185 mots français d’origine arabe

Cette liste vous présente 185 mots français d’origine arabe, ou d’une autre origine mais transmis au français par l’arabe. Cette liste de mots français d’origine arabe n’est pas exhaustive. Une courte notice vous présente chaque étymologie. N’hésitez pas à suggérer d’autres mots, ou à apporter corrections et informations complémentaires. Lorsque Salah Guemriche est cité, il est fait référence à son Dictionnaire des mots français d’origine arabe.

 

Abricot : de l’arabe al-barquq, البرقوق, qui a été emprunté au grec byzantin praikokion, πραικόκιον, avec l’ajout de l’article arabe « al ». Le grec vient lui-même du latin malum (pomme) praecoquum (« précoce »), parce qu’il arrive vite à maturité. Ce fruit était nommé Prunus armeniaca (son nom scientifique), « prune d’Arménie », du nom de la région à partir de laquelle il a été introduit dans le pourtour méditerranéen (ce fruit vient de l’Himalaya). Al-barquq a donné l’espagnol albaricoque et le catalan albercoc, devenu abricot en français (enregistré sous cette forme dès la 1re du Dictionnaire de l’Académie française, 1694). Cependant, en arabe al-barquq désigne la prune, tandis que l’abricot est nommé al-mashmash, المشمش.

Alambic : de l’arabe al-inbiq, الإنبيق, au pluriel الانابيق, « le chapiteau qui coiffe une cornue », la cornue étant un récipient employé en chimie qui a une forme arrondie surmontée d’un col long, courbé et étroit. Il a donné en espagnol alambique, alambico, mais le TLFi juge que cette langue n’a pas servi d’intermédiaire avec le français, puisque le mot y est apparu trop tardivement. Toujours selon le TLFi, le terme pourrait avoir été introduit en français le latin des alchimistes, alambicus. Le mot arabe viendrait du grec du ambix, ἄμϐιξ, « vase à bord relevé » ou « appareil à distillation ». Selon Salah Guemriche, on trouve chez Avicenne (980 – 1037) alanbik, du verbe nabaka, dont la conjugaison « intabaka » signifie « il a tiré » (lié au verbe nabata, نبط, « tirer de l’eau – d’un puits »).

Albatros : plusieurs hypothèses circulent sur l’origine de ce terme, dont la racine européenne est probablement le portugais alcatraz. Selon Salah Guermiche, ce mot portugais viendrait de l’arabe al-qitris, القطرس, peut-être de la racine qatr, قَطر, « s’atteler », « remorquer », de l’attirance supposée des albatros pour les voiliers. Le TLFi n’évoque pas d’étymologie arabe, mais le Dictionnaire historique de la langue française évoque al-jattaz, soit al-qattas, الغطاس, « plongeur, grèbes » (un oiseau).

Alcaloïde : nom d’une substance organique aux propriétés intenses et remarquables, qui est dérivé d’alkali (cendres de plantes marines dont on retirait la soude), de l’arabe qalawi, قلوي.

Alchimie : art de la transmutation du métal, vient du latin alchimia, formé lui-même sur l’arabe al-kimiya, الكيمياء, , qui a notamment servi de titre à un livre Al-Ghazali (L’Alchimie du bonheur, en farsi کیمیای سعادت). Le terme arabe vient peut-être du grec khêmia, χημία, « de l’Égypte »,  soit l’art occulte des Égyptiens soit leurs écrits religieux, soit du grec khumeia, χυμεία, « mélange de plusieurs sucs ».

Alcool : de l’arabe al-kouhoul, الكحول,  « poudre d’antimoine », l’antimoine étant un élément chimique qui entre dans la compositions de certains alliages et qui, sous forme de poudre, sert de fard. Al-kouhoul a d’ailleurs donné kohl, « fard à paupières ». Le passage du sens « poudre d’antimoine » à « essence obtenue par distillation » puis à « eau de vie » s’est fait progressivement entre les XVIe et et XVIIIe siècles. L’orthographe est passée de alcohol à alcool à la fin du XVIIIe siècle.

Alcôve : de l’arabe al-qubba, القبة,  « coupole, dôme, dais, tourelle » (Salah Guemriche), qui prend au XIVe siècle le sens de « petite pièce intime » (Etymonline relève la présence la racine sémitique q-b-b, « être penché, voûté »). Il passe au XIIIe siècle dans l’espagnol alcoba, « endroit où l’on fait le pesage public » (TLFi), « passage public » puis, à partir de la fin du XIII, « coupole », puis « coin ou renforcement réservé à un lit », et aujourd’hui, « chambre à coucher ». Il entre à français à partir du sens « coin réservé à un lit », dans le vocabulaire de la préciosité (Dictionnaire historique de la langue française).

Aldébaran (α Tauri) : de l’arabe al-adabaran, الدَبَرَان‎, « le suiveur » (des Pléiades).

Alezan : de l’espagnol alazán (XIIIe siècle), qui vient selon Salah Guemriche (en accord avec une explication ancienne de l’étymologie, que l’on retrouve chez Antoine-Paulin Pihan au XIXe siècle par exemple) de l’arabe al-hissan, الحِصَان, « le cheval », « l’étalon ». Selon  le TLFi, cette explication ne « convient pas sémantiquement ». Le terme viendrait plutôt de az’ar, ازعر, qu’il définit comme « brun, rougeâtre », mais qui renvoie en arabe moderne à « vagabond, brigand », ou peut-être à izar, ازار, « tenture, voile, tablier » ou « robe de cheval » comme S. Guemriche tente de le deviner, mais il précise que alezan se dit en arabe ashqar, أشقر, « roux, bond, flauve ».

Algarade : de l’arabe al-qara, الغارة, « raid, incursion, attaque », passé au début du XIVe siècle à l’espagnol algara (TLFi), qui a dérivé en algarada. Le mot pénètre en français au début du XVIe siècle (Dictionnaire historique de la langue française).

Algèbre : de l’arabe al-jabr, الجبر, « remise en place, restitution, réduction d’une fracture » (Salah Guemirche, dérivé du verbe jabara, جبر),  employé dans un sens étendu dans le titre d’un livre du mathématicien iranien Al-Khuwârizmi الخوارزمي v; (~ 780 ~ 850), Kitāb al-mokhtasar fi hisab al-jabr wall-moqabalat, (كتاب المختصر في حساب الجبر والمقابلة), « Manuel de calcul par la restauration et la comparaison », dans lequel il présentait des méthodes de résolution des équations. Ce livre a été traduit en latin au XIIe siècle par deux traducteurs présents en al-Andalus, Robert de Chester et Gérard de Crémone, le premier sous la forme In nomine dei pii et misericordis incipit Liber Restauracionis et Opposicionis Numeri quem edidit Mahumed filius Moysi Algaurizmi, qui traduit al-jabr par « restauracionis », et le second sous la forme Liber Maumeti Filii Moysi Alchoarismi de algebra et aLMuchabala incipit, qui introduit la translittération algebra, qui est à l’origine du « algèbre » français (cf. Marc Moyon, Des savoirs en circulation: transmissions, appropriations, traductions en histoire des mathématiques).

