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80 figures de style essentielles de la langue française ⭐️ PDF

80 figures de style essentielles de la langue française ⭐️ PDF
Publié le 23/07/2026
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📋 Sommaire

⏳ Temps de lecture : 32 minutes

Définition de la figure de style : procédé qui consiste à s’écarter de l’usage ordinaire de la langue pour donner un caractère « littéraire » à ce que l’on énonce. On fait une utilisation originale de la langue, on joue avec les codes, on exprime de façon singulière ce que l’on souhaite écrire. Les figures de style peuvent agir sur le sens des mots, la construction des phrases ou sur leur sonorité. On peut aussi parler de figure de rhétorique ou de figure du discours.

Comment faire des progrès et maîtriser les figures de style ?  Il existe des ouvrages de référence sur les figures de style, notamment le Gradus de Bernard Dupriez, le Lexique des figures de style de Nicole Ricalens-Pourchot ou le manuel de Patrick Bacry.

Dans cette page, nous avons rassemblé 80 figures de style essentielles : les plus fréquentes dans les textes littéraires, mais aussi plusieurs procédés moins connus qui permettent de mieux comprendre la richesse de la langue.

Pour construire cette liste de 80 figures, nous nous sommes appuyés sur les principaux manuels de stylistique et sur l’usage scolaire : nous avons d’abord retenu les figures incontournables (comparaison, métaphore, hyperbole, métonymie, anaphore, antithèse, etc.), puis nous avons ajouté des procédés qui reviennent régulièrement dans les analyses de texte (polysyndète, hypotypose, métalepse, zeugme, paralipse, etc.).

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Listes des figures de style + exemples

1. L’accumulation

L’accumulation est un procédé qui consiste à aligner, à accumuler un grand nombre de termes pour multiplier les informations dans le but d’insister sur une idée, lui donner plus de force, la rendre plus saillante, plus frappante. L’accumulation est une figure d’amplification. Les mots accumulés sont en général de même nature, de même fonction grammaticale ou de même sonorité afin de rendre l’expression plus cohérente. La gradation et l’énumération sont des types d’accumulation. L’anaphore et l’hyperbole s’appuient sur ce procédé. Exemple : 

  • Au ciel, aux vents, aux rocs, à la nuit, à la brume,
    Le sinistre océan jette son noir sanglot. (Victor Hugo, La Légende des siècles, Les Pauvres gens)

Victor Hugo accumule le nom des éléments auxquels « l’océan jette son noir sanglot ».

2. L’acrostiche

Un acrostiche est un jeu littéraire qui consiste à écrire un poème dont on peut lire un mot formé par les initiales des vers. Ce mot est souvent le nom de l’auteur, le nom de celui à qui on dédie le poème ou un mot en rapport avec le titre du poème. Exemple : 

  • Voulez-vous que verté vous die ?
    Il n’est jouer qu’en maladie
    Lettre vraye que tragedie
    Lasche homme que chevalereux,
    Orrible son que melodie,
    Ne bien conseillé qu’amoureux (Villon, Ballade des contre-vérités)

On peut lire verticalement le nom de l’auteur du poème : VILLON.

3. La comparaison

La comparaison est une figure de style qui consiste à rapprocher deux éléments qui ont un point commun, au moyen d’un outil de comparaison comme « comme », « tel », « pareil à », « semblable à », etc. Elle met en relation un comparé et un comparant afin de rendre une idée plus concrète, plus sensible ou plus expressive. La comparaison est l’une des figures les plus simples à repérer, car le rapprochement entre les deux éléments est explicitement formulé. Elle est très proche de la métaphore, mais contrairement à celle-ci, elle fait apparaître l’outil de comparaison.Exemple :

  • Dans la salle vide, sa voix montait comme une fumée lente vers le plafond.

Ici, la voix est le comparé et la fumée lente le comparant. L’outil « comme » signale clairement la figure et permet d’associer la voix à une impression de lenteur, d’élévation et d’effacement.

4. L’allégorie (figure de style)

L’allégorie est une figure de style par laquelle on exprime, on représente une idée, une notion ou un thème par une métaphore, une personnification, une image ou, plus généralement, une forme concrète. En d’autres mots, l’allégorie est une représentation concrète d’une notion abstraite. Elle utilise un symbole (un texte, une image, etc.) qui véhicule une notion. À l’écrit, on la repère souvent par l’utilisation de la majuscule. L’allégorie a donc deux sens : un sens littéral (la forme qui représente l’idée) et un sens figuré (l’idée, la notion qui est représentée). Exemple :

  • Le Temps mange la vie,
    Et l’obscur Ennemi qui nous ronge le coeur
    Du sang que nous perdons croît et se fortifie (Baudelaire, Fleurs du mal, L’Ennemi)

Baudelaire représente une notion abstraite, le temps qui fuit, de manière concrète, comme un monstre qui dévore la vie de l’homme. Il y a donc, en outre, une personnification du temps. Personnification et allégorie vont souvent de pair. L’allégorie du temps qui fuit (tempus fugit) est un lieu commun de la littérature.

5. L’allitération

Une allitération est une figure de style qui consiste à répéter de manière exacte ou approximative, une même consonne (un même « son », de type consonne). Cette répétition trouve son sens dans le texte dans laquelle on la trouve. On voit le plus souvent les allitérations dans la poésie ou le théâtre. Jean-Marie Viprey définit l’allitération ainsi : « une saillance significative dans la récurrence d’une consonne, à l’échelle d’une configuration textuelle donnée. »

Exemple : un vers de Racine dans Andromaque (V, 5) est l’exemple le plus célèbre d’allitération dans la langue française : Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?

Ici, le son « s » (par la consonne s, ou la consonne c) est répété 5 fois et suggère le sifflement du serpent. Bref, il faut se demander : est-ce que la répétition d’une consonne permet de remarquer quelque chose ?

6. L’anacoluthe

Une anacoluthe est une figure de style qui consiste à opérer volontairement une rupture dans la syntaxe. La construction grammaticale de la phrase est transformée pour lui donner un effet rhétorique. C’est une faute maîtrisée. La phrase se dirige vers le point vers lequel on l’attend, avant de prendre brusquement une autre direction. Elle est comme interrompue dans son cheminement. Exemple 

  • Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, la face du monde en eût été changée. (Pascal, Pensées, 392)

Ici, le verbe aurait dû avoir « le nez » pour sujet. Le sujet « La face du monde » apparaît sans qu’on l’attende. Pascal veut surprendre en exprimant un saut intellectuel par cette étrange syntaxe : l’histoire a été comme modifiée par le nez de Cléopâtre ! Pascal, mathématicien de génie, établit un parallèle implicite entre deux longueurs : la taille du nez de Cléopâtre et la face du monde. On le comprend : l’anacoluthe est fréquente dans le langage parlé.

7. L’anadiplose

Une anadiplose est une figure de style qui consiste à répéter le dernier mot d’une proposition (un même ensemble de termes) au début de la proposition suivante. Exemple :

  • Je vis ce beau Lyon, Lyon que tant je prise. (Du Bellay, Les Regrets, Lyon)

Il y a anadiplose car le mot Lyon est répété dans deux propositions différentes, séparées par une virgule. 

