« Remords » et « regret » : quelle différence ?

Dans l’usage, « regret » et « remords » sont utilisés comme synonymes, le premier étant bien plus courant que le second. Il existe toutefois une nuance entre ces deux termes, voire une opposition.  

 

Remords : définition


Le remords (avec un « s ») est un reproche de la conscience, une manifestation de la mauvaise conscience, une douleur morale aiguë, qui naît de l’idée que l’on a mal agi, que l’on a fait une faute. Le remords a une forte dimension morale, il entraîne un sentiment de culpabilité et implique souvent une volonté de repentir, c’est-à-dire réparer ce que l’on a mal fait, présenter ses excuses ou se châtier soi-même en guise de compensation.

Cette dimension morale n’est pas si présente dans le regret.

Remords est tiré du verbe latin remordere, « mordre de nouveau« .

Exemples

L’assassin était accablé de remords.

L’idée que j’avais abandonné ma famille me causait des remords cuisants.

Le remords est le premier pas vers le repentir.

Mais dites-moi votre avis. Un homme avait deux enfants. S’adressant au premier, il dit : Mon enfant, va-t’en aujourd’hui travailler à la vigne.

Est-ce à moi de mourir ? Tranquille je m’endors,
Et tranquille je veille ; et ma veille aux remords
Ni mon sommeil ne sont en proie.
Ma bienvenue au jour me rit dans tous les yeux ; 
Sur des fronts abattus, mon aspect dans ces lieux 
Ranime presque de la joie.

Chénier, La Jeune Tarentine

En effet, Jean est venu à vous dans la voie de la justice, et vous n’avez pas cru en lui; les publicains, eux, et les prostituées ont cru en lui ; et vous, devant cet exemple, vous n’avez même pas eu un remords tardif qui vous fît croire en lui.

Matthieu, 21, 28 – 32, Traduction Bible de Jérusalem

La question du remords a été traitée par la philosophie, et notamment par Friedrich Nietzsche (1844 – 1900) pour qui la mauvaise conscience suscitait une culpabilité qui limite la volonté de puissance, qui est, en peu de mots, ce quelque chose qui veut s’accroître en nous, la volonté des forces qui constituent la vie d’obtenir ce qu’elles n’ont pas.

 

Voir ici : rancœur et rancune, quelle différence ?

 

Regret : définition


remords regret difference

Saudade, Almeida Júnior, 1899 | Wikimedia Commons

 

Le regret est cette douleur, ce chagrin qui nous demande de revenir dans le passé pour combler un désir insatisfait ou pour récupérer ce que l’on a perdu, le déplaisir de n’avoir pas réussi à faire quelque chose, ou de ne pas avoir osé faire quelque chose. Les sources du regret sont le « c’est fini » ou le « c’est trop tard ».

Exemples

Son plus grand regret était d’avoir raté le spectacle de sa fille.

Nous regrettons le temps où nous avions nos parents.

Il souffrait de son caractère velléitaire et il se consumait en regrets. 

« Avoir le regret de« , « être au regret de » ou assurer que l’on regrette quelque chose permet de s’excuser.

Exemples :

Je suis au regret de vous annoncer le refus de votre admission dans notre école.

Nous avons le regret de vous apprendre l’annulation de notre fête annuelle.

Pardonne-moi, je regrette de m’être mis en colère !

On peut exprimer ses regrets pour sous-entendre poliment un refus.

Exemples

Tous mes regrets, mais il est désormais trop tard.

Faire quelque chose « à regret », c’est faire quelque chose à contrecœur, malgré soi.

Exemples

Elle était partie à regret.

 

Si l’on suit Henry David Thoreau (1817 – 1862), le regret peut être vertueux

Tire le meilleur de tes regrets ; ne réprime jamais ton chagrin, mais soigne et chéris-le jusqu’à ce qu’il en vienne à avoir un intérêt distinct et complet. Regretter profondément c’est vivre à nouveau. 

Make the most of your regrets; never smother your sorrow, but tend and cherish it till it comes to have a separate and integral interest. To regret deeply is to live afresh.

Journal, Novembre 1839

 

L’opposition nouvelle entre remords et regrets

Un adage dit aujourd’hui qu’il vaut mieux avoir des remords que des regrets

Remords est entendu comme la frustration ou la tristesse d’avoir fait quelque chose sans réussir, d’avoir entrepris mais d’avoir échoué, alors que le regret renvoie à l’idée de ne pas avoir fait, de ne pas avoir osé, de ne pas « y être allé ». Dans cette perspective, le remords est préférable, car il aurait pu mener au succès.

Une chanson du groupe de rap Bigflo & Oli, Dommage (2017), a contribué à populariser cette nouvelle dichotomie

Adrian

https://www.laculturegenerale.com

5 réponses

  1. FabyP dit :

    Merci pour cette définition/distinction claire et précise

  2. MARE Serge dit :

    J’ai des doutes sur la conclusion : le remords ne pourrait-il pas s’appliquer à un « choix négatif », c’est-à-dire une action non faite ?
    Pour moi, la différence essentielle est dans la dimension morale du remords, quand le regret est plus objectif.

  3. Stephan dit :

    Je pense comme la derniere définition.
    Le remords c’est d’avoir essayé sans résultat , le regret c’est de ne pas avoir essayé .
    Exemple : les enfants sont partis en vacances , ont eu le beau temps et en ont bien profité . J’ai le regret de n’etre pas parti avec eux .
    Je suis allé à la montagne, je n’ai eu que la pluie; beaucoup de boue, des refuges surpeuplés et très onéreux, j’ai le remords d’y etre allé

  4. Pascal Couder dit :

    Aprés réflexion il me semble que l’adage qui encourage à avoir des remords plutôt que des regrets est directement dû au fait qu’aujourd’hui le terme remords est affaibli dans son acception. Il ne faut pas oublier que le remords (du verbe latin signifiant MORDRE A NOUVEAU) inclu une grande notion de culpabilité, un reproche violent de la conscience de celui qui vit le remords… Il n’est donc pas étonnant qu’aujourd’hui la notion de remords soit considérablement affaibli puisque notre mode de vie, nos relations avec autrui se désinvestissent de plus en plus de toute notion de morale et même d’éthique.

  5. Lulu dit :

    Pascal Couder, vous avez raison. Le langage évolue vite et s’éloigne souvent du sens lié aux origines de notre langue. Nous interprétons les mots et nous leur donnons un sens par leur contexte et c’est ce contexte qui change très vite. La novlangue en est l’illustration. L’adoption massive d’anglicismes et de sigles liés aux technologies nouvelles en est une autre. On ne peut freiner cette évolution que certains appellent un détournement, un appauvrissement. Il est donc utile et fécond de revenir aux sources comme vous le faites.

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