Algorithme : de l’espagnol alguarismo « art de compter, arithmétique » (TLFi, attesté au XIIIe siècle), qui est une transcription du nom arabe du mathématicien iranien Al-Khuwârizmi الخوارزمي. La forme originelle française augorisme a été altérée en « algorithme » sous l’influence du grec arithmos, ἀριθμός, « nombre ».

Almanach : de l’arabe espagnol al-manâkh, المناخ, « calendrier » (taqvim, تقويم , en arabe moderne) attesté au XIIIe siècle (TLFi), venant de l’arabe syriaque al-munâkh, المناخ, présent dans ilm al-munâkh, علم المناخ, « climatologie », « science du climat » (Salah Guemriche), venant peut-être du syriaque l-manhaï, « l’an prochain ». Le TLFi disqualifie l’hypothèse d’une origine dans le grec ancien, très rare, almenikhiaka, αλμενιχιακα. Il est entré dans le latin médiéval anemalhac ou almenach, qui a donné le mot français.

Amalgame : le latin des alchimistes amalgama, « alliage du mercure avec d’autres métaux », « alliage de métaux entre eux » (qui a donné au sens figuré aujourd’hui « mélange hétérogène, confusion abusive ») est formé, selon le Salah Guemriche et le TLFi, sur l’arabe amal al-jama’a, عمل الجماع, ou amal al-gimâ, « œuvre de l’union charnelle » (métaphore du mercure qui prend possession des autres métaux ?), le verbe jama’a, جمع signifiant « unir, réunir ». Etymonline évoque plutôt al-malqam,  الملغم,  « cataplasme émollient ou onguent pour les plaies », du grec malagma, μάλαγμα, « émollient », de malasso, μαλάσσω, « ammolir », venant de malakos, μαλακός, « tendre, mou ».

Ambre : décalque de l’arabe anbar, عنبر, qui désigne exclusivement dans cette langue l’ambre gris. Il a donné plusieurs formes en latin médiéval :  anbar, ambra, ambrum, ambarum, etc.

Amiral : emprunté à l’arabe amir al-bahr, أمير البحر,  « émir » (chef) des mers (selon Dictionnaire des mots arabes d’origine française), le terme serait donc passé en français avec l’apocope d’al-bahr, ou emprunté à l’arabe amir al-ali, أمير العلي,  chef suprême. Le terme désigne d’abord le chef des Sarrasins. Il prend le sens de chef de la flotte au début du XIIIe siècle à la cour des Normands de Sicile (Dictionnaire historique de la langue française). En arabe moderne, la forme principale est la retranscription admiral, أدميرال.

Argan : de l’arabe arqân, أرغان, de l’arabe maghrébin argan, qui viendrait lui-même du berbère ⴰⵔⴳⴰⵏ (argan). L’arganier est un arbre endémique du Maroc.

Argousin : de l’arabe al-wazir, وزير, « chargé d’un ministère », qui est à l’origine de vizir, « ministre », et dérivé du verbe wazara, وزر , « porter une charge, porter un fardeau », de là l’idée métaphorique de porter la charge d’un ministère (Salah Guemriche). Ce terme a donné en espagnol alguacil ou alguazil, « gendarme », et l’ancien catalan agutzir, « gouverneur d’une collectivité de sarrasin » (TLFi), passé au sicilien aguzerino « huissier du tribunal » au XIVe (Dictionnaire historique de la langue française) et au napolitain algozino « gardien de prison ». Il est introduit au XVe en français sous la forme agosin, puis argousin au XVIe siècle, au sens de « surveillant des forçats, garde-chiourme » (Dictionnaire historique de la langue française).

Arsenal : de l’arabe dar al-sinaâ, دار الصناعة, littéralement « maison de fabrication ou d’artisanat » , en réalité atelier-entrepôt qui cotoyait la « fabrique d’armes », masnaâ aslihatan, مصنع اسلحة (Salah Guemirche). Ce terme a été introduit en Europe par l’Italie : il entre dans le pisan darsena (1147), puis tersanaia/tersanaja, tersonaja en lucquois, tarcenale en napolitain, et surtout darzanà en vénitien, qui a évolué en arzana puis arsenale. En italien, darsena signifie toujours « quai ».

Artichaut :  de l’italien de Lombardie articcioco, transmettant lui-même l’espagnol alcachofa ou alcarchofa, de l’arabe al-kharshouf, الخرشوف.

Assassin : l’explication traditionnelle depuis le début du XIXe siècle (depuis Antoine-Isaac Silvestre de Sacy en 1809 selon le Dic. historique de la langue française) fait dériver le terme de hashâshun, الحشاشون, pluriel de حشاش, hâshashi, « fumeur de hashish », de hashish (حشيش), employée notamment dans hushâshat al-rûh, حشاشة الروح, « dernier souffle de vie » (Salah Guemriche). Ce terme aurait été un surnom péjoratif donné par des sunnites à une secte d’ismaéliens qui auraient mené des opérations d’éliminations de musulmans et de chrétiens. Une autre hypothèse fait dériver le terme de assas, اساس, « fondement, base, armature », et de son adjectif assâsiyun, أساسي ,  « fondamental », et signifierait donc « fondamentaliste, proches des fondements de la foi ». Le terme est entré en Europe par l’italien assassino, assessino, employé par Dante.

Aubergine : du catalan alberginia (TLFi), décalque de l’arabe bazindjânoun, باذنجان, lui-même emprunté à l’ancien farsi bâtigân (aujourd’hui bâdemdjân, بادمجان), peut-être originaire du sanskrit.

Avanie : de l’italien avania, à propos de l’impôt infligé par les Turcs aux chrétiens, peut-être, selon le Dictionnaire historique de la langue française et le TLFi, du grec byzantin abania, αϐανια,, qui viendrait de l’arabe khawwân, خوان,, « félon, déloyal » (khiyâna, خيانة, « félonie ») selon Salah Guemirche. Ce dernier propose une autre hypothèse : une origine dans ihâna, اهانة, « insulte, affront, offense ».

Avarie : de l’arabe awar, uwar, عور, « défaut defectuosité, dommage causé » (Salah Guemriche), ou awariya, عوارية, du verbe i’tawara, « assaillir, attaquer, porter atteinte à », passé en français par l’italien avaria.