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8. L’anagramme

Une anagramme est un jeu littéraire qui consiste à former un ou plusieurs mots en transposant les lettres d’un autre ou de plusieurs autres mots. Exemple :

  • Ange / Nage
  • Arts / Rats / Star / Tsar

Autre exemple : les mots « Gare maman » ou « Maman rage » peuvent être formés à partir d’anagramme.

9. L’anaphore

L’anaphore est une figure de style qui consiste à répéter un même mot ou un même groupe de mots en tête de phrases, de vers, de paragraphes qui se suivent. C’est une figure de style qui donne une impression d’insistance, de symétrie et renforce un propos. Ce procédé est particulièrement populaire en poésie. Attention cependant, il faut essayer de comprendre l’intention de l’auteur. En effet, l’anaphore n’est pas le résultat d’une négligence. Elle est voulue par l’auteur qui peut vouloir souligner une juxtaposition, créer un effet d’accumulation, un effet musical, suggérer une obsession, l’urgence ou donner l’effet d’une incantation, etc. Exemple : 

  • Paris, Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! mais Paris libéré !… (Charles de Gaulle, Discours du 25 août 1944 à l’Hôtel de ville de Paris)

En grammaire, l’anaphore est un procédé par lequel un mot ou un groupe de mots rappelle un autre mot ou groupe de mots précédemment énoncé (l’antécédent). L’anaphore peut aussi être elliptique (voir plus bas). Exemple : Michel n’a pas son manuel ; je lui ai prêté le mien.« Le mien » se substitue ici au mot « manuel« , qui est l’antécédent. Par « le mien« , on fait référence à « manuel ».  

10. L’antithèse

Une antithèse (ou alliance d’idées) est une figure de style qui consiste à opposer très fortement deux termes ou deux ensembles de termes contraires. Cette figure de style oppose des idées. L’antithèse est aussi, selon le Gradus, un moyen de mettre en relief une idée principale en présentant une idée inverse que l’on écarte ou que l’on nie. Exemple :

  • Être ou ne pas être (Shakespeare, Hamlet, III, 1)

Ce vers célébrissime de Hamlet est l’exemple le plus simple d’antithèse : la proposition « Être » s’oppose à la proposition « ne pas être ». La symétrie entre les deux propositions contraires (Être / ne pas être) renforce l’effet de contraste.

11. L’antiphrase

L’antiphrase est une figure de style par laquelle on laisse entendre le contraire de ce que l’on veut vraiment dire ou écrire. On emploie un mot ou une proposition dans un sens contraire à son véritable sens. Exemple :

  • Nous nous étions réunis pour choisir le cadeau d’anniversaire que nous allions offrir à Sylvie. Tous étaient prêts à donner 30€, sauf Jean, qui ne voulait pas céder plus de 5€. « Quelle générosité ! », lui dit Paul.

Nicolas ne pense pas que Jean soit généreux. Au contraire ! Il ironise sur son avarice. L’antiphrase est la figure par excellence de l’ironie. Elle permet de mettre facilement en évidence le ridicule d’une situation. Ainsi, on peut dire « Ne vous gênez pas ! » à quelqu’un qui fait quelque chose de dérangeant, ou « Délicieux ! » pour se moquer d’un repas visiblement dégoûtant. Certains ne comprennent pas la différence entre antiphrase et ironie. L’antiphrase est une figure de style, une tournure de phrase qui produit un effet littéraire. L’ironie est un concept qui ne s’applique pas uniquement à une phrase, elle peut être une caractéristique des choses de la vie (on peut dire qu’une chose est ironique, comme dire qu’une chose est triste, ou bleue, ou compliquée, etc.).

12. L’assonance

En général, on parle d’allitération pour la répétition d’une consonne, et d’assonance pour la répétition d’une voyelle. Exemple :

  • Tout m’afflige et me nuit et conspire à me nuire. (Racine, Phèdre, I, 3)

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13. L’asyndète

L’asyndète est une figure de style par laquelle on juxtapose des éléments tout en supprimant volontairement les mots de liaison entre ces éléments. On omet d’inscrire la coordination entre plusieurs propositions d’une même phrase ou entre plusieurs phrases. Elle se traduit souvent par l’emploi de la virgule L’asyndète  s’oppose à la polysyndète. Elle est une forme de parataxe. Exemple : 

  • Ménalque se jette hors de la portière, traverse la cour, monte l’escalier, parcourt l’antichambre, la chambre, le cabinet, tout lui est familier, rien ne lui est nouveau, il s’assit, il se repose, il est chez soi ; le maître arrive, celui-ci se lève pour le recevoir, il le traite fort civilement, le prie de s’asseoir, et croit faire les honneurs de sa chambre ; il parle, il rêve, il reprend la parole ; le maître de la maison s’ennuie, et demeure étonné ; (La Bruyère, Les Caractères, De l’Homme)

Dans cet extrait, La Bruyère multiplie les propositions (« se jette hors de la portière », « traverse la cour », « monte l’escalier »), en ne les liant que par des virgules. Il n’emploie aucun terme de liaison. Il aurait en effet pu écrire : « Ménalque se jette hors de la portière. Il traverse ensuite la cour pour monter l’escalier et parcourt l’antichambre… »

L’asyndète est une ellipse, c’est-à-dire un procédé par lequel on retranche des mots d’une phrase sans que le sens de cette phrase en soit affecté.

14. L’aposiopèse

L’aposiopèse est une figure de style qui consiste à interrompre brusquement une phrase ou un vers qui reste inachevé, traduisant une hésitation, une émotion, une menace. Elle produit un silence, matérialisé par des points de suspension. L’énoncé continue ensuite en digression. Exemple :

  • Lisette : Ah ! Tirez-moi d’inquiétude. En un mot, qui êtes-vous ?
    Arlequin :Je suis…N’avez-vous jamais vu de fausse monnaie ? savez-vous ce que c’est qu’un louis d’or faux ? Eh bien, je ressemble assez à cela. (Marivaux, Le Jeu de l’amour et du hasard, III, 6)

Arlequin, déguisé en son maître dans la pièce de Marivaux, hésite à avouer directement sa véritable identité.

15. L’antanaclase

L’antanaclase (ou la diaphore, synonyme) est une figure de style qui consiste à utiliser deux fois le même mot dans une phrase en lui donnant deux sens différents. Cette figure joue sur la polysémie d’un mot, c’est-à-dire sur le fait qu’un mot dispose de plusieurs sens. C’est une figure de style voisine de la syllepse et de la paronomase. Exemple :

  • Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas. (Pascal, Pensées, IV, 277)

La première occurrence de « raison » renvoie aux motivations, alors que la seconde renvoie plutôt à la raison comme faculté de l’esprit humain.

16. L’antonomase

Une antonomase est figure qui consiste à faire d’un nom commun ou d’une périphrase un nom propre ou, à l’inverse, on fait d’un nom propre un nom commun. L’antonomase est donc un type de métonymie. Exemple :

  • On parle souvent d’un apollon pour parler d’un bel homme, ou d’un homme qui prend soin de son apparence.
    • D’un nom propre, on est passé ici à un nom commun.
  • En France, il est courant d’utiliser la locution « le général » pour parler du général de Gaulle.
    • D’un nom commun, on est passé à un nom propre.
  • Le Hun Attila fut surnommé « le fléau de Dieu ».

