« Coasser » et « croasser » : quelle différence ?

« Coasser » et « croasser » sont deux verbes paronymes.

Les deux verbes ont été confondus par de grands auteurs : 

Une Grenouille en soûpiroit.
Qu’avez-vous ? se mit à luy dire
Quelqu’un du peuple croassant.

La Fontaine, Les Deux Taureaux et une Grenouille, édition des Fables de 1708

 

Le musicien qui veut rendre du bruit par du bruit se trompe ; il ne connoît ni le faible ni le fort de son art ; il en juge sans goût, sans lumieres. Apprenez-lui qu’il doit rendre du bruit par du chant ; que, s’il faisoit croasser des grenouilles, il faudroit qu’il les fît chanter

Rousseau, Essai sur l’origine des langues

 

 

Coasser : la grenouille


Du latin coaxare, du grec κοαξ, koax, onomatopée imitant le cri des grenouilles.

Coasser signifie : pousser son cri pour une grenouille ou un crapaud (le coassement).

Toutes les bêtes de l’eau s’étaient réveillées ; les grenouilles coassaient furieusement, tandis que, d’instant en instant, tantôt à droite, tantôt à gauche, j’entendais cette note courte, monotone et triste, que jette aux étoiles la voix cuivrée des crapauds.

Maupassant, La Maison Tellier

 

À l’heure où l’homme repose, les lapins argentés par la rosée bondissent sur les menthes des sillons et tiennent des conciliabules ; les grenouilles coassent dans la mare, y clapotent

Jammes, Le Roman du Lièvre

 

Ce terme a aussi pris la valeur de « dire des propos désagréables, jaser, médire », ou à sert à former des métaphores à ce propos :

Comme tout créateur, Walter Scott a été assailli jusqu’à présent par d’inextinguibles critiques. Il faut que celui qui défriche un marais se résigne à entendre les grenouilles coasser autour de lui.

Hugo, Sur Walter Scott

 

Je ne vois pas paraître mon article et il en paraît d’autres qui sont mauvais et injustes. Les ennemis sont toujours mieux servis que les amis. Et puis, quand une grenouille commence à coasser, toutes les autres s’en mêlent.

Sand, Correspondance, À Flaubert, 14 décembre 1869

 

À lire ici : grenouille & crapaud, quelle différence ?

 

Croasser : le corbeau


De l’onomatopée exprimant le cri du corbeau (croa-croa en français).

Croasser signifie : pousser son cri pour un corbeau ou une corneille (croassement).

[…] lorsqu’elle entendit quelques corbeaux croasser dans les ouvertures grillées du clocher, par ce déclin d’un jour d’hiver, gris et bas […]

Barbey d’Aurevilly, L’Ensorcelée 

 

Qui sait même si, dans le silence de la cellule, les cris éperdus de ces choucas qui croassent sans arrêt ne me manqueront point, reprit-il, considérant, avec un sourire, les nuées de ces oiseaux qui s’abattaient sur les tours

Huysmans, La Cathédrale

 

Ce terme a aussi pris la valeur de « dire des propos désagréables, jaser, médire » :

Et en vérité je ne doute point que le public ne soit enfin étourdi et fatigué d’entendre, depuis quelques années, de vieux corbeaux croasser autour de ceux qui, d’un vol libre et d’une plume légère, se sont élevés à quelque gloire par leurs écrits.

La Bruyère

En cent lieux contre lui les cabales s’amassent ;
Ses rivaux obscurcis autour de lui croassent

Boileau, Épître VII

Il signifie aussi : « parler de façon rauque ou discordante ».

L’accent n’est pas moins divers : les Français nasillent, les Italiens chantent, les Anglais sifflent, les Maltais glapissent, les Allemands croassent […]

Gautier, Loin de Paris

 

À lire ici : corbeau et corneille, quelle différence ?

Adrian

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