Ayatollah : de l’arabe ayatollah, آية الله, ou du farsi ayatollâ, آیت‌الله, littéralement « le signe de Dieu », ou « la preuve de Dieu », clerc de haut rang dans l’islam chiite, employé en français à partir la fin du XXe siècle d’après la théocratie iranienne post-1979 .

Azimut : de l’arabe as-samt, السمت , « la direction, le chemin, le point d’horizon » (au pluriel as-soumout, السموت), présent dans l’expression as-samtu ar-ras, السمت الراس, « la direction au-dessus de la tête » (Salah Guemriche). Employé dans l’expression « tous azimuts ».

Azur : de l’arabe lazurd, forme populaire de lazaward, لازورد (lapis-lazuli), qui retranscrit le farsi lâdjevard, لاجورد, (sang-e lâdjevard, سنگ لاجورد, « pierre du lapis-lazuli »), entré au XIe siècle dans le latin azurium. C’est le titre d’un poème de Mallarmé.

Baobab : de l’arabe bou habâb, بو حباب  « arbre aux nombreuses graines », « arbre aux nombreux fruits », « arbre aux fruits charnus » (Salah Guemriche), ou abou (« père ») hibâb (« graînes »), أَبُو حِبَاب‎. Le baobab a une importante longévité, et produit des fruits très caloriques, les « pains de singe ».

Baraka : de l’arabe barakat, بَرَكات, « bénédictions (de Dieu ») et par extension, « chance ». Ce terme est lié au verbe baraka, بارك, « bénir, féliciter ». Baraka est probablement entré en français par l’argot des soldats d’Afrique ou des pieds noirs (cf. Salah Guemriche).

Barda : de l’arabe barda’a, بردعة, « bât », qui a donné l’espagnol albarda , mais qui est entré en français au XIXe siècle (berdâa puis barda) depuis l’Algérie par l’intermédiaire des soldats stationnés.

Bardot : de l’arabe barda’a, بردعة, qui a aussi donné barda. Cet animal porte le bât, ou sur lequel on pose une couveture de selle. En italien : bardotto.

Berbère : de l’arabe al-barbar, البربر. Les Arabes ont inventé un terme désignant l’ensemble des populations du Maghreb. Il n’est pas certain que le terme arabe ait été constitué à partir du latin barbarus (grec, βάρϐαρος), « barbare », qui ne désignait pas les habitants d’Afrique.

Bételgueuse (α Orion) : de l’arabe yad al-jaouzâ,  يَد الجَوْزَاء‎, « la main du Gémeaux », ou la main d’Orion.

Bled : de l’arabe algérien blad, correspondant à l’arabe classique balad, بلد, « pays, terre », entré en français par l’intermédiaire des soldats français d’Afrique du nord au XIXe siècle.

Bougie : de l’arabe Béjaïa, بجاية, ville d’Algérie où était produite des bougie en cire

Brêle : selon le Dictionnaire historique de la langue française, de l’arabe maghrébin bghel, correspondant à l’arabe baghl, بغل, « mulet ». Il est entré dans l’argot militaire au sens « d’imbécile », et est toujours vivant aujourd’hui pour désigner quelqu’un de « nul, mauvais » (« quelle brêle celui-là ! »).

Caban : de l’arabe qabâa, قباء, « tunique, vêtement de dessus » (selon TLFi, Le Robert, Salah Guemriche), terme ancien qui n’est pas enregistré par almaany.com par exemple. Etymologeek.com note une origine en moyen farsi, kp’h. Il est entré en français par le sicilien cabbanu, qui a donné le provençal caban.

Cador : selon le Dic. historique de la langue française, de l’arabe qaddour (dialecte algérien ?), « fort, puissance », qui correspond à l’arabe classique qadir,قدير, « fort, puissant, ominipotent ».

Cafard : de l’arabe kafir, كافر, adjectif signifiant « incroyant, mécréant, infidèle, converti à une autre religion », dérivé de kafara, كفر, « apostasie, infidélité, mécréance », entré en français au sens de « faux dévot », et qui a pris le sens de « blatte » dès le XVIe siècle, probablement par métaphore, parce que cet animal fuit la lumière.

Café : de l’arabe qahwa, قهوة,  entré en français soit par le turc qahve, soit par l’italien caffè. L’origine exacte de qahwa (où l’on retrouve la forme populaire caoua) est discutée : soit de la région de Kaffa au sud-ouest de l’Éthiopie (mais elle a peut-être été nommée parce qu’on y produisait du café), soit un dérivé de qouwa, قوة, « force, pouvoir, robustesse », soit de kafta, soit du khat. etc.

Caïd : de l’arabe qa’id, قائد, « chef, commandant, leader, etc. », (qiada, قيادة, « commandement, direction »), désignant un personnage important, un notable occupant des fonctions officiels. Il est entré en français d’Afrique du Nord, puis a désigné argotiquement un « chef de bande », puis un « mauvais garçon, un dur ».

Calibre : de l’arabe qalab, قَالَب, « moule, matrice, forme, briquette », « moule où l’on verse les métaux » (TLFi), et par extension (en français) « diamètre intérieur d’un tube ». L’arabe est emprunté au grec kalapous, καλάπους, « forme à monter en bois pour fabriquer des chaussures ».

Calife : de l’arabe khalifeh , خليفة,  littéralement « successeur » (de Muhammad à la tête de la communauté musulmane). Dérivé : califat.

Camphre : de l’arabe kafur, كافور, qui serait lui-même un transcription du vieux farsi kâpur (cf. Dictionnaire historique de la langue française), d’origine sanskrite. Il est entré dans le latin médiéval camphora.

Candi : de l’arabe qandi, قندي, adjectif de qand, قند, du farsi کند/ قند, peut-être d’origine hindi.

Carafe : de l’italien caraffa, peut-être emprunté à l’arabe qaraffat,  غرافة, « bouteille ventrue, cruche », du verbe qarafa, غرف, « puiser de l’eau » (Salah Guermiche).

Carat : l’italien carato et le latin médiéval caratus (attestés à la fin du XIIIe siècle, TLFi), sont empruntés à l’arabe qirat, قيراط , « graine de caroubier », utillsé comme unité de mesure ou unité de poids, du fait de son poids régulier et de sa forme régulière. L’arabe vient lui-même du grec keration, κεράτιον, « petites cornes » et, par analogie, « fruit du caroubier ».

Caravan : le farsi kârâvân, کاروان, « file de chameaux », a été introduit en latin (caravana, XIIe siècle, TLFi) par l’intermédiaire de l’arabe karafan, كارافان, pendant les Croisades.

