Hollande, il comporte un certain nombre de mesures destinées à baisser le coût du travail, favoriser les embauches et le dialogue social. Ainsi, à partir du 1er janvier 2015, il était par exemple possible d’être exonéré de cotisations patronales versées aux URSSAF pour l’emploi d’un salarié au SMIC.
  • La loi du 8 août 2016, la « loi Travail » ou « loi El Khomri » : elle permet aux entreprises de négocier le temps de travail, de prendre des « accords de maintien de l’emploi » (contre baisse des salaires), d’organiser des référendums au sein des entreprises pour valider des accords d’entreprise (contre le blocage par les syndicats), elle renforce le poids des accords d’entreprise et plafonne des indemnités en cas de licenciement abusif, etc.

La loi du 6 août 2015, dite « loi Macron », texte de plus de 300 articles, contient aussi des mesures phares d’assouplissement de la réglementation française pour favoriser la croissance : travail le dimanche et la nuit, création de lignes nationales de cars, réforme des prud’hommes, libéralisation des professions réglementées, etc.

Cette orientation sociale-libérale est confirmée lorsque Manuel Valls, admirateur du blairisme, remplace Jean-Marc Ayrault au poste de Premier ministre en mars 2014, et lorsque Emmanuel Macron devient ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique en août suivant.

Outre les dispositifs présents dans les grandes lois de réformes citées ci-dessus, le gouvernement agit plus expressément pour protéger les salariés. En effet, le 3 juillet 2012, un décret est pris pour permettre aux personnes ayant commencé à travailler tôt et coté toutes leurs annuités de partir à la retraite à 60 ans. Le 11 janvier 2013, un accord national interprofessionnel est conclu entre les partenaires sociaux. Il permet notamment l’accès de tous à une mutuelle d’entreprise et essaie de durcir le recours aux contrats précaires en taxant par exemple les CDD courts.

Le dispositif des emplois d’avenir est créé par la loi du 26 octobre 2012 avec pour objectif de permettre l’accès à l’emploi de jeunes sans qualification.

Enfin, on peut noter quelques mesures symboliques considérées comme « marqueurs de gauche » : la baisse du traitement du président de la République et du Premier ministre dès le 17 mai 2012 ou la taxe à 75% sur les très hauts revenus (qui disparaît dès 2015).

 

La lutte contre le déficit et la dette

En même temps, le mandat de François Hollande est marqué par la nécessité de lutter contre le déficit et la dette publics. Le Pacte budgétaire européen (TSCG), entré en vigueur au 1er janvier 2013, contraint les États membres de l’UE à limiter leur déficit structurel à 0,5% du PIB (règle d’or). Ils s’ajoutent aux « critères de Maastricht », qui contraignent les États à garder une déficit public inférieur à 3% et une dette publique inférieure à 60%.

Élément clé de cette lutte pour la maîtrise des finances publiques, la Modernisation de l’action publique, qui remplace la RGPP lancée en 2007.

Au cours du mandat de François Hollande, la croissance de la dette publique ralentit (de 89,6% du PIB en 2012, 92,4% en 2013, 95% en 2014, 96,5% en 2016) et le déficit public se réduit et passe même sous la barre des 3% en 2017 (4,1% en 2013, 3,6% en 2015, 2,6% en 2017).

 

Le discrédit rapide du pouvoir

Malgré ce bilan financier positif, les résultats sur les autres fronts tardent à venir. Le bilan de la lutte contre le chômage est mitigé. Le taux de chômage, à 9,8% de la population active en métropole au second trimestre de 2012, atteint un pic à 10,5% au deuxième trimestre, qui est de nouveau atteint au deuxième trimestre de 2015 après une période de baisse, pour finir à 9,5% au premier trimestre 2017. La croissance du PIB décolle péniblement : 0,2% en 2012 pour arriver à 1,6% en 2016. La position de François Hollande s’affaiblit.

Le discrédit du pouvoir est accentué par une stratégie de communication risquée : la promesse répétée d’inverser la courbe du chômage. Le 9 septembre 2012, au journal télévisé de TF1, François Hollande déclare que « Nous devons inverser la courbe du chômage d’ici un an». Le président la République conditionne ensuite sa candidature en 2017 à l’inversion de cette courbe. Il déclare par exemple le 14 juillet 2015 : « S’il n’y a pas de baisse du chômage, je l’ai dit plusieurs fois, je ne serai pas candidat.». Le 14 avril 2016, dans l’émission Dialogues citoyens, François Hollande développe une nouvelle stratégie de communication en disant aux Français « Oui, ça va mieux ».

L’affaiblissement progressif de François Hollande donne de l’espace aux « frondeurs », membres de la majorité hostiles à la politique économique menée par le gouvernement. On compte parmi eux des ministres : le ministre de l’Économie Arnaud Montebourg, le ministre de l’Éducation Benoît Hamon et la ministre de la Culture Aurélie Filippetti. La punition vient le 25 août 2014, lorsqu’ils ne sont pas reconduits dans le gouvernement de Manuel Valls. Mais l’autorité du président est entaillée par cette rébellion.