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17. Le calembour

Un calembour est un jeu de mot qui repose sur l’équivoque que provoque l’emploi de mots à double sens, ou de termes dont la prononciation est semblable ou identique mais dont le sens diffère. L’effet comique vient de la double interprétation que l’on peut faire de ces phrases. Exemple :

  • Chassez le naturiste, il revient au bungalow (Jean-Paul Gousset)

Ce célèbre calembour du journaliste du Canard enchaîné détourne le proverbe « Chassez le naturel, il revient au galop » à l’aide de paronymes (naturiste pour naturel ; bungalow pour galop).

18. Le chiasme

Le chiasme (se prononce kiasme) est une figure de style qui consiste à disposer au moins 2 éléments, par exemple l’adjectif + le nom rude journéeen miroir avec au moins deux autres éléments correspondants, par exemple le nom + l’adjectif travail fructueux. On obtient ainsi une phrase formée sur le modèle AB/BA : à rude journée, travail fructueux. Les deux parties d’un chiasme sont souvent séparées par une conjonction de coordination (mais, ou, et…) ou par un point virgule ou une virgule. Exemple :

  • Un roi chantait en bas, en haut mourait un Dieu. (Hugo, La légende des siècles, Booz endormi)

Ce vers de Hugo est un chiasme formé comme suit :

  • ABC = nom (roi) + verbe (chantait) + adverbe (en bas) /
  • CBA = adverbe (en haut) + verbe (mourait) + nom (Dieu).

C’est donc un chiasme multiple sous forme ABC / CBA. Le chiasme donne ici de l’harmonie à l’expression : la sonorité de la phrase devient agréable. Il donne du rythme dans une structure du texte resserrée. En outre, le chiasme permet de mettre en relief une ressemblance ou une opposition. Attention : une phrase formée sur le modèle AB/AB n’est pas un chiasme mais un parallélisme. Par exemple : « Je meurs si (A) je vous perds (B) mais je meurs si (A) j’attends (B). » (Racine, Andromaque).

19. La comparaison

La comparaison est un procédé par lequel on rapproche un terme ou un ensemble de termes, par exemple « la terre », d’un terme ou d’un ensemble de termes différent, par exemple « le feu ». Deux entités sont mises sur un même plan : « la terre est rouge comme le feu ». Le premier terme ou ensemble de termes est appelé le comparé (ou thème) : dans l’exemple, c’est « la terre ». Le deuxième terme ou ensemble de termes est appelé le comparant (ou phore) : dans l’exemple, c’est « le feu ». La comparaison opère à l’aide d’un outil de comparaison. Dans l’exemple précédent, l’outil de comparaison est « comme ». L’outil de comparaison peut être :

  • une conjonction ou un adverbe : comme, ainsi que, de même que, plus que, moins que etc. ;
  • un adjectif comparatif : tel, semblable, pareil à, etc. ;
  • un verbe : paraître, avoir l’air de, sembler, ressembler, etc.

La comparaison est une figure de style lorsqu’on rapproche des éléments au départ dissemblables, pour créer un effet littéraire. On parle alors de comparaison figurative. Exemple :

  • Un petit baiser, comme une folle araignée,
    Te courra par le cou… (Rimbaud, Rêvé pour l’hiver)

Rimbaud compare dans ces vers « un petit baiser » dans le cou à un élément qui lui semble au départ complètement différent et étranger : une « folle araignée« . Le poète rapproche deux réalités dissemblables qui, après effort du lecteur, semblent effectivement se rapprocher : les petits baisers multipliés dans le cou courent et chatouillent comme le ferait une petite araignée.

20. L’euphémisme

Un euphémisme est une figure de style par laquelle on atténue l’expression d’une idée pour en masquer le caractère déplaisant, brutal, triste, vulgaire, douloureux, etc. On énonce indirectement une idée odieuse (par exemple, l’idée de la mort) pour atténuer son effet (la peur et la tristesse pour la mort). Exemple :

  • Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
    Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
    Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit. (Rimbaud, Le dormeur du val)

Ces célèbres vers qui concluent Le Dormeur du Val sont euphémiques : Rimbaud ne dit pas explicitement que le soldat est mort. Il utilise pour cela une métonymie en énonçant l’effet à la place de la cause : les « deux trous rouges au côté droit » disent bien sûr qu’un soldat ennemi lui a tiré dessus et l’a tué. Évoquer directement la mort aurait juré avec le ton du poème, dans lequel le lecteur est plongé dans une atmosphère de quiétude et de sérénité. En général, l’euphémisme est employé pour parler de la maladie, de la mort ou de la sexualité.

21. La gradation

Une gradation est une figure de style qui consiste à ordonner les termes d’une phrase qui évoquent une idée similaire selon une progression ascendante ou descendante. En d’autres mots, une même idée peut être exprimée avec plus ou moins de force grâce à une énumération de termes qui peuvent gagner ou perdre en intensité, en nombre, en taille, etc. Les termes qui se suivent dans une gradation progressent par le sens. Exemple :

  • C’est un roc ! c’est un pic ! c’est un cap !
    Que dis-je, c’est un cap ? … c’est une péninsule ! (Rostand, Cyrano de Bergerac, I, 4)

Cyrano de Bergerac parle de son gros nez par des métaphores désignant un élément toujours plus important en dimension. On parlera souvent de gradation ascendante pour désigner une gradation qui gagne en intensité.

22. L’hypallage

Un hypallage est une figure de style par laquelle on associe un terme d’une phrase (par exemple : « endeuillé ») à un terme différent de celui qui aurait convenu selon le sens (« endeuillée » associé à « maison » à la place de « famille » dans l’exemple : « La famille se trouvait dans la maison endeuillée »). On associe des termes qui paraissent a priori hétérogènes mais dont le lien est finalement logique. L’hypallage concerne surtout les adjectifs. Exemple :

  • Et maintenant il revoyait la chambre veuve. (Villiers de L’Isle-Adam, Contes cruels, Vera)

Le héros du conte de Villiers de L’Isle-Adam associe chaque objet de son intimité au souvenir de la mort de sa femme. Comprendre une hypallage exige souvent d’en connaître le contexte.

23. L’hyperbole

Une hyperbole est une figure de style qui utilise l’exagération pour mettre un élément en relief, pour frapper les esprits ou pour ironiser. Selon le Littré, l’hyperbole permet d’augmenter ou de diminuer excessivement la vérité des choses pour qu’elles produisent une impression plus grande. En d’autres termes, dans la clarté du français de La Bruyère (1645 – 1696) : « L’hyperbole exprime au-delà de la vérité pour ramener l’esprit à la mieux connaître. » (La Bruyère, Les CaractèresDes ouvrages de l’esprit)

Exemple : Elle me confia son sac. Il pesait au moins une tonne !

On comprend aisément ce que l’on souhaite exprimer ici : le sac était très lourd. L’évaluation du poids du sac est très exagérée. L’hyperbole permet d’exprimer une idée qui n’aurait pas été aussi frappante ni aussi claire si l’on avait simplement dit : « Elle me confia son sac. Il était lourd et pesait au moins 10 kg ! ». L’hyperbole peut en outre ajouter un effet humoristique : on imagine la personne se ployer sous le poids du sac ! 