Carmin : peut-être un croisement de l’arabe qirmiz, قرمزي, « cochenille » (cette matière ayant été produit avec de la cochenille) et du latin minium, « vermillon ». L’arabe vient du farsi qermez, قرمز, peut-être d’un ancien iranien kermast, d’origine sanskrite.

Caroube : de l’arabe kharroub, خروب.

Casbah : de l’arabe qasabah, قصبة, forteresse qui constitue le centre d’une agglomération, comme la casbah d’Alger.

Chiffre : le latin médiéval cifra, « zéro », vient de l’arabe sifr, صفر, « vide » (« vide anormal, inattendu »), parfois considéré comme calque du sanskrit śūnya, mais cette théorie est contestée. Le 0 vient peut-être de la lettre sad, ص, première lettre de sifr. Le même terme arabe a donné naissance à « zéro ».

Chimie : de l’arabe kimya, كيمياء,, « art de transformation des métaux », qui a aussi donné alchimie. Kemya vient de kemmiya, كمية, « dose, quantité, volume ». Salah Guemriche remarque que l’arabe maghrébin kemya, « petite quantité », a donné le mot pied-noir kémia (aujourd’hui disparu).

Chouya, chouia, chouïa : de l’arabe maghrébin shuya, correspondant à l’arabe classique, chuwayya, شوية , « un peu de », dérivé de shay’, شيء , « quelque chose, objet, chose ».

Civette : de l’arabe zabâd, زباد, qui a donné l’italien zibetto, à partir de qatt al-zabad,  قط الزباد, « chat à musc ». Salah Guemriche donne pour le nom de l’animal : sinawr al-zabâd, سنور الزباد.

Clebs : de l’arabe maghrébin kelb, « chien », correspondant à l’arabe classique kalb, كلب, entré en argot français par l’intermédiaire des soldats d’Afrique, d’abord sous la forme cleb (Dictionnaire historique de la langue française).

Coton : de l’arabe qatan, قطن, (qatan), passé en français par l’italien cotone, avec le développement de la culture de cette plante en Sicile après son introduction par les Arabes. L’espagnol algodón a conservé l’article arabe « al »(القطن, alqatan).

Couffin : coffin en provençal du XIIIe siècle (Dictionnaire historique de la langue française), du latin impérial cophinus« corbeille », du grec kofinos, κόφινος. Mais couffe, « grand cabas », emprunté au provençal couffo, venant lui-aussi du latin cophinus, pourrait avoir été réintégré par l’arabe quffa, قفة, « panier, seau »

Coran : en arabe al-qoran, القرآن, le Coran ;

Cramoisi : comme carmin, de l’arabe قرمزي, qirmizi, d’origine farsi, qermez, قرمز.

Curcuma :  de l’arabe kurkum, كركم, entré dans l’espagnol cúrcuma (XVIe siècle selon TLFi).

Dinar : l’arabe dinar دینار, est un emprunt au latin denarius , « denier », par l’intermédiaire du grec byzantin denarion, δηναριον.

Dirham : de l’arabe dirham, درهم, peut-être emprunté au grec drakhmê, δραχμή.

Divan : de l’arabe ديوان, diwan, « bureau », « service », employé en arabe classique dans ديوان الجمارك (« bureau des douanes). Il vient lui-même du farsi, divân, دیوان, « bureau » (peut-être d’origine sumérienne). Il a aussi donné douane. Le diwan désignait aussi la salle où se trouvaient aussi des sofas. Le mot est passé par métonymie aux sofas eux-mêmes.

Djellaba : de l’arabe maghrébin djelaba, جلابة, ou qallāba, qallābiyya, peut-être une déformation de djilbab, جلباب, robe cachant tous les attributs de la femme, des cheveux aux pieds.

Djihad : de جهاد, lié au verbe jahada, جاهد, « lutter, s’efforcer, aspirer ».

Douane : entré en français par l’italien médiéval doana, dovana, venant lui-même du latin médiéval de Sicile, qui l’a emprunté à l’arabe diwan, ديوان,, « bureau », « service », employé en arabe classique dans ديوان الجمارك (« bureau des douanes). Il vient lui-même du farsi, divân, دیوان, « bureau » (d’origine sumérienne peut-être).

Écarlate : l’étymologie arabe en sikirlât, saqirlât, est douteuse parce que ces termes ne sont pas attestés selon Salah Guemriche.

Élixir : de l’arabe al-iksir, الإكسير, « la pierre philosophale » des alchimistes, du verbe kassara, كسر, « rompre, broyer, fragmenter (en vue d’une refonte, Salah Guemriche). Selon le Dictionnaire historique de la langue française et le TLFi, al-iksir trouverait son origine dans le grec xerion, ξηρίον, « médicament de poudre sèche », dérivé de xeros, ξηρός, « sec ».

Épinard : de l’arabe d’Andalousie isbânikh, اسبانخ, ou sabânakh, سبانخ, (sabanikh en arabe moderne) correspondant à l’arabe oriental asfanâh, isfinâh, qui reprend le farsi esfenâj, اسفناج. Il est entré dans le médiéval spinarchia (XIIIe siècle, TLFi), l’ancien provençal spinarch, le catalan espinac (en français, au XIIIe siècle, sous les formes espinarde, espinar, puis épinart au XVIIe).

Estragon : le français médiéval targon (qui a donné tarragon en anglais), le latin médiéval tarcon, altarcon et le grec tarkhon, (ταρχον) viennent de l’arabe tarkhuna, طرخون,, qui vient lui-même du grec classique drakontion, δρακόντιον, au sens de « serpentaire », probablement d’après la forme de la plante et de l’usage qui en est fait (pour guérir des morsures ? ).

Fakir : de l’arabe faqîr, فَقير, « pauvre », terme diffusé en Inde, probablement par l’intermédiaire du farsi, et qui désignait les ascètes pratiquant des tours de magie dans la rue.

Fanal : le plus souvent lié au grec phanarion, φανάριον, diminutif de phanos, φανός, phanos , « lumière », qui a donné l’italien fanale, mais Salah Guemirche relève un mot semblable en arabe, fânous, فانوس, « lanterne », qu’il rapproche de fanâr, « balise, phare », dont on trouve une occurrence en italien au XIVe siècle (TLFi).

Fanfare : soit d’origine onomatopéique, soit originaire de l’arabe farfara, فرفر, « agiter des ailes, papillonner, se contorsioner », faire la fanfaron au figuré selon Salah Guermiche, qui aurait donné l’espagnol fanfarria. Dérivé : « fanfaron ».

Fardeau : tout comme hardes, ce terme est dérivé de « farde », de l’arabe fardah, فردة, au sens de « charge, paquet, ballot, paquet », « l’une des deux parties d’une chose, demi-charge d’une bête de somme, fardeau, balle, ballot, gros paquet; la moitié d’une pièce de coton servant de pagne » selon TLFi.

