« Barbarisme » et « solécisme » : quelle différence ?

Le barbarisme et le solécisme sont deux types de faute qui enfreignent les règles de grammaire de la langue française. Ce sont des façons de s’exprimer qui s’écartent de la norme.

 

Le barbarisme


Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage.

Montaigne, Essais

Le barbarisme consiste à déformer la « matière » de la langue en elle-même, c’est-à-dire à employer un mot inexistant, à écorcher un mot, à distordre une conjugaison ou à user d’une tournure qui ne fait pas partie de la langue classique. Le barbarisme crée une forme incorrecte.

Exemples : aréoport pour aéroport ; omnibulé pour obnubilé ; ça bouille ; ils ont acqueri une grande maison ; ils croivent à cette histoire.

En effet, l’étymologie du mot renvoie aux barbares, terme méprisant par lequel les Grecs et Romains de l’Antiquité désignaient l’étranger à leurs civilisations, celui « qui communique par des bar-bar-bar, c’est-à-dire par des borborygmes éloignés du logos grec » (Bruno Dumézil, Les Barbares).

Les enfants et ceux qui s’expriment dans une langue étrangère font souvent des barbarismes. Celui qui fait un barbarisme ne le fait pas volontairement : il substitut au langage existant une forme de son invention. Ainsi, le barbarisme se distingue, a priori, du néologisme, « mot nouveau » créé à dessein pour répondre à un besoin nouveau.

Exemples de néologismes : courriel, déconfinement, fléxitarien, pansexuel.

Toutefois, un mot nouveau peut, selon les sensibilités, être dénoncé comme barbarisme, ou loué comme néologisme. Cela a peut-être été le cas de la « bravitude » (pour bravoure) de Ségolène Royal, inventé en 2007 au cours d’une interview alors qu’elle était candidate à la présidentielle, et qui a fait l’objet d’appréciations contrastées : signe de ses carences dans la maîtrise de la langue française pour ses adversaires, invention bienvenue pour d’autres. Le mot ne s’est pas enraciné.

Il est en tout cas difficile de rejeter systématiquement comme des fautes tous les barbarismes. Certains peuvent annoncer un changement de la langue, comme l’installation d’une nouvelle tournure. Il peut en être ainsi pour « porter à confusion » qui concurrence « prêter à confusion », « loin s’en faut » qui semble désormais dominer « tant s’en faut », « décridibiliser » qui semble à beaucoup plus naturel que « discréditer », ou « réouvrir » pour « rouvrir ». « Prétendument » a été considéré comme un barbarisme par Féraud (1725 – 1807) au XVIIIe siècle, alors qu’il est aujourd’hui entré dans la langue.

En outre, certains barbarismes ont été loués. Lacordaire (1802 – 1861) a ainsi fait l’éloge, ce qui paradoxal pour Rome, d’un barbarisme (un latinisme en réalité) de la papauté :

Elle a fait plus, s’il est possible, elle a créé un barbarisme sublime : elle a nommé la France le Royaume christianissime – christianissimum regnum.

 Discours de 1841

 

Le solécisme


Le solécisme est une faute de syntaxe. Contrairement au barbarisme, un solécisme n’est pas « l’invention » d’une forme nouvelle. C’est l’emploi fautif d’une forme existante.

Exemples : si j’aurais su, j’aurais pas venu ; l’ami à Pierre (l’ami de Pierre) ; il veut voir toi ; Dire la chose à toi, féal sujet que j’aime (V. Hugo, Hernani) ; J’ai des idées dans la tête, et je fais ce que j’ai envie (V. Sanson).

Le solécisme peut être volontaire. C’est alors une figure de style. L’anacoluthe, par exemple, est une rupture volontaire de la syntaxe.

Il a tout refusé, mais la noblesse de Rennes et de Vitré l’ont élu malgré lui

Madame de Sévigné, Lettres

Dans cet exemple, le sujet est au singulier et le verbe est conjugué au pluriel.

 

Voir ici : qu’est-ce qu’une anacoluthe ?

 

Nombre de solécismes sont des formes bien installées dans l’usage, ce qui pousse donc à s’interroger sur leur qualité de solécisme. Ainsi, « partir à », au lieu de « partir pour », a pu être considéré par certains comme un solécisme.

Il convient peut-être de réserver cette appellation aux fautes les plus grossières.

Le terme « solécisme » vient du grec solekismos, lui-même dérivé du nom d’une colonie athénienne, Soles, au sud de l’Anatolie, dont les habitants avaient la réputation de parler en faisant des fautes.

 

L’impropriété


L’impropriété consiste à utiliser un mot dans un sens qui n’est pas son sens usuel. En d’autres termes, c’est se tromper de mot. 

Exemples : ce problème est insolvable (au lieu d’insoluble) ; le train a pris du retard à cause d’une avanie (au lieu d’un avarie) ; la tendresse (la tendreté) de la viande.

Voir ici : avanie et avarie, quelle différence ?

 

 

Adrian

https://www.laculturegenerale.com

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