24. La litote

Une litote est une figure de style qui consiste à dire moins pour faire entendre beaucoup plus. En d’autres termes, on dit moins pour suggérer davantage. Par métonymie, on désigne par litote une expression utilisant ce procédé. La litote utilise souvent la négation. Exemple :

  • Nous étions perdus dans la forêt. L’un de nos compagnons nous suggéra de choisir une direction, de la suivre et de ne pas en changer. Ce n’était pas idiot. En à peine une heure, nous étions sortis de la forêt.

La litote se trouve ici à Ce n’était pas idiot. La suggestion du compagnon était en fait intelligente. Plus encore, on devine que cette suggestion qui pouvait être accueillie avec scepticisme de prime abord était en fait intelligente. Bref, la litote atténue l’expression d’un sentiment ou d’un jugement, mais cette atténuation est fausse ou simulée. Par un effet de balancier, la phrase est comme soulignée, elle devient plus forte, elle a plus de poids. La phrase implicite met mieux les sentiments en évidence que la phrase explicite. La litote est une figure du contraste entre les idées.

25. La métaphore

La métaphore est une figure de style qui consiste à désigner un terme, un ensemble de termes ou une idée, par exemple le soleil couchant, par un autre terme ou un autre ensemble de termes qui signifie normalement autre chose, comme « l’or du soir ». Ainsi, comme dans le célèbre poème de Victor Hugo, on parle du soleil couchant comme de « l’or du soir ».

  • Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
    Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
    Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
    Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur. (Victor Hugo, Demain, dès l’aube…, 1856)

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26. La métonymie

Une métonymie est une figure de style par laquelle on remplace un mot, par exemple l’épée, par un autre mot avec lequel il a un lien logique, comme « le fer ». Ainsi, on peut dire : ces guerriers ont croisé le fer ! On désigne quelque chose :

  1. par un autre élément ;
  2. du même ensemble ;
  3. qui a une relation logique avec cette chose.

Exemple : « J’ai dégusté hier soir un onctueux bordeaux  ! »

On comprend dans cet exemple que l’on a pas bu la ville de Bordeaux, mais un vin produit dans la région de Bordeaux. Il y a un lien logique entre ces deux éléments : on parle du lieu à la place de la chose. La métonymie sert ici de raccourci pour la pensée. Il serait fastidieux, voire maladroit, pour un Français ou quiconque s’y connaît en vin de dire : « J’ai dégusté hier soir un onctueux vin de Bordeaux ! ». Lorsque l’on utilise un nom propre pour le substituer à un nom commun, on parle alors d’antonomase (un « tartuffe » pour un hypocrite, un « roquefort » pour un fromage de Roquefort, etc.).

27. L’oxymore

Un oxymore (synonyme : alliance de mots) est une figure de style qui consister à allier deux termes qui semblent se contredire. On rapproche de manière paradoxale des termes qui peuvent paraître contraires. En d’autres termes, dans l’oxymoreun même objet a des qualités contradictoires. Mais attention : cette alliance de mots contraires n’est pas incompatible, elle crée un sens. Dernière chose à savoir : les termes contradictoires d’un oxymore doivent toujours appartenir à la même entité de mots (au même syntagme, cela ne peut pas être deux phrases séparées l’une de l’autre). Exemple : le dramaturge Corneille nous a donné le plus célèbre exemple d’oxymore :

  • Cette obscure clarté qui tombe des étoiles
    Enfin avec le flux nous fait voir trente voiles ; (Le Cid, IV, 3)

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27. Le paradoxe

Un paradoxe est un procédé par lequel on énonce une idée contraire à l’opinion commune. En effet, ce terme vient du grec para, « contre » et doxa, « opinion ».

Exemple : « L’homme n’est ni ange, ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête. » (Pascal, Pensées, 572)

Ce célèbre aphorisme, qui associe dans une antithèse les termes « ange » et « bête », est un paradoxe : on pense spontanément que celui qui fait l’ange, c’est-à-dire celui qui fait l’effort de bien se comporter, est une personne bonne. Cependant, Pascal nous dit que lorsque l’on fait l’ange, on finit toujours par développer des comportements mauvais. En réalité, seul Dieu est parfait : l’homme n’est qu’un pécheur moyen, ni complètement bon, ni complètement mauvais. Un paradoxe est une figure de style dans la mesure où des idées ou des mots ordinairement opposés sont rassemblés d’une manière originale. Ces associations surprenantes frappent l’esprit.

28. La parataxe

Une parataxe est une figure de style par laquelle on juxtapose des propositions sans marquer le rapport de dépendance qui les unit. Aucun mot de liaison (comme les conjonctions de subordination : lorsque, que, quand, si, etc., les prépositions, les verbes êtres, paraître, etc.) ne vient signaler le rapport entre les phrases : ce sont des textes sans « que ». L’asyndète est une forme de parataxe, par laquelle on omet plus spécifiquement les mots de coordination. Exemple :

  • L’orage éclatait. La pluie tombait en rayons blancs. Les carreaux pleuraient comme des yeux. De petites gouttes jaillissaient par les fentes des croisées. Dehors le cheval courbait la tête sous l’averse. (Jules Renard, Crime de village)

Dans cet extrait, il y un enchaînement logique des différentes phrases. La deuxième est une conséquence logique de la première, etc. Mais il n’est composé que de propositions principales car il est dépourvu de coordonnants et de subordonnants.

29. La paronomase

La paronomase est une figure par laquelle on rapproche deux mots dont la sonorité ou l’orthographe sont semblables, mais dont le sens est différent. Ces mots sont nommés des paronymes (comme éruption et irruption). La paronomase s’appuie sur l’homophonie. Elle fait naître des allitérations ou des assonances. Exemple : « En vivant et en voyant les hommes, il faut que le cœur se brise ou se bronze. » (Chamfort, Maximes, pensées, caractères et anecdotes). 

Chamfort rapproche les termes « brise » et « bronze » dont la sonorité est semblable. La mélodie que crée cette paronomase permet de faire de cette phrase une maxime, c’est-à-dire une formule qui résume un principe moral et facile à mémoriser. La paronomase souligne en outre la contradiction entre les termes « brise » et « bronze » : elle met en exergue ce terrible dilemme pour certains hommes supérieurs qui doivent s’affermir ou se suicider devant une société impitoyable. 

30. La périphrase

Une périphrase est une figure de style qui consiste à exprimer une notion en plusieurs mots qui la décrivent au lieu de n’en utiliser qu’un seul. On utilise plusieurs mots alors qu’un seul suffirait. ExempleLa Venise du Nord pour parler de Bruges. En effet, à l’image de Venise, Bruges est une ville où l’on trouve de nombreux canaux.

31. La personnification

La personnification est une figure de style par laquelle on prête des qualités humaines à une chose, une idée ou un animal. La personnification est le produit d’une comparaison ou d’une métaphore. La possibilité de produire une personnification par métonymie est contestée. Exemple :

  • La mer perfide hululait doucement : ses molles lèvres vertes baisaient sans relâche à féroces baisers, la dure mâchoire des roches. Il essaya de se dresser : ses jambes, des algues ! Ses bras, des fumées d’embruns ! Il ne commandait plus qu’à ses paupières et, elles étaient ouvertes sur la désolation du ciel ! Il ferma les yeux. Le désespoir se mit à lui manger le foie. (Giono, Naissance de l’Odyssée)

Cet exemple contient trois personnifications

  • La mer, à qui Giono attribut un défaut humain (“perfide”), le comportement d’un être humain par des verbes (“hululait” peut être aussi une animalisation, car on l’emploie surtout pour les rapaces nocturnes, et “baisaient”), ainsi que des “molles lèvres vertes”.
  • Les roches, qui ont une “dure mâchoire”. 
  • Le désespoir, qui mange le foie d’Ulysse. 

