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« Rancœur » et « rancune » : quelle différence ?

Publié le 29/09/2019
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« Rancœur » et « rancune » sont des paronymes et des synonymes. Ils sont apparentés par l’étymologie.

Rancœur

Du bas latin rancorem, de rancor, rancoris, « rancidité, rancissure  », et « rancune » en latin chrétien. La rancœur signifie : le ressentiment laissé après une déception ou une injustice, la rancissure morale que laisse le souvenir d’une désillusion. Ce terme est considéré comme vieilli par le Littré au XIXe siècle, mais force est de constater qu’il est toujours présent dans l’usage. Il a probablement regagné en popularité à la fin du XIXe siècle (cf. google ngram). Exemples :

  • On éprouve souvent de la rancœur après une rupture amoureuse. 
  • Je n’arrive pas à noyer ma rancœur dans le divertissement, je ne fais qu’y penser !
  • Après la bonne haine et la chère rancœur.
    Le rêve de tenir, implacable vainqueur.
    Les ennemis du cœur et de l’âme et les autres ;
    De voir couler des pleurs plus affreux que les nôtres
    De leurs yeux dont on est le Moïse au rocher, (Verlaine)

À lire ici : « stupéfait » ou « stupéfié » ?

Rancune

Selon le Dictionnaire historique de la langue française, d’un latin populaire rancura, altération de rancor par croisement avec cura, « souci ». Rancune signifie comme rancœur : ressentiment tenace né d’une déception, d’une injustice, d’une désillusion. Seulement, contrairement à rancœur, ce terme s’applique notamment à l’amertume née de l’action de quelqu’un, et entre dans l’expression « sans rancune ! ». Il a servi aussi à former l’adjectif très courant « rancunier », qui a pris la place de l’ancien français rancuneux. Enfin, il est d’usage un peu plus courant que « rancœur » (cf. google ngram). Exemples :

  • Me tiens-tu rancune pour ce que je t’ai fait ? 
  • Sans rancune mon ami, cet incident fâcheux est déjà oublié !
  • C’était une très méchante personne, rancunière, et qui n’oubliait jamais de vous causer un malheur !
  • « Je reconnaissais la profondeur de cette rancune à la joie infâme qui m’inondait le cœur lorsque le marquis recevait une lettre de Paris, qu’il la lisait d’un sourcil froncé, et qu’il soupirait : “Charlotte n’est toujours pas bien…” » (Bourget, Le Disciple)
  • Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,
    Le coeur gros de rancune et de désirs amers,
    Et nous allons, suivant le rythme de la lame,
    Berçant notre infini sur le fini des mers : (Baudelaire, Le Voyage)