Fennec : de l’arabe fanak, فَنَك‎.

Fissa : de l’arabe maghrébin fi sâ’a,  في ساعة, « dans l’heure » correspondant à l’arabe classique, fi al-sa’a, في الساعة, entré en argot militaire pendant la présence française en Algérie.

Flouze : entré au début du XIXe siècle dans l’argot marseillais à partir de l’arabe fulous, فلوس, « argent », ou de l’arabe dialectal flus.

Gabelle : peut-être de qabâla, قبالة, terme arabe d’Espagne désignant un impôt (qabala signifie entre autres « accord, convention »), entré dans l’espagnol alcabala, le latin de Sicile gabella et dans les dialectes italiens cabella.

Gaze : selon le TLFi, de qazz, قَزّ, « soie », « bourre de soie », ou de la ville de Gaza (non-justifié ?). Salah Guemriche note la proximité phonétique avec le verbe ghazala, غزل, « filer (le coton) ».

Gazelle : de l’arabe ghazal, غَزال.

Gerboise : de l’arabe maghrébin jarbu, de l’arabe classique yarbou, يربوع.

Gilet : de l’arabe maghrébin djalika, « veste portée par les esclaves ou captifs chrétiens sur les galères », qui reprend le turc yelek, « gilet ». Il est entré dans l’esapgnol jileco/gileco/chaleco (forme contemporaine), le portugais jaleco, le sicilien gileccu/cileccu. Gilet se dit sadra, صدرة, en arabe moderne.

Girafe : de l’arabe zarafa,  زرافة, entré en français par l’italien giraffa.Selon le site Etymologeek.com, l’arabe zarafa a été repris par l’intermédiaire du syriaque au farsi zornapâ, زرناپا, littéralement « jambes de flûte ».

Goudron : de l’arabe qatrân, قطران, en arabe maghrébin qatran, qui a donné en espagnol alquitrán.

Goule : de l’arabe qoul, غول, « monstre, ogre, mauvais esprit ».

Gourbi : de l’arabe maghrébin qurbi ou gourbi, de l’arabe classique qaraba, قرابة, « parenté par le sang, proches parents ». Le gurbi était une habitation rudimentaire, souvent construite en adobe (Salah Guemirche). Le terme est entré dans l’argot militaire colonial.

Hammam : de l’arabe hammam, حَمَّام, « bain chaud, bain public » (aujourd’hui salle de bain, notamment en farsi), entré en français par l’intermédiaire du turc. Le terme est lié à hamim, حميم, « chaud (pour de l’eau), intime, proche (ami) », et dérivé du verbe hamma, حَمَّ, «chauffer de l’eau » (Salah Guemriche).

Hardes : tout comme fardeau, dérivé de « farde », de l’arabe fardah, فردة, au sens de « charge, paquet, ballot, paquet », « l’une des deux parties d’une chose, demi-charge d’une bête de somme, fardeau, balle, ballot, gros paquet; la moitié d’une pièce de coton servant de pagne » selon TLFi.

Harem : du turc ottoman harem, dérivé de l’arabe haram, حرم‎, « interdit, tabou, proscrit, etc. » et, par extension, « enceinte sacrée, sanctuaire », et donc par métaphore la suite de concubines réservées à l’homme de la famille (le plus souvent un souverain, un notable) et que les étrangers n’ont pas le droit de voir.

Harissa de l’arabe (tunisien selon Salah Guemriche) harissa, هريسة, « purée de piments rouges », dérivé du verbe harasa, هرس, « broyer, piler, écraser ».

Hasard : soit de l’arabe zahr, que l’on trouve dans ma’ou zahr, ماء زهر, « fleur d’oranger » (azahar en espagnol), qui aurait donné zahr en-nard, زهر النرد, le « dé à jouer », raccourci en az-zahr, الزهر, « le dé », peut-être parce que les dés étaient parfois décorés sur une face de cette fleur, soit de yassara, يسر, « faciliter, simplifier, rendre possible ». Mais aucune de ces hypothèses n’est certaine.

Haschich : de l’arabe hashish, حشيش,  « herbe, chanvre ».

Henné : de l’arabe hinna, حِنّاء, henna en arabe maghrébin, du nom d’un arbuste dont on dire cette teinture ocre qui sert notamment à orner la peau ;

Islam : إسلام, « soumission à Dieu » ;

Jarre : de l’arabe jarra, جَرَّة, « grand vase en terre cuite servant à la conservation des aliments », employé la première fois en français au royaume de Jérusalem selon le Dictionnaire historique de la langue française, et parvenu en France par l’italien giarra (jarra en espagnol).

Jasmin :  de l’arabe yassamin, يَاسَمِينٌ, qui retranscrit le farsi yâsmin, یاسمن, de l’ancien persan yāsman selon le TLFi.

Jupe : de l’arabe jubba, جبة, ou giubba, « toge d’homme ou robe » (Salah Guemirche) qui a donné l’italien giubba, attesté au XIe siècle, « veste d’homme ou de femme d’origine orientale » (TLFi).

Keffieh : de l’arabe kouffiyah, كوفية, qui pourrait se rattacher au latin tardif d’origine germanique cofea, cuphia « coiffe », selon le Dictionnaire historique de la langue française.

Khol : de l’arabe kouhoul, كحل, « antimoine », appliquée comme fard (a aussi donné « alcool » avec le maintien de l’article al).

Kif, kiffer : de l’arabe keif, كيف, « état d’esprit », par extension « bien-être, béatitude, calme d’esprit », qui a donné kif, كيف, sorte de préparation aux effets hallucinogènes de chanvre et de tabac, par extension « extase ». Employé en français dès le XIXe siècle, mais véritablement entré en argot français par le truchement de l’immigration maghrébine, aujourd’hui très courant au sens de « ce que l’on aime, aimer ». En farsi, keyf kardan, « avoir tiré de la joie, du plaisir de quelque chose ».

Kif-Kif : de l’arabe kif’a,  كفء, « égal, pareil, semblable à », redoublé en arabe dialectal, « c’est la même chose » (Salah Guemirche). Entré en argot français au XIXe siècle, et parfois renforcé par bourricot.

Laiton : l’hypothèse étymologique de l’arabe laytun, لَاطُون ,لاطون, « cuivre », reprenant un mot turc altun, « or » (altın en turc moderne), est fragile parce que laytun n’est pas attesté. Cuivre se dit en arabe nuhas, نحاس, et « laiton » se dit nuhas asfar, نحاس أصفر, « cuivre jaune »,

Lapiz-lazuli : de l’arabe lazaward, لازورد (lapis-lazuli), qui retranscrit le farsi lâdjevard, لاجورد, (sang-e lâdjevard, سنگ لاجورد), qui assi donné azur.

