« Rancœur » et « rancune » sont des paronymes et des synonymes. Ils sont apparentés par l’étymologie.

 

Rancœur


Du bas latin rancorem, de rancor, rancoris, « rancidité, rancissure  », et « rancune » en latin chrétien.

La rancœur signifie : le ressentiment laissé après une déception ou une injustice, la rancissure morale que laisse le souvenir d’une désillusion.

Ce terme est considéré comme vieilli par le Littré au XIXe siècle, mais force est de constater qu’il est toujours présent dans l’usage. Il a probablement regagné en popularité à la fin du XIXe siècle (cf. google ngram).

 

Exemples 

On éprouve souvent de la rancœur après une rupture amoureuse. 

 

Je sucerai, pour noyer ma rancœur,
Le népenthès et la bonne ciguë
Aux bouts charmants de cette gorge aiguë
Qui n’a jamais emprisonné de cœur.

Baudelaire, Le Léthé

 

Levé d’un dos vraiment et gaîment volontaire,
Après la bonne haine et la chère rancœur.
Le rêve de tenir, implacable vainqueur.
Les ennemis du cœur et de l’âme et les autres ;
De voir couler des pleurs plus affreux que les nôtres
De leurs yeux dont on est le Moïse au rocher,

Verlaine

 

À lire ici : « stupéfait » ou « stupéfié » ?

 

Rancune


Selon le Dictionnaire historique de la langue française, d’un latin populaire rancura, altération de rancor par croisement avec cura, « souci ».

Rancune signifie comme rancœur : ressentiment tenace né d’une déception, d’une injustice, d’une désillusion.

Seulement, contrairement à rancœur, ce terme entre dans l’expression « sans rancune ! ». Il a servi aussi à former l’adjectif très courant « rancunier », qui a pris la place de l’ancien français rancuneux. Enfin, il est d’usage un peu plus courant que « rancœur » (cf. google ngram).

 

Exemples

Me tiens-tu rancune pour ce que je t’ai fait ? 

 

Je reconnaissais la profondeur de cette rancune à la joie infâme qui m’inondait le cœur lorsque le marquis recevait une lettre de Paris, qu’il la lisait d’un sourcil froncé, et qu’il soupirait : « Charlotte n’est toujours pas bien… »

Bourget, Le Disciple

 

Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,
Le coeur gros de rancune et de désirs amers,
Et nous allons, suivant le rythme de la lame,
Berçant notre infini sur le fini des mers :

Baudelaire, Le voyage

 

Vous savez comme ce vilain animal était méchant, rancunier et malicieux.

Sue, Les Mystères de Paris