« Teindre » et « teinter » : quelle différence ?

« Teindre » et « teinter » sont des paronymes.

 

Teindre


Du latin classique tingere, « mouiller, baigner, tremper » et, en latin chrétien, « baptiser ».

1. imprégner d’une substance colorante pour prendre une couleur nouvelle ;

Le premier est une ordonnance de 1374 de Guillaume de Marchières, bailli de Saint-Denis, par laquelle il accède à la demande des teinturiers, des tisserands et des marchands de draps de la ville de pouvoir teindre les draps de « racine, d’escorce et d’escaille de noyer » pour faire des tannés, c’est-à-dire des draps de couleur fauve.

Boris Bove, Une sombre affaire de teinturerie : organisation corporative et territoires de production à Saint-Denis à la fin du xive siècle

Quand vous aurez des moutons, vous aurez de la laine ; je t’apprendrai à la dégraisser, à la filer et à la teindre en bleu ou en noir […]

Sand, Nanon

 

Se teindre : colorer ses cheveux ou d’autres poils :

Les poils bourrus qui hérissaient ses joues tout autant que son crâne étaient restés d’un roux tirant sur le rose et on ne pouvait le soupçonner de se teindre comme la duchesse de Guermantes.

Proust, À la recherche du temps perdu

 

 

2. communiquer une couleur ;

Une ombre colorée, un commencement de nuit qui gardait des lueurs de brasier mourant entrait dans la chambre, semblait teindre les meubles, les murs, les tentures, les coins avec des tons mêlés d’encre et de pourpre.

Maupassant, Bel-ami

 

3. imprégner au sens abstrait, donner un caractère à quelque chose.

Il suffit d’une goutte de vin pour rougir tout un verre d’eau ; pour teindre d’une certaine humeur toute une assemblée de jolies femmes, il suffit de la survenue d’une femme plus jolie, — surtout lorsqu’il n’y a qu’un homme.

Hugo, Notre-Dame de Paris

 

L’antonyme « déteindre » est courant : il signifie « décolorer » et, par extension, « influer sur quelqu’un ».

 

Teinter


Du latin médiéval tinctare, « teindre ».

1. en art : couvrir d’une teinte, c’est-à-dire d’une couleur faite d’un mélange de couleurs ou d’une couleur plus ou moins intense ;

Pécuchet composa un lavis à l’encre de Chine, n’oubliant pas de teinter les bois en jaune, les bâtiments en rouge, et les prés en vert, car les tableaux d’un Chavignolles idéal le poursuivaient dans ses rêves ;

Flaubert, Bouvard et Pécuchet

 

2. donner une couleur légère ;

Mais, Pauline n’avait pas en toute sa personne une goutte de pudeur pour teinter de rose la plus petite place de son corps charmant […]

Barbey d’Aurevilly, Les Diaboliques

 

3. modifier ;

Apparenté comme il est, cousin des Loisillon, du baron Huchenard, il n’aurait qu’à vouloir, à teinter d’un peu d’eau son vin trop raide ;

Daudet, L’Immortel

 

Adrian

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