Lilas : l’arabe lilak, ليلك,  qui semble transcrire un ancien farsi leylak, لیلک‎, évolution de nilak, نیلک, dérivé de nil, نیل, « bleu », à partir d’une base de sanskrit (नीला, nila, cheminement proposé par Etymologeek.com).

Limon (citron) : de l’arabe leïmun ليمون, dérivé du farsi limou, لیمو, passé par l’ancien provençal lautz, et l’espagnol alod.

Maboul : de l’arabe mahboul, مَخْبول, « fou, qui a perdu la raison », du verbe habila, هَبِلَ, au sens de « perdre la raison ». Selon le Dictionnaire historique de la langue française, le terme est entré en français au XIXe siècle par l’intermédiaire du sabir.

Macramé : de l’arabe محرمة, mahrama, « mouchoir, foulard », entré en en génois (macramè) par le turc, ou de l’arabe miqrama, مقرمة.

Magasin : de l’arabe, makhzen, مَخزَن, au pluriel mahazin, مَخَازِن‎, du verbe khazana, خَزَنَ‎, « emmagasiner, entreposer, stocker », entré en français par le provençal ou par l’italien magazzino.

Maghreb : de l’arabe al-maqrib al-arabiyu, المغرب العربي. Maqrab seul, المغرب, « Occident » (du monde arabe), désigne le Maroc.

Marabout : l’arabe murâbit, مُرَابِط‎, « homme pieux, anachorète » sous une forme dialectale, a donné le portugais maraboto, marabuto, devenu morabito en espagnol. Salah Guemriche relève deux étymologies : le verbe rabata, رَبَطَ, « attacher, lier », dont l’adjectif est marbout, مَرْبُوط, « lié, attaché », et ribât,  رِبَاط‎, « attache, ligature », mais aussi « fort ou camp retranché » (de là Rabat, capitale du Maroc) et « relai, station » (pour la retraite et la prière). De l’homme vivant dans un ribat, murâbit a désigné l’homme pieux vivant dans une station isolée.

Maroquin : probablement de l’espagnol marroquín, dérivé de Marruecos, « Maroc », de l’arabe murrâkus, مُرَاكُش,  nom de Marrakech, qui a fini par désigner dans des langues européennes l’ensemble du royaume (en arabe, Maroc se dit Maqrab « Occident »). Selon le TLFi « ce sont les Arabes qui ont apporté la technique du cuir en Espagne ».

Matelas : de l’arabe moutrah, مُطّرَح, ou matrah ,مَطْرَح, « jeté, disposé, laissé ainsi », et par extension « couche, banquette de couchage » selon Salah Guemriche (peut-être un sens ancien) dérivé du verbe taraha, طَرَحَ, au sens spécifique de « poser, jeter ». Il entre d’abord dans l’italien materasso.

Matraque : de l’arabe maghrébin matraq ou matrag, « bâton, trique », « bâton dont se servent les Bédouins pour conduire leurs chameaux » (TLFi), correspondant à l’arabe classique mitraq, مِطْرَق ,« marteau, masse, maillet ».

Mazout : du russe mazut, мазут, qui remonte soit à l’arabe mahzoulât, مَهْزُولَات (pas attesté)‎ par l’intermédiaire du tatar, soit au verbe russe mazat, мазать, « tâcher, graisser ». Salah Guemriche propos plutôt mazyout, مزيوت, « huilé », formé sur le radical zeït, زيت, « huile ».

Merguez : merqâz en arabe, مرقاز, mirkâs, مِرْكَاس‎, en arabe d’Espagne, peut-être d’origine berbère, ou lié à l’espagnol morcilla, « boudin ».

Mérinos : de l’espagnol merino, nom d’une race de mouton, qui vient peut-être de l’arabe zan Bani-Merin, ضان بني مرين, du nom de la dynastie des Mérinides qui faisait produire des moutons et de la laine. Etymologeek.com voit une origine dans le latin maiorinus, sans que ce soit justifié. Le Dictionnaire historique de la langue française propose en outre merus, « mouton de pure race », dérivé de l’adjectif merus, « pur, sans mélange ».

Mesquin : de l’arabe miskin, مسكين, « pauvre, indigent », entré dans l’italien meschino, « malheureux, qui est dans un état de misère », et dans l’espagnol mezquino. Il a donné en français meschin, « jeune homme, serviteur », terme disparu au XVe siècle, et a été réintroduit au XVIIe siècle, dans un sens péjoratif.

Miskine : l’arabe miskin, مسكين, entré cette fois directement dans l’argot français au sens de « le pauvre ! », « le malheureux ! », ou « c’est pathétique ! ».

Moka : de Moukha, لمُخَا‎, nom d’un port exportateur de café au Yémen, sur la mer Rouge.

Momie : de l’arabe mumiya’, مومياء, terme qui a donné « momie » à partir du nom de la substance employée pour l’embaumement (faite de bitume ?). Le terme viendrait à l’origine du farsi moum, موم, « cire » (en farsi, momie donne moumiyâ’i, مومیایی).

Mosquée : de l’arabe masdjid, مَسْجِد, du verbe sajada, سَجَدَ, « s’incliner, se prosterner ».

Moussaka : selon le TFLi, le nom de ce plat, diffusé dans toutes les langues de l’Orient méditerranéen, viendrait de l’arabe égyptien mousaqa’a, مُسَقَّعَة, peut-être dérivé d’un verbe saqa’a, صَقِعَ, dans un sens ancien « percuter, écraser, frapper ».

Mousseline : de l’italien mussolina, « de Mossoul » (al-mawsil, الموصل), de l’arabe mosiliyi, موصليي. Selon le TLFi, cette ville du nord de l’Irak était célèbre pour la toile fini qui y était fabriquée.

Mousson : de l’arabe maosim ou mawsim, مَوْسِم, « saison » et par extension, « fête » (comme le moussem du Maroc évoqué par Salah Guemriche), ainsi que « saison du pèlerinage à la Mecque » et « saison des vents favorables à la navigation sur l’océan Indien ». Le verbe wasama,  وَسَمَ , dont il est dérivé, signifie « marquer, désigner ». Maosim est d’abord entré dans le portugais monção (forme contemporaine)/moução.

Nabab : titre de l’Inde moghole, navab en hindi (नवाब), nawab en ourdou ,نواب, qui viennent du pluriel arabe nawab,  نوّاب, « représentants, envoyés, vicaires, députés », au singulier nâ’ib, نَائِب.

Nacre : de l’arabe naqr,نقر « gravure sur pierre » (selon Salah Guermriche), du verbe naqara, « creuser, évider, excaver » (la nacre est fournie par la coquille de certains mollusques). Il a donné l’italien naccharo.