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32. La polysyndète

Une polysyndète est une figure de style par laquelle on multiplie volontairement les mots de liaison, notamment les conjonctions de coordination (mais, ou, et, donc, or, ni, car) ou les adverbes de liaison (ainsi, alors, certes, en effet…) alors que la grammaire ne l’exige pas. La polysyndète s’oppose à l’asyndète. Exemple :

  • Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
    D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,
    Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
    Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend. (Verlaine, Poèmes saturniens, Mon rêve familier)

Verlaine multiplie la conjonction « et », ce qui donne une impression de bercement.

33. La prétérition

Une prétérition est une figure de style par laquelle on feint de ne pas vouloir parler d’un sujet, pour en parler quand même. Le locuteur dit ce qu’il prétend passer sous silence. Exemple : « Je ne dirai pas qu’il a écrit douze livres ni qu’il a été professeur dans les plus grandes universités, Stanford et Oxford pour ne pas les nommer… » (Exemple cité par le Gradus)

Dans cet exemple, la prétérition a valeur de résumé : le locuteur ne s’étendra pas sur cet élément, même si l’on comprend qu’il est important.

34. La prosopopée

Une prosopopée est un procédé qui consiste à invoquer et faire discourir un être qui est absent, mort, imaginaire, symbolique, inanimé ou une abstraction. Cet être agit, parle, répond ; il joue le rôle de confident, témoin, vengeur, juge, garant, etc. Cette figure recourt souvent à la personnification lorsqu’elle prête des qualités humaines (la parole, les émotions, etc.) à des choses inanimées. En outre, la prosopopée a une fonction allégorique : l’être inanimé invoqué représente une idée abstraite. Exemple :

Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s’est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Eternel et muet ainsi que la matière.

Je trône dans l’azur comme un sphinx incompris;
J’unis un coeur de neige à la blancheur des cygnes;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Les poètes, devant mes grandes attitudes,
Que j’ai l’air d’emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d’austères études;

Car j’ai, pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles :
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles!

Baudelaire, Fleurs du Mal, La Beauté

Baudelaire fait ici parler une abstraction, la beauté (ce qui fait aussi du poème une allégorie).

35. La syllepse

Une syllepse est une figure de style qui consiste à employer un même mot à la fois au sens propre et au sens figuré. La syllepse joue donc sur la polysémie d’un mot, c’est-à-dire sur le fait qu’un mot dispose de plusieurs sens. Exemple :

  • Sais-tu pourquoi les sauvages sont tout nus ?
    C’est parce que Christophe Colomb les a découverts. (Attribué à Hugo par le Lexique des figures de style)

Cette devinette joue sur la polysémie du verbe « découvrir » : ôter les vêtements de quelqu’un, et découvrir de nouvelles terres. Cet exemple est évidemment empreint d’humour : la syllepse permet de créer des jeux de mots. 

36. La synecdoque

La synecdoque est une métonymie dans laquelle une partie d’un élément sert à désigner le tout (ou le tout pour désigner une partie). Exemple :

  • Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
    Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur
    (Hugo, Les Contemplations, Demain dès l’aube)

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37. Le tautogramme

Un tautogramme est une phrase dans laquelle les mots commencent tous par la même lettre. Exemple : Le loup lacère les lâches lézards. En savoir plus en cliquant ici

38. Le zeugme

Un zeugme (ou zeugma, ou attelage) est une figure de style qui consiste à adjoindre à un terme (un verbe, une préposition) deux compléments de nature différente, par la syntaxe ou par le sens. Ces deux compléments sont coordonnées ou juxtaposés. Il y a comme un élément central (par exemple le verbe « meubler »), auquel se rattachent plusieurs autres éléments dissemblables (« une chambre » et « la conversation »).

  • […] ces cadeaux qui meublent une chambre et la conversation mais auxquels la réalité actuelle ne correspond pas. (Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleurs)

Proust associe à « qui meublent » deux compléments de nature différente :

Le verbe meubler est employé dans deux sens différents. On le voit, le zeugme permet d’éviter une répétition (celle du verbe « meubler »). Le zeugme est donc une forme d’ellipse.

39. L’apostrophe

L’apostrophe est une figure de style par laquelle un locuteur s’adresse directement à une personne, une chose ou une idée, souvent absente ou abstraite. Elle rompt le fil du discours pour interpeller un destinataire et créer un effet de proximité ou d’emphase. On la rencontre fréquemment dans les discours, la poésie ou les textes polémiques, quand l’auteur veut impliquer le lecteur ou un personnage de manière vive.Exemple :

  • Ô vieille horloge de la cuisine, pourquoi continuez-vous à battre pour ceux qui ne rentrent plus ?

Ici, le locuteur interpelle directement l’horloge, objet inanimé. L’apostrophe met en lumière la solitude du personnage : il parle à ce qui reste, plutôt qu’aux absents.

40. La catachrèse

La catachrèse est une figure par laquelle on utilise un mot par extension de sens pour désigner une réalité qui n’a pas de terme propre. Avec le temps, cet emploi détourné devient si courant qu’il ne se perçoit plus comme figuré. On parle ainsi de « pied de table » ou de « bras de mer » sans y voir une métaphore vive.Exemple :

  • Le couloir formait une épaule de béton sur laquelle la lumière s’écrasait chaque matin.

Le mot « épaule » désigne ici un renfoncement de mur : on emprunte au corps humain un terme anatomique pour nommer une partie d’architecture. Ce déplacement de sens illustre la catachrèse.

41. La dérivation

La dérivation est une figure de style qui consiste à rapprocher plusieurs mots d’une même famille dans un énoncé. Cette répétition de radicaux proches crée un réseau de sens et renforce l’idée exprimée. Elle permet d’insister sur un thème en multipliant les formes voisines (nom, verbe, adjectif…).Exemple :

  • Dans cette ville qui se réveille en révolte, chaque réveil ressemble à un appel à tout réinventer.

Les mots « réveille », « révolte », « réveil », « réinventer » partagent un même noyau sonore. La dérivation construit un champ lexical cohérent autour de l’idée de changement et de sursaut.

42. L’ellipse

L’ellipse est une figure par laquelle on supprime volontairement un ou plusieurs éléments attendus dans la phrase, sans rendre l’énoncé incompréhensible. Le lecteur reconstitue mentalement les mots manquants. Elle donne au style une allure plus rapide, plus nerveuse, en laissant des « blancs » significatifs.Exemple :

  • Il ouvrit la porte, un souffle glacé, le couloir désert, son cœur qui accélère.

Les verbes attendus (« entra », « était », etc.) sont omis. L’ellipse concentre l’attention sur les impressions successives et traduit la précipitation du personnage.

