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« Loin s’en faut » ou « tant s’en faut » ? 📚

Publié le 08/10/2020 (m.à.j* le 31/05/2024)
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La réponse

On dit plutôt : « tant s’en faut », synonyme de « loin de là ». Mais « loin s’en faut » devient courant, et domine peut-être même l’usage. « Je ne suis pas contre cette idée, tant s’en faut, mais il faut la travailler un peu plus avant de pouvoir en faire quelque chose ».

« Loin s’en faut » ou « tant s’en faut » ?

Deux locutions synonymes, « tant s’en faut » et « loin de là », qui signifient toutes deux « bien au contraire », se sont ici croisées pour en donner une nouvelle, loin s’en faut. Cette dernière est rejetée par l’Académie française, ou par certains linguistes comme Bernard Cerquiglini (voir les Petites Chroniques du français comme on l’aime). Le Bon Usage la qualifie de « hasardeuse ». Son usage est cependant devenu habituel, peut-être même plus que celui de tant s’en faut.

tant s'en faut loin s'en faut
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Exemples dans la presse ou dans des livres contemporains : 

  • Le vacher et son fils n’ont pas fait preuve de négligence ou d’impréparation, loin s’en faut. (Francetvinfo.fr)
  • Chronique. Et voici le grand retour des débats sur la dette ! Pas partout, loin s’en faut : en France, certains pensent même qu’elle n’est désormais plus un problème. (Lemonde.fr)
  • Mais nous ne sommes pas, loin s’en faut, au bout du chemin, notamment en ce qui concerne l’accès aux fonctions exécutives locales ou au Parlement. (Chirac, Mon Combat pour la France)

Le verbe « falloir » dans « tant s’en faut » est employé dans le sens ancien de « manquer ». Il est présent avec ce sens dans une locution bien plus courante aujourd’hui, « il s’en est fallu de peu ». Deux alternatives existent, « beaucoup s’en faut » (très loin de là, emploi rare) et « peu s’en faut » (presque). À lire en cliquant ici : qu’est-ce qu’une paronomase ?

Exemples

Dès après le premier dîner que j’avais fait à La Raspelière avec ce qu’on appelait encore à Féterne « le jeune ménage », bien que M. et Mme de Cambremer ne fussent plus, tant s’en fallait, de la première jeunesse, la vieille marquise m’avait écrit une de ces lettres dont on eût reconnu l’écriture entre des milliers.

Proust, À la recherche du temps perdu

Oh non ! Je suis plus malade que jamais. – J’agonise, je suis mort, ou peu s’en faut !

Gautier, Mademoiselle Maupin

Jocelyn et Mireille* ne sont pas à court d’économies, beaucoup s’en faut. Mais le problème qu’ils soulèvent ne manque pas d’intérêt pour autant.

Lapresse.ca

À lire en cliquant ici : « j’ai fais » ou « j’ai fait » ?