Nadir : de l’arabe nazir, نَظِير‎ , « équivalent, analogue, homologue », employé dans l’expression, nazir as-samt, نَظِير السَّمْت‎, « pendant de l’azimut » (Salah Gumeriche). Opposé au zénith.

Nénuphar : de l’arabe ninufar, نينفر,  qui retranscrit le farsi niloufar,نيلفر, terme apparenté au sanskrit niloptala, नीलोतपल, « lotus bleu », composé de nila, « bleu noir » (en farsi, nil, نیل, bleu), et uptalama, « fleur de lotus » (cf. Nicolas Tournadre, Le Prisme des langues).

Niquer : de l’arabe dialectal nik, « nique » (2e pers. du singulier de l’impératif), entré en français le par le sabir. Cet arabe dialectal correspond au verbe nakaha, نَكَحَ , « faire l’amour », et au nom nikah, نكاح « mariage, coït ». On retrouve ce terme de dialecte dans nik oummek (« n… ta mère » ! cf. Salah Guemriche).

Noria : l’espagnol noria/nora vient de l’arabe na’ura, ناعورة, qui serait selon Wiktionary un emprunt à un terme de syriaque classique, nâ’orata, ܢܥܘܪܬܐ, « moulin à eau, noria ».

Nouba : de l’arabe maghrébin nouba, « concert », « fanfare » au sens de fanfare itinérante, qui joue d’un lieu à un autre. Il correspond à l’arabe classique nouba, نوبة, signifiant notamment « tour, tour de rôle, changement » (en turc nöbet, en farsi nowbat, نوبت).

Nuque : l’arabe نُخاع, noukha, « moelle », « moelle épinière », emprunté en latin sous la forme nucha. Nuque n’a pris son sens moderne en français qu’au milieu du XVIe siècle.

Orange : de l’italien arancio, emprunté à l’arabe نارنج, nâranj, « bigaradier », venant lui-même du farsi نارنج , nâranj, de même sens (l’orange se dit portoqal, پرتقال , « Portugal ») ;

Oud : de l’arabe ‘oud, عود.

Oued : de l’arabe ouadi, وادي, « cours d’eau », « vallée ».

Pastèque : de l’arabe batikh, بَطِيخَ, « melon », probablement sous une forme dialectale battikha, et emprunté en latin sous la forme batheca arabica. En arabe, « pastèque » se dit batikhoun ahmarou, بَطّيخٌ أَحْمَرُ, « melon rouge ».

Quintal : de l’arabe qintâr, قِنْطَار, unité de mesure de 100 kilos, qui aurait été emprunté par l’intermédiaire de l’araméen (selon le TLFi) au grec médiéval kentenarion, κεντηνάριον, lui-même emprunté au latin tardif centanarius, « au nombre de cent » (centum, « cent »)

Ramadan de l’arabe رَمَضان, neuvième mois de l’année musulmane, lié à ramzâ, رَمْضَاء‎, « canicule, chaleur étouffante, sol chaud ».

Raquette : de l’arabe râhat, رَاحَة, « paume de la main », sous une forme dialectale rahet, et peut-être influencé selon le TLFi par rusgh, رُسْغ,  « poignet ». Il est entré dans le latin  au sens de « carpe, paume de la main ».

Razzia : de l’arabe maghrébin qazia, غازية, « expédition militaire, campagne », ou غزْوة, ghazwa, « incursion, raid », du verbe qaza, غَزا, « invasion, incursion ». Le terme est définitivement adopté au milieu du XIXe siècle avec la conquête coloniale.

Récif : de l’arabe al-rasif, الرَصِيف‎, « chaussée, plateforme », dérivé du verbe rasafa, رَصَفَ, « paver ». Salah Guemriche rappelle son emploi dans l’expression rassif sakhriyyi, رَصِيف صَخْرئِّ, « écueil, récif, pavement rocheux ». Le français l’a emprunté à l’espagnol arrecife, ou au portugais recife.

Safari : du swahili safari « expédition, voyage, promenade », dérivé de l’arabe safar, سَفَر, « voyage ».

Safran : de l’arabe za’farân, زَعْفَرَان, , entré dans le latin safranum. Za’farân vient probablement du farsi, peut-être za’afaran (زعفران) ou zarparân (زرپران). L’Iran est aujourd’hui encore le premier producteur mondial de safran.

Sagaie : l’espagnol azagaia vient probablement de l’arabe az-zagâya, اَلزَّغَايَة‎, un emprunt au berbère.

Sahara : de l’arabe saharâ, صَحْرَاء‎, « déserts », au singulier sahrâ, صَحْرَاء‎.

Sahel : de l’arabe sâhil, سَاحِل‎, « le bord, le rivage » (la frontière entre le Sahara et la savanne).

Salamalec : argot français formé sur salam aleykoum, سلام عليكم, formule de salutation en arabe (« que la paix soit sur vous »).

Sarbacane : l’arabe sabatâna, سَبَطَانَة‎, « tube » (aujourd’hui « canon », « baril [de pétrole]), qui a donné l’espagnol cerbatana (zebratana auparavant selon TLFi et DHLF), est probablment un mot d’origine iranienne, qui a peut-être transmis un terme malais (sumpitan)

Saroual / Sarouel : l’arabe shirvâl, شِرْوال, entré en français au XIXe siècle par l’arabe maghrébin, vient probablement du farsi shalvâr, شلوار, « pantalon ».

Satin : soit de l’arabe zaytuni, زَيْتوني, transcription en arabe de la ville chinoise de Quanzhou (en arabe moderne, تشوانتشو) où était produite l’étoffe, soit du bas latin seta, « soie », correspond au latin sæta, « soie de porc, poils du bouc, crinière de cheval ».

Sequin : étymologie peu claire, serait emprunté à l’italien zecchino, « ducat d’or  » de Venise , attesté tardivement selon le TLFi (1543 à Venise). Zecchino est dérivé de zecca, « hôtel de la monnaie », lui-même emprunté à l’arabe sikka, سِكَّة‎, « frappe, pièce, monnaie  ».

Séide : soit du personnage Séide de la tragédie de Voltaire, Mahomet (1742), correspondant à l’arabe Zaïd,زائد, prénom de Ibn Harita, un affranchi par Muhammad, ou, selon Salah Guemriche, possiblement de seyy‌id, سیّد,  « maître, seigneur » ou  « monsieur ».

Seum : peut-être de l’arabe soum, سُمّ, « venin », peut-être sous une forme dialectale marocaine.

Sinus (au sens mathématique) : de l’arabe de jayb, جَيّب, « poche, repli », entré dans le latin sinus.