43. L’énumération

L’énumération consiste à aligner plusieurs termes de même nature ou fonction, sans nécessairement créer une progression nette. Elle détaille, déplie un ensemble pour donner une impression de richesse ou de profusion. Elle est proche de l’accumulation, mais peut rester plus neutre, descriptive.Exemple :

  • Sur le bureau traînaient des feuilles, des câbles, des carnets, des tasses froides, des stylos sans bouchon.

La succession de noms dessine une scène précise. L’énumération laisse le lecteur recomposer la personnalité du personnage à partir de ces éléments dispersés.

44. L’épanadiplose

L’épanadiplose est une figure de répétition par laquelle un même mot apparaît à la fois au début et à la fin d’une phrase ou d’un segment. Cette structure en boucle encadre l’énoncé et lui donne un relief particulier. Elle peut souligner une obsession, un retour à un point de départ ou une forme de clôture.Exemple :

  • La nuit lui avait pris ses repères, et c’est dans la nuit qu’il apprit enfin à se reconnaître.

Le mot « nuit » ouvre et referme la phrase. L’épanadiplose insiste sur l’idée que l’expérience commence et s’achève dans la même obscurité, devenue paradoxalement révélatrice.

45. L’épanorthose

L’épanorthose est une correction : le locuteur rectifie ce qu’il vient de dire pour renforcer ou nuancer son propos. Il se reprend immédiatement, souvent avec un terme plus fort ou plus précis. Cette figure donne l’impression d’une pensée en train de se préciser sous les yeux du lecteur.Exemple :

  • Ce discours est maladroit, non, il est désastreux pour votre crédibilité.

Le locuteur remplace « maladroit » par « désastreux », terme plus fort. L’épanorthose souligne la gravité du jugement en montrant une montée en intensité.

46. L’épiphore

L’épiphore est une figure de répétition qui consiste à reprendre le même mot en fin de plusieurs phrases, vers ou segments successifs. Elle crée un effet de refrain, de martèlement. Elle est souvent utilisée dans les discours pour faire ressortir une idée clé.Exemple :

  • Vous avez attendu ce contrat toute l’année, pour ce contrat. Vous avez formé vos équipes pour ce contrat. Et ce soir, vous refusez encore de croire que vous avez gagné ce contrat.

La reprise de « ce contrat » à la fin de chaque proposition attire l’attention sur l’enjeu central. L’épiphore donne un rythme oratoire et dramatise la situation.

47. L’hendiadyn

L’hendiadyn (ou hendiadyin) consiste à exprimer une seule idée au moyen de deux noms coordonnés, là où la langue ordinaire utiliserait un nom qualifié. Au lieu de « froid silence », on dira par exemple « froid et silence ». Cette figure étire l’expression et met en valeur chaque élément.Exemple :

  • La salle n’était plus qu’ombre et attente, suspendue à un verdict invisible.

« Ombre et attente » suggère une seule atmosphère pesante. L’hendiadyn déplie cette réalité en deux termes associés, ce qui renforce l’impression de tension.

48. L’homéotéleute

L’homéotéleute est une figure qui repose sur la ressemblance des finales de mots ou de groupes de mots. Elle crée des échos sonores en fin de segment, distincts de la rime poétique strictement régulière. On la repère dans des séries où les terminaisons se répondent et rythment la phrase.Exemple :

  • Il avançait sans peur, sans bruit, sans bruiture, comme absorbé par la nuit.

Les finales en « -eur », « -uit », « -ure », « -uit » rapprochent les mots. L’homéotéleute donne un effet de chant discret à la phrase.

49. L’hyperbate

L’hyperbate est une figure de style qui consiste à ajouter un segment après une phrase qui pourrait déjà être considérée comme achevée. Cet ajout, souvent détaché par une virgule ou un tiret, met en relief une précision ou un commentaire. Elle crée un léger effet de surprise en prolongeant la phrase au-delà de ce que le lecteur attendait.Exemple :

  • Il accepta la décision sans discuter, avec ce calme inquiétant qui annonçait une tempête.

La phrase pourrait s’arrêter à « sans discuter ». Le groupe final, déplacé et ajouté, concentre l’attention sur l’attitude du personnage : c’est l’hyperbate.

50. L’inversion

L’inversion est un procédé par lequel on modifie l’ordre habituel des mots dans la phrase. Elle ne change pas le sens, mais donne un relief particulier à certains éléments et peut produire un effet poétique ou solennel. On la rencontre souvent dans la littérature, mais aussi dans des slogans ou formules marquantes.Exemple :

  • Sur la place silencieuse se dressait l’église, seule veilleuse de pierre.

L’ordre neutre serait « l’église se dressait sur la place silencieuse ». En plaçant le complément en tête, l’inversion met d’abord en scène le décor avant le sujet.

51. L’ironie (figure de style)

L’ironie est une figure par laquelle on fait entendre un sens implicite, souvent critique ou moqueur, en disant le contraire de ce que l’on pense ou en exagérant un point de vue. Elle suppose une distance entre les mots et l’intention réelle. L’antiphrase en est la forme la plus nette, mais l’ironie peut aussi s’étendre à un ton, une attitude, un récit entier.Exemple :

  • Devant l’immeuble effondré, il murmura que les travaux avaient « visiblement été réalisés avec un souci extrême de solidité ».

Les mots louent la solidité, mais la situation montre l’inverse. Le décalage entre ce qui est dit et ce qui est montré fait naître l’ironie.

52. L’onomatopée

L’onomatopée est un procédé par lequel on imite un bruit naturel, un son, au moyen d’un mot. Elle permet de rendre un passage plus vivant en suggérant directement les sons de la scène décrite. On la trouve aussi bien dans la littérature que dans la bande dessinée ou la publicité.Exemple :

  • Le « tic-tac » obstiné de l’horloge découpait la nuit en minuscules coups de marteau.

L’onomatopée « tic-tac » reproduit le bruit régulier de l’horloge. Elle introduit un élément sonore dans la phrase écrite.

53. Le parallélisme

Le parallélisme consiste à reprendre une même structure syntaxique dans plusieurs segments successifs. Cette symétrie met en valeur le contraste ou la proximité entre les idées exprimées. C’est une figure très utilisée en rhétorique, car elle rend le discours plus mémorisable.Exemple :

  • Vous comptez les jours qui restent, il compte les chances qui disparaissent.

Les deux propositions partagent une structure similaire. Le parallélisme fait ressortir l’opposition de points de vue entre les personnages.

54. La paraphrase

La paraphrase est un développement : on redéploie une même idée en la reformulant avec plus de mots. Cette figure peut éclairer un propos, mais elle peut aussi alourdir le style si elle est mal maîtrisée. En littérature, elle sert parfois à insister sur un point en le tournant sous plusieurs angles.Exemple :

  • Il était pauvre, ou plutôt, il vivait avec si peu que le moindre billet froissé suffisait à bouleverser son mois.

La seconde partie reformule et amplifie l’idée de pauvreté. La paraphrase précise ce que le mot « pauvre » résume trop brutalement.

55. Le pléonasme stylistique

Le pléonasme stylistique consiste à répéter une information déjà contenue dans un mot, mais de manière volontaire et expressive. Contrairement au pléonasme fautif, il est assumé comme moyen de renforcement. Il accentue une impression, souvent en insistant sur la subjectivité du locuteur.Exemple :

  • Il la vit de ses propres yeux et comprit de son propre cœur qu’il ne pourrait plus partir.

