174 Vues
Enregistrer

« Opprimer » et « oppresser » : quelle différence ?

Publié le 30/10/2020
0 commentaire

« Opprimer » et « oppresser » sont des verbes proches et des paronymes.

Opprimer : définition

Opprimer, du latin opprimere (« presser, comprimer » et « faire pression sur »), a signifié autrefois « accabler sous un poids » (Littré), mais est aujourd’hui surtout employé au sens figuré pour « exercer une autorité tyrannique, faire souffrir, soumettre ou dominer » quelqu’un ou un ensemble (un peuple), en provoquant son malheur. On parle ainsi des « opprimés », ou d’un « peuple opprimé ». Exemples

  • Les jeunes étudiants sont souvent opprimés par la pauvreté, dont l’empire cruel les empêche souvent de se nourrir correctement.
  • Ce peuple opprima ses voisins tout au long des derniers siècles, si bien qu’il figure aujourd’hui au ban de toutes les nations.

Un usurpateur déclare rebelles tous ceux qui n’ont point opprimé la patrie comme lui : et, croyant qu’il n’y a pas de lois là où il ne voit point de juges, il fait révérer, comme des arrêts du ciel, les caprices du hasard et de la fortune.

Montesquieu, Les Lettres persanes

Celui qui opprime une seule nation, se déclare l’ennemi de toutes. Ceux qui font la guerre à un peuple, pour arrêter les progrès de la liberté et anéantir les droits de l’homme, doivent être poursuivis partout, non comme des ennemis ordinaires, mais comme des assassins et des brigands rebelles.

Robespierre, Discours du 24 avril 1793

Voir ici : « martyr » et « matyre », quelle différence ?

Oppresser : définition

Oppresser, du latin oppressionem (dérivé de premere, presser), signifie presser à tel point que la respiration s’en trouve gênée, soit par l’effet d’un corps, soit par l’effet d’un état psychologique (le chagrin, le remord, etc.). Par métaphore, être oppressé, c’est être très affecté par une quelconque souffrance, physique ou morale.

Oppresser fait concurrence à opprimer dans le domaine politique, au sens d’« exercer son autorité tyrannique » sur quelqu’un ou sur un ensemble, bien que l’Académie française refuse cette concurrence. Elle préfère voir « oppresser » conserver son sens restreint.

« Oppression » (violation des libertés publiques, exercice tyrannique du pouvoir) et « oppresseur » ont servi à former « oppresser » (cf. Dictionnaire historique de la langue française). « Oppression » vient du latin oppressio, « action de presser », par extension « étouffer les lois, réprimer la liberté », lui-même dérivé du latin opprimere (qui a donné opprimer).

Exemples

  • La foule, de plus en plus dense, m’oppressait de plus en plus, à tel point que je ne pouvais plus respirer.
  • Nous ne laisserons pas l’oppresseur nous dicter ce que nous devons faire ! Révoltons-nous !

OPPRESSION, s. f. (Morale & Politiq.) par un malheur attaché à la condition humaine, les sujets sont quelquefois soumis à des souverains, qui abusant du pouvoir qui leur a été confié, leur font éprouver des rigueurs que la violence seule autorise. L’oppression est toujours le fruit d’une mauvaise administration. Lorsque le souverain est injuste, ou lorsque ses représentants se prévalent de son autorité, ils regardent les peuples comme des animaux vils, qui ne sont faits que pour ramper, et pour satisfaire aux dépens de leur sang, de leur travail et de leurs trésors, leurs projets ambitieux, ou leurs caprices ridicules. En vain l’innocence gémit, en vain elle implore la protection des lois, la force triomphe et insulte à ses pleurs. Domitien disait omnia sibi in homines licere ; maxime digne d’un monstre, & qui pourtant n’a été que trop suivie par quelques souverains.

Oppression, s. f. (Médec.) symptôme commun à diverses maladies ; c’est un sentiment d’étouffement et de suffocation dans l’hystérisme, et autres maux de nerfs : on ressent de l’oppression dans la poitrine, quand la respiration est lésée par quelque cause que ce soit ; on éprouve de l’oppression dans l’estomac, quand ce viscère exerce une digestion pénible. L’oppression qui vient d’une cause externe, se détruit en ôtant cette cause.

L’Encyclopédie

Nous nous asseyions entre les iris au bord de l’eau. Dans le ciel férié, flânait longuement un nuage oisif. Par moments, oppressée par l’ennui, une carpe se dressait hors de l’eau dans une aspiration anxieuse.

Proust, À la recherche du temps perdu

Voir ici : « légal » et « licite », quelle différence ?