Opprimer et oppresser : quelle différence ?

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La destruction de Pompéi et d’Herculanum, John Martin, 1822 (détail) | Photo de Jean-Pierre Dalbéra

Opprimer et oppresser : quelle différence ?


 

Opprimer : définition

Opprimer, du latin opprimere (« presser, comprimer » et « faire pression sur »), a signifié autrefois « accabler sous un poids » (Littré), mais est aujourd’hui surtout employé au sens figuré pour « exercer une autorité tyrannique« , « faire souffrir », « soumettre » ou « dominer » quelqu’un ou un ensemble (un peuple), en provoquant son malheur.

On parle ainsi des « opprimés », ou d’un « peuple opprimé ».

 

Exemple

Un usurpateur déclare rebelles tous ceux qui n’ont point opprimé la patrie comme lui : et, croyant qu’il n’y a pas de lois là où il ne voit point de juges, il fait révérer, comme des arrêts du ciel, les caprices du hasard et de la fortune.

Montesquieu, Les Lettres persanes

 

Celui qui opprime une seule nation, se déclare l’ennemi de toutes. Ceux qui font la guerre à un peuple, pour arrêter les progrès de la liberté et anéantir les droits de l’homme, doivent être poursuivis partout, non comme des ennemis ordinaires, mais comme des assassins et des brigands rebelles.

Robespierre, Discours du 24 avril 1793

 

Quand je serais moins coupable, je vois des hommes qui, sans s’arrêter à ce que ma jeunesse peut mériter de pitié, voudront punir en moi et décourager à jamais cette classe de jeunes gens qui, nés dans une classe inférieure, et en quelque sorte opprimés par la pauvreté, ont le bonheur de se procurer une bonne éducation, et l’audace de se mêler à ce que l’orgueil des gens riches appelle la société.

Stendhal, Le Rouge et le Noir

 

Voir ici : « martyr » et « matyre », quelle différence ?

 

Oppresser : définition

Oppresser, du latin oppressionem (dérivé de premere, presser), signifie presser à tel point que la respiration s’en trouve gênée, soit par l’effet d’un corps, soit par l’effet d’un état psychologique (le chagrin, le remord, etc.). Par métaphore, être oppressé, c’est être très affecté par une quelconque souffrance, physique ou morale.

Oppresser fait concurrence à opprimer dans le domaine politique, au sens d' »exercer son autorité tyrannique » sur quelqu’un ou sur un ensemble, bien que l’Académie refuse cette concurrence. Elle préfère voir « oppresser » conserver son sens restreint.

« Oppression » (violation des libertés publiques, exercice tyrannique du pouvoir) et « oppresseur » ont servi à former « oppresser » (cf. Dictionnaire historique de la langue française). « Oppression » vient du latin oppressio, « action de presser », par extension « étouffer les lois, réprimer la liberté », lui-même dérivé du latin opprimere (qui a donné opprimer).

 

Exemples

OPPRESSION, s. f. (Morale & Politiq.) par un malheur attaché à la condition humaine, les sujets sont quelquefois soumis à des souverains, qui abusant du pouvoir qui leur a été confié, leur font éprouver des rigueurs que la violence seule autorise. L’oppression est toujours le fruit d’une mauvaise administration. Lorsque le souverain est injuste, ou lorsque ses représentants se prévalent de son autorité, ils regardent les peuples comme des animaux vils, qui ne sont faits que pour ramper, et pour satisfaire aux dépens de leur sang, de leur travail et de leurs trésors, leurs projets ambitieux, ou leurs caprices ridicules. En vain l’innocence gémit, en vain elle implore la protection des lois, la force triomphe et insulte à ses pleurs. Domitien disait omnia sibi in homines licere ; maxime digne d’un monstre, & qui pourtant n’a été que trop suivie par quelques souverains.

Oppression, s. f. (Médec.) symptôme commun à diverses maladies ; c’est un sentiment d’étouffement et de suffocation dans l’hystérisme, et autres maux de nerfs : on ressent de l’oppression dans la poitrine, quand la respiration est lésée par quelque cause que ce soit ; on éprouve de l’oppression dans l’estomac, quand ce viscère exerce une digestion pénible. L’oppression qui vient d’une cause externe, se détruit en ôtant cette cause.

L’Encyclopédie

 

Plus l’oppresseur est vil, plus l’esclave est infâme.

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe

 

Nous nous asseyions entre les iris au bord de l’eau. Dans le ciel férié, flânait longuement un nuage oisif. Par moments, oppressée par l’ennui, une carpe se dressait hors de l’eau dans une aspiration anxieuse.

Proust, À la recherche du temps perdu

 

Voir ici : « légal » et « licite », quelle différence ?

Adrian

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