Dire « de ses propres yeux » est redondant, mais cela souligne l’expérience directe du personnage. Le pléonasme met en avant la force de la perception.

56. Le polyptote

Le polyptote est une figure qui consiste à répéter un même mot sous des formes différentes (genre, nombre, mode, temps, etc.). Cette variation morphologique met en relief un thème ou un motif. On joue ainsi sur les possibilités de la langue pour créer un écho interne dans la phrase.Exemple :

  • En doutant de ses choix, il fit naître le doute chez ceux qui le suivaient.

Le nom « doute » et le verbe « doutant » appartiennent à la même famille. Le polyptote souligne que l’hésitation du chef se propage à tout le groupe.

57. La prolepse (objection anticipée)

La prolepse est une figure argumentative par laquelle on anticipe une objection du lecteur ou de l’adversaire pour y répondre aussitôt. Elle montre que le locuteur a prévu la critique et maîtrise son sujet. C’est un outil classique de persuasion dans les discours politiques ou les essais.Exemple :

  • Vous penserez peut-être que ce projet est trop ambitieux ; mais c’est justement parce qu’il est ambitieux qu’il peut changer vos habitudes.

La phrase formule l’objection (« trop ambitieux »), puis la retourne en argument positif. C’est le principe de la prolepse.

58. La question rhétorique

La question rhétorique est une question posée sans attendre de réponse, car la réponse est implicite ou évidente. Elle sert à affirmer indirectement une idée ou à susciter la réflexion du lecteur. Elle est très présente dans les discours engagés et les textes argumentatifs.Exemple :

  • Après tant de promesses non tenues, pouvez-vous encore croire à sa sincérité ?

La question appelle en réalité une réponse négative. La question rhétorique permet de critiquer sans formuler directement l’accusation.

59. La répétition

La répétition est une figure de style qui consiste à reprendre le même mot ou la même expression plusieurs fois dans un texte. Elle sert à insister sur une idée, à marquer un rythme ou à traduire une obsession. C’est une figure simple mais très efficace dans les discours et la poésie.Exemple :

  • Il marchait, marchait, marchait, comme si chaque pas devait effacer le précédent.

La reprise du verbe « marchait » donne une impression d’effort prolongé et presque mécanique. La répétition met en scène la fatigue et la fuite en avant du personnage.

60. La suspension

La suspension consiste à retarder l’information essentielle au sein de la phrase, en la plaçant le plus tard possible. Ce procédé crée une attente chez le lecteur et met en valeur la conclusion. Elle permet de ménager un effet de chute ou de surprise.Exemple :

  • Elle avait tout préparé : les valises, les billets, les adieux, sauf une chose, partir vraiment.

L’élément décisif (« partir vraiment ») est repoussé à la fin. La suspension met en lumière l’écart entre l’organisation matérielle et la difficulté intérieure à s’en aller.

61. La tautologie

La tautologie est une figure par laquelle on énonce une évidence en répétant la même idée sous une autre forme, sans rien ajouter sur le plan logique. Utilisée volontairement, elle peut produire un effet comique ou souligner un manque d’argument. Elle met parfois en scène le langage vide des discours convenus.Exemple :

  • Un secret, vous le savez, reste un secret tant qu’on ne le raconte à personne.

La phrase répète une évidence sous une forme solennelle. La tautologie suggère ici une fausse profondeur, typique de certaines paroles creuses.

62. L’anadiplose (variante)

L’anadiplose est une figure de répétition qui consiste à reprendre le dernier mot d’un segment au début du segment suivant. Cette reprise crée un effet de chaîne, chaque proposition semblant naître de la précédente. Elle renforce la cohésion du texte et peut suggérer une progression logique ou émotionnelle.Exemple :

  • Il avait besoin d’un signe, un signe qui lui prouve qu’il n’attendait pas en vain.

Le mot « signe » apparaît à la fin puis au début des deux segments. L’anadiplose insiste sur le désir de confirmation du personnage.

63. L’apostrophe exclamative

L’apostrophe exclamative est une forme d’apostrophe où l’adresse directe est renforcée par l’exclamation. Elle traduit une émotion vive : admiration, colère, regret, supplication… Elle donne au texte un ton dramatique ou lyrique marqué.Exemple :

  • Toi, mon vieux cahier taché d’encre, combien de vies m’as-tu déjà aidé à commencer !

Le locuteur s’adresse directement à un cahier avec une forte charge affective. L’apostrophe exclamative fait entendre la nostalgie et la reconnaissance.

64. L’antimétabole

L’antimétabole est une figure de répétition qui reprend les mêmes mots dans un ordre inversé. Elle crée un effet de miroir et donne souvent au propos une allure de maxime frappante. On la trouve dans les slogans, les aphorismes ou les répliques mémorables.Exemple :

  • On quitte la ville pour chercher le calme, puis on quitte le calme parce qu’il nous rappelle la ville.

Les termes « ville » et « calme » reviennent dans un ordre inversé. L’antimétabole met en lumière un paradoxe de notre rapport au changement.

65. L’antipophore

L’antipophore est une figure de style qui consiste à poser une question puis à y répondre soi-même immédiatement. Elle permet de guider la réflexion du lecteur en contrôlant à la fois la question et la réponse. C’est un procédé fréquent dans les textes argumentatifs et les discours pédagogiques.Exemple :

  • Pourquoi ai-je tant attendu pour changer de vie ? Parce que j’avais plus peur de bouger que de souffrir.

La question est aussitôt suivie de sa réponse. L’antipophore met à nu le raisonnement intérieur du locuteur.

66. L’apocope

L’apocope est une figure qui consiste à retrancher la fin d’un mot. Elle est fréquente dans la langue familière et peut être utilisée dans un texte littéraire pour donner un effet de réalisme ou de connivence. Ces formes tronquées deviennent parfois si usuelles qu’on oublie leur origine complète.Exemple :

  • Dans le train, tout le monde pianotait sur son « ordi » en oubliant l’heure du « déj’ ».

« Ordi » et « déj’ » sont des apocopes de « ordinateur » et « déjeuner ». Leur emploi donne à la phrase une couleur orale et contemporaine.

67. L’aphaérèse

L’aphaérèse est l’inverse de l’apocope : elle consiste à supprimer le début d’un mot. On la rencontre dans le langage familier ou dans la transcription de l’oral, pour restituer un accent ou un niveau de langue. Elle peut aussi être utilisée de manière ludique dans les jeux de mots.Exemple :

  • À force de parler de la « ’dministration », plus personne ne se souvenait qu’il s’agissait d’une administration bien réelle.

Le début du mot est effacé à l’oral. L’aphaérèse suggère ici un jargon interne, presque détaché de la réalité qu’il désigne.

68. L’aphorisme

L’aphorisme est une phrase courte qui énonce une vérité générale ou une observation sur le monde, de manière frappante. Il condense une réflexion en quelques mots mémorables. Beaucoup d’auteurs utilisent l’aphorisme pour marquer le lecteur par une formule qui se retient facilement.Exemple :

  • On ne visite jamais un pays, on visite la façon dont il nous regarde.