Sirocco : de l’italien scirocco, emprunt probablement à l’arabe shuruq, شُرُوق, « lever du soleil »  (le sirocco est un vent de sud-est, le soleil se lève à l’est). Cf. ici une discussion sur le sujet (en anglais).

Sirop : de l’arabe sharâb, شَرَاب,, « boisson », « sirop », « sorbet », qui est entré dans le latin syrupus.

Smala : de l’arabe zamala, زَمَله, « compagnons, pairs », « famille, tribu » et par extension « grande agglomération de tentes regroupant l’entourage d’un chef arabe » (Salah Guemriche), emprunté selon le Dictionnaire historique de la langue française à l’arabe algérien zmâlah sous la forme smala et smalah (le première fois par Victor Hugo) à propos de la maisonnée d’Abd-el-Kader.

Sofa : emprunté au turc sofa, qui vient de l’arabe soufa, صُفَّة, « saillie, estrade, banc, banc de pierre », dérivé du verbe safa,  صَفَا, « installer, purifier, ranger, aligner ». Salah Guemriche voit aussi une influlence de souf, ​​صوف, « laine ».

Sorbet : l’italien sorbetto vient du turc şerbet (se prononce sharbèt), une boisson sucrée rafraîchissante à base de fruits, de l’arabe sharbat, شَرْبَ, « dose, portion », au pluriel شَرَبات, sharabât, lié au verbe shariba, شَرِبَ, « boire ».

Soudan : derivé de soud, سَود, « noirs », pluriel de asouad, أَسْوَد, employé dans bilad as-soudan, بِلاد السودانِ, « le pays des Noirs ».

Soude : l’italien soda et l’ancien provençal solda viennent selon Salah Guemriche de l’arabe souda, صودا, « nom de la plante servant à fabriquer la soude, que l’on appelait alcail ».

Soufisme : de l’arabe soufiyya,  صُّوفِيَّة,  de soufi, صُوفِيّ, « soufi », littéralement « laineux » ( souf, ​​صوف, « laine »), parce que les adeptes de ce courant de l’islam portaient des vêtements de laine.

Souk : de l’arabe souq, سُوق, « marché, halle, foire, etc. ». Bazar est le terme farsi (bâzâr, بازار).

Sucre : l’italien zucchero (ou zúcchero), emprunté à l’arabe sukkar, سُكَّ, emprunté lui-même au farsi shekar, شکر  ou d’une forme en farsi ancien), venant à l’origine d’un sanskrit ṡárkarā, (शर्करा), « sucre cristallisé ou candi » (sharkara, शर्करा, en hindi), et à l’origine, « gravillon, gravier ».

Sultan : de l’arabe soultân, سُلْطان, « roi, souverain », de soulta, سُلْطَة, « pouvoir, autorité, influence ».

Taboulé : de l’arabe tabboula,  تَبُّولَة‎ , dérivé du verbe tawbala, توْبَلَ, « aromatiser, assaisoner » (Salah Guemriche).

Tagine : de l’arabe tadjin, طَاجِن‎, du nom de l’ustensil dans lequel  cette recette est préparée. Origine possible de tadjin dans le grec tagenon, τάγηνον, « poêle à frire ».

Talc : de l’arabe talq, طلق.

Talisman : selon le TLFi, emprunt au farsi telesm, طلسم, « amulette, image magique, sort », peut-être emprunté à l’arabe tilasm, طِلَّسْم, ou dictement au grec telesma, τέλεσμα, au sens spécifique de « rite religieux », devenu « objet consacré, talisman » en grec byzantin.

Tamarin (fruit) : de l’arabe tamr hindyyi, تَمْر هِنْديّ, littéralement « date hindou ».

Tambour : le farsi ancien, tabir, تبیر‎ , « tambour » (en farsi moderne tabl, طبل), a peut-être subi l’influence de l’arabe tanbour, طُنْبُور, avant d’entrer dans les langues européennes.

Tare : l’italien tara vient de l’arabe tarh, طَرْح, « déduction, remise, soustraction », de taraha, طَرَحَ‎, « jeter, rejeter, écarter, éliminer ».

Tarif : l’italien tariffa, à l’origine du français, est emprunté, peut-être par l’intermédiaire du turc ottoman, à l’arabe ta’arifa, تَعْرِفة, « tarif, taux », dérivé de ta’arouf,تَعَرُّف,  « identification » (d’une valeur), « détermination de l’article » (en grammaire, cf. Salah Guemriche), « reconnaissance », de a’arrafa, عَرَّفَ, « faire connaître, informer, déterminer »

Tasse : de l’arabe tass, طَاس, « gobelet, bol, coupe à boire, écuelle », qui viendrait selon le TLFi, du farsi tasht,تشت, ou tast,  « coupe, gobelet », ou « bassine ». Il est parvenu en français par le provençal ou l’italien tasse/tazza.

Timbale : selon le Dictionnaire historique de la langue française, altération d’après cymbale de tamballe, « tambourin », terme emprunté à l’ancien occitan tambala, lui-même emprunté à l’arabe tabal, طَبْل, devenu en arabe d’Espagne tạbál.

Toubib : de l’arabe tabib, طَبِيب, « docteur, médecin », lié à tibb, طِبّ, « médecine, traitement médical », et dérivé de tabba, طَبَّ, « traiter médicalement ». Parce qu’il a été introduit en argot français après la conquête coloniale, il a d’abord désigné un médecin militaire.

Truchement : drugement (fin XIIe), trucheman (fin XIVe) puis truchement (cf. Dictionnaire historique de la langue française), est né d’un emprunt à l’arabe tarjaman, ترجمان, « traduction ». Ce terme est lui-même un emprunt à l’araméen, déjà courant à l’époque achéménide, qui vient lui-même de l’akkadien targumu+  (traduire, interpréter, etc.).

Varan : de l’arabe waral, وَرَل. (varanus en latin des zoologistes).

Zénith : de l’arabe as-samt, السمت,  présent dans l’expression as-samtu ar-ras, السمت الراس, et qui a aussi donné azimuth. Il est opposé au nadir.

Zéro : comme chiffre, zéro vient de l’arabe sifr, صفر, « vide » (« vide anormal, inattendu »), parfois considéré comme calque du sanskrit śūnya, mais cette théorie est contestée. Le 0 vient peut-être de la lettre sad, ص, première lettre de sifr. Il est entré dans le latin zephirum, qui a donné l’italien zefiro, puis zero, par contraction.

Zouave : de l’arabe zaouawiyyi, زَوَاوِيّ, ou zouawi, au pluriel zouawa, du berbère agawa, du nom d’une confédération de tribus kabyles (Salah Guemriche). Il a d’abord désigné au XIXe siècle un corps d’infanterie français composé de soldats kabyles.

Adrian

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