Des polémiques et affaires viennent en outre accentuer la défiance des Français envers le pouvoir : l’affaire Cahuzac en 2013, la médiatisation de la vie privée du président (affaire du scooter, publication de Merci pour ce moment par Valérie Trierweiler), l’affaire Léonarda, le dévoilement de off du président par des journalistes du Monde dans Un président ne devrait pas dire ça… (avec, notamment, l’utilisation de l’expression « sans-dents »), le recours au 49-3 par Manuel Valls pour la loi Travail, les hésitations autour de Notre-Dame-des-Landes, etc.

Certaines de ces affaires écornent sévèrement la stature présidentielle de François Hollande. Plus généralement, il souffre, comme son prédécesseur, de la redéfinition du statut de président. Il est la cible directe de l’opinion. Jean-Luc Mélenchon, ancien membre du Parti socialiste, président de « l’antilibéral » Parti de gauche, traite notamment le président de la République de « capitaine de pédalo ». Malgré l’insulte, on peut souligner la désacralisation croissante de la fonction, dont le rang est rabaissé à celle de capitaine. 

 

Le défi de l’islamisme

La politique sécuritaire et extérieure permet à François Hollande d’endosser pour un temps les habits de monarque. Elle est marquée par la lutte contre l’islamisme ou l’islam fondamentaliste.

La France est frappée par une vague d’attentats, dont les plus meurtriers sont ceux de janvier 2015 (17 morts dans l’attaque de Charlie Hebdo, l’assassinat de Clarissa Jean-Philippe à Montrouge et dans la prise d’otage de l’Hyper Casher par Amedy Coulibaly), du 13 novembre de la même année (130 morts dans l’Est parisien et au Bataclan) et du 14 juillet 2016 à Nice (86 morts).

Le président réagit avec célérité. L’État d’urgence est notamment appliqué dès le 14 novembre et ce, jusqu’au au 1er novembre 2017. Ce long maintien fait l’objet d’intenses débats. La proposition d’étendre la déchéance de nationalité aux binationaux nés Français, avancée devant le Parlement né en Congrès le 16 novembre, suscite un discorde qui entraîne son abandon.

 

Un président « guerrier »

À l’étranger, la lutte de la France contre la menace terroriste se matérialise dans l’intervention des troupes françaises au Mali pour lutter contre la progression de groupes armés islamistes vers Bamako (opération Serval de janvier 2013, remplacée par l’opération Barkhane en août 2014). Cette opération cherche en outre à protéger les intérêts traditionnels de la France dans la région. François Hollande fait aussi intervenir les troupes françaises en Centrafrique en décembre 2013 (opération Sangaris, terminée le 31 octobre 2016) en vue de maintenir la paix dans ce pays et éviter une catastrophe humanitaire.

Le projet de frappes contre le régime syrien est en revanche un échec : la France se retrouve isolée après le renoncement de Barack Obama en 2013.

L’action extérieure de François Hollande s’illustre aussi par l’assistance portée aux négociateurs grecs pendant la crise financière que connaît ce pays, mais aussi par la réussite de la Conférence de Paris de 2015 sur le climat (COP21) qui se conclut par un accord international sur le climat.

 

Les autres fronts de la politique de François Hollande

La France de François Hollande est au reste agitée par des débats sociaux importants dont l’ouverture du mariage aux couples de même sexe (« le mariage pour tous »). Il est permis par une loi promulguée le 17 mai 2013 après que le projet a suscité une très forte opposition dans une partie de l’opinion. La loi du 2 février 2016 fait évoluer la loi Leonetti de 2005 et reconnaît le droit du patient à une sédation profonde et continue jusqu’au décès.

La politique scolaire suscite elle aussi des oppositions énergiques : les confusions autour la réforme des rythmes scolaires initiée par Vincent Peillon ou la très vive contestation de la réforme du collège et des programmes par Najat Vallaud-Belkacem.

Enfin, il faut souligner l’adoption de « l’acte III de la décentralisation », réforme des collectivités territoriales françaises à partir de 2013, qui entraîne notamment un redécoupage des régions qui sont désormais au nombre de 18.

Impopulaire, le président de la République annonce dans une allocution télévisée le 1er décembre 2016 qu’il ne se représentera pas en 2017. C’est un fait inédit dans le Ve République.

 

Emmanuel Macron (2017 – ) : Jupiter


presidents 5 v republique macron

Le ministre de l’Économie Emmanuel Macron démissionne le 30 août 2016. Après avoir créé son parti, En Marche !, le 6 avril 2016, il annonce sa candidature le 16 novembre 2016. Sa campagne profite de l’implosion de celle du candidat de la droite, François Fillon, parti favori dans les sondages, à causes des affaires, et de l’effondrement de la gauche.

Il est élu le 7 mai 2017 avec 66,10% des voix, contre Marine le Pen, candidate du Front national, dont la campagne a souffert d’un manque d’allant et d’un débat de l’entre-deux-tours raté.

Européen et libéral, Emmanuel Macron semble vouloir poursuivre l’effort de modernisation de l’économie française entamé par François Hollande. Cependant, il porte une attention particulière au problème de « l’incarnation de la fonction ». Il souhaite revenir à une pratique plus classique et distancée (le « président jupitérien »).

Adrian

https://www.laculturegenerale.com

3 réponses

  1. moissonnier dit :

    erreur VGE est elu en 1974 et non en 1958 (a rectifier). Sinon très bon sujet sur les presidents

  2. TRAORE dit :

    VGE est arrivée au pouvoir avec un parlement majoritairement gaulliste, pourquoi ne parle t-on pas là de « cohabitation » ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *