Charybde en Scylla : définition & origine [expression]

Tomber de Charybde en Scylla : aller d’un danger à un danger encore plus grand, tomber de mal en pis, éviter un danger pour tomber dans un autre.

 

Tomber de Charybde en Scylla : origine


Cette expression fait bien sûr référence à la mythologie grecque. Ce sont deux monstres qu’Ulysse et ses compagnons doivent éviter en mer après leur séjour sur l’île de Circé et avoir résisté au chant des Sirènes. La magicienne Circé indique à Ulysse comment s’y prendre :

Tels sont ces deux écueils : l’un dresse jusqu’au vaste ciel
la pointe de sa cime ; un nuage bleu-noir
l’entoure sans jamais se dissiper, et le ciel clair
ignore son sommet en été même ou à l’automne ;
nul mortel ne pourrait ni y grimper ni s’y tenir,
eût-il vingt pieds et le même nombre de mains :
car c’est un rocher lisse et que l’on croirait raboté.
À mi-hauteur du roc, on voit une grotte embrumée
tournée vers l’ombre de l’Érèbe ; et c’est sur elle
que vous dirigerez votre navire, noble Ulysse.
L’homme le plus musclé, tirant de son profond vaisseau,
n’atteindrait pas le fond de cette grotte de ses flèches.
Là demeure Scylla, la terrible aboyeuse ;
sa voix semble la voix d’un petit chien qui vient de naître,
mais c’est un affreux monstre, et personne à la voir
ne prend plaisir ; même un dieu craindrait la rencontre.

Toutes ses pattes, elle en as douze, son difformes.
elle a six cous sans fin, et sur chacun
une tête effrayante avec trois rangs de dents
nombreuses et serrées, pleine de noire mort.
Elle reste cachée à mi-corps dans la grotte creuse,
mais darde ses six têtes hors de l’antre terrible ;
sans en bouger, elle pêche, tâtant l’écueil,
des dauphins et des chiens de mer, ou mieux encore, l’un
de ces monstres nombreux qui paît la hurlante Amphitrite.
Nul marin ne peut se vanter d’être encor passé là
sans dommage avec son bateau ; chacune des six têtes
enlève une autre proie au navire de sombre proue.

L’autre écueil est plus bas, tu le verras, Ulysse.
Ils sont voisins : ta flèche irait de l’un à l’autre.
À sa cime monte un figuier de beau feuillage.
La divine Charybde engloutit là-dessous l’eau noire :
trois fois elle vomit et engloutit trois fois d’un jour,
terriblement ! N’y passe pas au moment qu’elle engouffre !
Car même Poséidon ne te tirerait pas de peine.
Mais, cinglant bien plutôt sur l’écueil de Scylla,
passe en hâte : il vaut toujours mieux sur le bateau
pleurer six compagnons que l’équipage tout entier ! »

Homère, L’Odyssée, traduction de Philippe Jaccottet (La Découverte), Chant XII, vers 73 – 110

Ces deux écueils (têtes de roche dangereuses pour la navigation) gardent le détroit de Messine (Sicile). Charybde est fille de la terre et de Poséidon. Elle a été foudroyée par Zeus pour avoir volé les bœufs de Géryon qu’Héraclès rapportait. La foudre l’a propulsée au fond du gouffre et elle s’est transformée en monstre. Scylla était une nymphe. Le dieu Glaucos en était amoureux. Circé, jalouse, s’est vengée de son amour déçu en empoisonnant la fontaine où se baignait Scylla, ce qui a fait sortir des aines de la nymphe six gueules de chien. Désespérée, elle s’est installée sur un rocher en face de Charybde (voir Catherine Salles, La Mythologie grecque et romaine). Scylla dernière a personnifié le rocher de Scilla, sis du côté calabrais du détroit.

Ces monstres ont aussi été affrontés par l’Argo, et par Énée.

L’expression qui a été tirée de cette légende a peut-être été popularisée en français par la morale de La Vieille et les Deux Servantes de Jean de la Fontaine (1621 – 1695) :

Quand on pense sortir d’une mauvaise affaire,
On s’enfonce encor plus avant :
Témoin ce Couple & son salaire.
La Vieille au lieu du Coq les fit tomber par là
De Caribde en Sylla.

Mais l’expression est antérieure. Elle se trouve dans le Quart Livre (1552) de Rabelais (1483 – 1553) sous la forme « de Scylle en Caribde »

On la trouve encore bien avant dans L’Alexandréide (1182), poème de Gautier de Châtillon (XIIe siècle), sous la forme : Incidis in Scyllam cupiens vitare Charybdim.

Il existe des variations amusantes autour de cette expression, comme celle inventée par Balzac (1799 – 1850), dans Splendeurs et Misères des courtisanes (1838) :

Oh ! je suis restée pendant cinq ans dans un château des Alpes avec un Anglais jaloux comme un tigre, un nabab ; je l’appelais un nabot, car il n’était pas si grand que le bailli de Ferrette. Et je suis retombée à un banquier, de caraïbe en syllabe, comme dit Florine.

 

Voir ici : pourquoi dit-on « toucher le Pactole » ?

 

 

Exemple contemporain


En revanche, si, par « territoire », on entend le local, cela ne marche pas non plus, car rien n’est « local », tout s’insère dans un réseau dispersé. Sortir du global et s’enfermer dans le local serait tomber de Charybde en Scylla. Il faut, en réalité, reconstituer du lien entre le local et le national.

Lagazettedescommunes.com

Adrian

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