« Affleurer » & « effleurer : quelle différence ?

« Affleurer » et « effleurer » sont des paronymes. Ils ne se distinguent que par leur lettre initiale. Ils dérivent tous deux de « fleur », au sens de « surface ».

 

Affleurer : définition


Ce verbe dérive de l’expression « à fleur de », « à la surface de » (cf. ici l’expression « à fleur de peau »).

Ce verbe signifie aujourd’hui :

1. arriver au ras de, au même niveau que ;

Cet appareil fut donc installé ; puis l’ingénieur, après avoir fait éloigner ses compagnons, remplit le trou de mine de manière que la nitro-glycérine vînt en affleurer l’ouverture, et il en jeta quelques gouttes à la surface de la roche, au-dessous de la masse de fer déjà suspendue.

Verne, L’Île mystérieuse

 

Favorisée par une forte brise S.-O., la mer clapotante affleurait les quais du Havre et s’engouffrait dans les égouts de ladite ville, se mélangeant avec les eaux ménagères, qu’elle rejetait dans les caves des habitants.

Alphonse Allais, Une Mort bizarre

 

Des îles de mémoire commencent à surgir du fleuve de la vie. Ce sont d’abord d’étroits îlots perdus, des rochers qui affleurent à la surface des eaux.

Rolland, Jean-Christophe

 

Affleurer au sol : « être au même niveau que la surface du sol »

La houille affleure au sol ; les calcaires dressent des escarpements couleur de rouille.

Vidal de la Blache, Tableau de la géographie de la France

 

2. Être près ;

En dehors du mur d’enceinte, qu’affleurait le pavillon, se dressait une rangée d’arbres taillés en pointe et formant un rideau pour arrêter le vent poudreux du sud, toujours chargé des ardeurs du désert.

Gautier, Le Roman de la momie

 

Swann, transporté comme nous le sommes par le naturel d’un enfant ou par la vérité d’un portrait qui semble sur le point de parler, sentait si bien l’âme de sa maîtresse affleurer à son visage qu’il ne pouvait résister à venir l’y toucher avec ses lèvres.

Proust, À la recherche du temps perdu

 

3. Émerger à la surface de quelque chose, pour un liquide ;

Les jattes sont alignées, pleines de lait toujours plus jaune jusqu’à ce que toute la crème en soit montée. — La crème affleure lentement ; elle se boursoufle et se ride et le petit-lait s’en dépouille.

Gide, Les Nourritures terrestres

 

4. Vocabulaire technique : mettre au même niveau des éléments contigus ;

5. Par métaphore : devenir perceptible, émerger, percer après avoir été dissimulé, caché, dans les tréfonds de quelque chose ;

L’éloquence était l’affaire des gens de loi et surtout d’Église – oraisons funèbres, homélies diverses, grands sermons où parfois affleurait un propos politique –, mais ceux qui dirigeaient les affaires de l’État ne prenaient pas la parole en public.

Éric Hazan, La Révolution française

 

Les premiers capitulaires furent ainsi écrits dans un latin médiocre, parfois à la limite de la correction grammaticale et où le vernaculaire affleurait à chaque phrase.

Bruno Dumézil, Servir l’État barbare dans la Gaule franque

 

« Affleurement » désigne le plus souvent les roches qui sortent du sous-sol et qui sont mises à nues :

La micro-région de l’affleurement de calcaire fin oolithique du Bois des Lens, qui constitue les premières hauteurs sub-cévenoles […]

Jacqueline Lorenz, ‎Jean-Claude Miskovsky , Pierre et archéologie

 

À lire ici : « distancer » et « distancier », quelle différence ? 

 

Effleurer : définition


Esfloré au XIIIe siècle, « qui a perdu sa fraîcheur ». Le verbe a eu pour sens « dépouiller de ses fleurs » jusqu’au XVIe siècle ou « retirer l’écorce ». 

Ce verbe signifie aujourd’hui :

1. En tannerie : retirer la fleur d’une peau, c’est-à-dire la couche superficielle, pour rendre cette peau plus souple ;

2. Toucher légèrement, toucher à peine ;

Sa balle m’a effleuré la tempe. J’en ai senti le vent.

Maupassant, Bel-ami

 

Henriot, suffoqué de rage, lui donna un coup de sabre à fendre un mur ; mais c’était un revers d’ivrogne, si mal appliqué, qu’il ne fit qu’effleurer la manche de l’habit et à peine la peau, à ce que je jugeai.

Vigny, Stello

 

3. Entamer légèrement une surface, blesser, égratigner, érafler ; 

À ce moment, Françoise poussa un cri. Une balle, qui avait ricoché, venait de lui effleurer le front. Quelques gouttes de sang parurent.

Zola, Les Soirées de Médan, L’Attaque du moulin

 

Sens métaphoriques :

4. moralement : atteindre légèrement, toucher légèrement ;

— L’idée d’une réussite publique m’effleura, me tenta. ON connaîtrait d’autres gens, d’autres choses, pensai-je vaguement

Beauvoir, La Force de l’âge

 

Encore une petite hémorragie, un crachement de sang, plutôt. La peur de la mort m’a effleuré. Oh ! sans doute, sa pensée me revient souvent, et parfois elle m’inspire de la crainte.

Bernanos, Journal d’un curé de campagne

 

5. Examiner superficiellement une chose, survoler un sujet, sans s’atterder ;

Voilà donc les divers points sur lesquels j’appelle la sollicitude du gouvernement : premièrement, étudier dans son ensemble la question du littoral que je n’ai pu qu’effleurer

Hugo, Actes et paroles, La Défense du littoral

 

Soit pour ne pas contribuer aux malveillances qu’on disait sur telle ou telle, soit pour toute autre raison, la seule chose qui frappait alors, dans ses traits si mobiles, c’est qu’à partir du moment où on avait effleuré ce sujet, ils avaient témoigné de leur distraction […]

Proust, À la recherche du temps perdu

 

6. user à peine de quelque chose ;

Quant au comte, il effleurait à peine chaque plat ; on eût dit qu’en se mettant à table avec ses convives il accomplissait un simple devoir de politesse […]

Dumas, Le Comte de Monte-Cristo

 

« Effleurement » renvoie à l’action d’effleurer :

Peu à peu, ils sentirent comme l’effleurement d’une haleine, l’approche d’un être impalpable.

Flaubert, Bouvard et Pécuchet

Adrian

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