Cette phrase formule en peu de mots une idée générale sur le voyage. L’aphorisme transforme une expérience subjective en constat universel.

69. La digression

La digression est un procédé par lequel l’auteur s’écarte momentanément de son sujet principal pour aborder un thème secondaire. Cet écart, s’il est maîtrisé, enrichit le texte et éclaire indirectement le propos central. Elle donne parfois l’impression d’un chemin de traverse, avant un retour au fil initial du discours.Exemple :

  • Je devrais vous parler de ce contrat, mais laissez-moi d’abord vous raconter comment un simple rendez-vous raté a changé ma façon de travailler.

Le narrateur annonce qu’il met de côté le sujet principal (« ce contrat ») pour raconter un épisode parallèle. Cette parenthèse assumée illustre la digression.

70. L’hypotypose

L’hypotypose est une figure de style descriptive qui donne l’impression de voir la scène se dérouler sous nos yeux. Les détails concrets, les verbes d’action et les sensations y sont abondants, comme dans un tableau vivant. Elle plonge le lecteur dans le moment raconté, souvent avec une intensité presque cinématographique.Exemple :

  • Les chaises raclaient le parquet, les verres tintaient, les voix se croisaient, et dans la lumière jaune des néons, les visages brillaient d’impatience.

Les détails visuels et sonores s’enchaînent rapidement. L’hypotypose transforme une simple réunion en scène palpable pour le lecteur.

71. La métalepse

La métalepse est une figure de substitution qui évoque une réalité par un élément éloigné dans la chaîne des causes et des effets. Elle suggère une action ou une conséquence à travers un signe indirect. Elle peut également désigner, en narration, le franchissement d’un niveau de récit à un autre (auteur qui intervient dans son histoire, par exemple).Exemple :

  • Sa plume l’avait déjà condamné bien avant que le tribunal ne prononce la moindre peine.

« Sa plume » désigne ici, par métonymie étendue, les articles qu’il a écrits et leurs conséquences judiciaires. La métalepse condense cause et effet dans une seule image.

72. La métalepse narrative

La métalepse narrative est un cas particulier où un narrateur brise la frontière entre fiction et réalité, ou entre différents niveaux de récit. Il s’adresse au lecteur, commente ses personnages ou laisse ceux-ci s’adresser à lui. Cette intrusion crée un effet de surprise et rappelle que l’on est dans une construction littéraire.Exemple :

  • À ce stade de l’histoire, lecteur, je devrais te laisser souffler, mais mon héros insiste pour que je te révèle tout de suite son secret.

Le narrateur parle directement au lecteur et évoque son personnage comme s’il lui résistait. Cette mise en abyme est typique de la métalepse narrative.

73. Le polyptote étendu

Le polyptote étendu reprend le principe du polyptote en jouant sur plusieurs formes liées d’un même mot dans une même phrase ou un même passage. Il met en scène une idée qui se décline sous différentes facettes grammaticales. Ce procédé donne au texte une cohérence lexicale forte autour d’un concept central.Exemple :

  • En promettant trop de promesses, il a fini par rendre toute promesse suspecte.

Le verbe « promettre » et le nom « promesse » se répondent à plusieurs reprises. Le polyptote étendu insiste sur l’usure du mot par l’abus.

74. La parataxe

La parataxe consiste à juxtaposer des propositions sans les relier par des mots de liaison explicites. Les phrases ou segments s’enchaînent simplement, souvent séparés par des virgules ou des points. Ce style donne une impression de rapidité, de sécheresse ou de narration brute.Exemple :

  • Il fait nuit. La ville veille. Les fenêtres clignotent. Les rues respirent.

Les phrases sont courtes, sans connecteurs logiques (« mais », « donc », etc.). La parataxe laisse au lecteur le soin de relier les scènes entre elles.

75. L’hypotaxe

L’hypotaxe est l’inverse de la parataxe : elle se caractérise par un enchaînement de subordonnées et de liens logiques explicites. La phrase devient plus longue, plus complexe, et laisse apparaître les rapports de cause, de temps ou de conséquence. Ce style convient à l’analyse, à la nuance ou à la réflexion approfondie.Exemple :

  • Il continua à écrire, même lorsque la lumière baissa, que la pluie se mit à frapper les vitres et que la fatigue lui fit trembler la main.

Les subordonnées introduites par « lorsque » et « que » développent la situation. L’hypotaxe tisse un réseau serré de circonstances autour de l’action principale.

76. La paralipse

La paralipse (ou prétérition) consiste à prétendre taire une information tout en l’évoquant en réalité. Le locuteur annonce qu’il ne va pas parler d’un point, mais il le mentionne justement à cette occasion. C’est un procédé ironique qui permet de mettre en avant ce qu’on feint de laisser de côté.Exemple :

  • Je ne parlerai même pas de vos retards chroniques, ni de ces dossiers perdus, qui expliquent à eux seuls la situation actuelle.

Le locuteur affirme qu’il ne commentera pas les retards, tout en les détaillant. La paralipse attire discrètement l’attention sur ces manquements.

77. L’hypozeuxe

L’hypozeuxe est une forme de parallélisme où chaque membre de phrase possède sa propre structure complète, tout en reprenant un schéma similaire à celui des autres membres. Chaque segment est autonome, mais l’ensemble forme un rythme régulier. Cette figure renforce la cohérence et la solennité du propos.Exemple :

  • Elle a fermé la porte, il a fermé les yeux, nous avons fermé le chapitre.

Les trois segments partagent une structure similaire. L’hypozeuxe donne à cette séquence une cadence presque cérémonielle.

78. L’anastrophe

L’anastrophe est un type d’inversion qui porte sur deux éléments voisins : on inverse leur ordre habituel pour produire un effet de relief ou de surprise. C’est une petite torsion de la syntaxe qui rend la formule plus marquante. Elle est fréquente en poésie, mais on la trouve aussi dans des expressions figées.Exemple :

  • De son regard, étrange était la douceur.

L’ordre attendu serait « la douceur de son regard était étrange ». L’anastrophe met « étrange » en avant et donne à la phrase une tonalité plus poétique.

79. L’onomastique stylistique

Par onomastique stylistique, on désigne l’usage des noms propres pour évoquer des types de personnages ou des attitudes. Proche de l’antonomase, ce procédé transforme un nom connu en étiquette pour une catégorie. Il permet de résumer un caractère complexe par une référence culturelle partagée.Exemple :

  • Dans cette équipe, chacun joue son rôle : le petit Einstein du service, la Jeanne d’Arc des réunions, et le Napoléon du couloir.

Les noms « Einstein », « Jeanne d’Arc », « Napoléon » deviennent des types de personnages. L’onomastique stylistique condense un ensemble de traits en un seul nom propre.

80. Le zeugme sémantique

Le zeugme sémantique est une variante du zeugme : un même verbe régit deux compléments de sens très différent, souvent l’un concret, l’autre abstrait. Ce décalage crée un effet de surprise, parfois comique ou critique. Il attire l’attention sur l’incongruité du rapprochement.Exemple :

  • Ce soir-là, il a perdu sa montre et son innocence dans la même rue.

Le verbe « perdre » s’applique à un objet concret (« sa montre ») et à une notion abstraite (« son innocence »). Le zeugme sémantique rapproche brutalement ces deux pertes pour en souligner la gravité.